Terrorisme: les militaires de Wallis et Futuna en première ligne

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Les militaires de Wallis et Futuna, traditionnellement nombreux dans l'armée française, sont très sollicités après les attentats de Paris. Ils sont mobilisés sur un double front, à la fois dans les rues de la capitale dans le cadre du plan Vigipirate et sur le théâtre des opérations exterieures.

Patrick Ferrante
Publié le , mis à jour le

Les Wallisiens, Futuniens et les Océaniens en général, sont traditionnellement nombreux dans l'armée française, en proportion bien sûr de la petite taille de ces populations insulaires.
En raison des attentats de Paris, ces recrues sont fortement mobilisées sur un double front: dans les rues de la capitale dans le cadre du plan Vigipirate et sur le théatre des opérations extérieures de la France.

Hasard du calendrier, c'est deux jours après les attentats qu'a commencé la seconde campagne de recrutement de l'année 2015 à Wallis et à Futuna avec la venue à Mata Utu d'envoyés du CIRFA, le Centre d'information et de recrutement des forces armées, de Nouméa.
Cette semaine, les candidats ont été appelés à passer leurs épreuves écrites, tests sportifs et examens médicaux alors que le chef de l'Etat, François Hollande, annonçait, devant les députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles,  la suspension de la réduction des effectifs dans l'armée jusqu'en 2019.

Juan Bustillo, le responsable de la cellule de recrutement de Wallis et Futuna, ancien militaire lui-même, souhaite récupérer pour ses jeunes certains des plus de 9 000 emplois qui ne seront pas supprimés. Il espère également que cette ouverture de postes relancera l'intérêt des jeunes Wallisiens et Futuniens pour la troupe.

Ces dernières années, le nombre d'engagés a eu tendance à baisser. Ainsi, en 2015, "une dizaine de départs vers la métropole est prévue pour une trentaine de candidats, moitié moins que dans une année normale par le passé", affirme Juan Bustillo.
Le recrutement s'est fait plus sélectif en raison de la réduction, programmée avant les attentats, du format de l'armée mais aussi parce que "beaucoup de jeunes, une fois en métropole, ont abandonné leur régiment au bout de peu de mois" regrette le recruteur territorial.


Les guerriers du Pacifique


En 2014, deux sénateurs, Sophie Joissains et Jean-Pierre Sueur avaient souligné dans leur rapport sur le territoire "la ferveur patriotique" des habitants des deux îles, et donné en exemple "la présence de près d'"un millier d'originaires de Wallis et Futuna au sein nos Armées".  
Les élus demandaient à ce que les Wallisiens et Futuniens bénéficient d'un contingent de places réservées en Nouvelle Calédonie dans le cadre du SMA, le service militaire adapté. Le budger 2016 leur a donné satisfaction.

Les recrues issues du Fenua mais aussi des communautés de Nouvelle Calédonie et de métropole sont souvent appréciées pour leur esprit combattif et leur sens de l'équipe.
Les habitants de Paris et des villes de garnison ont pu admirer les démonstrations de Soamako (Haka Haka) de ces "guerriers" du Pacifique, ce qui a contribué à leur renommée.

"La majorité des Wallisiens et Futuniens de métropole est dans l'Armée​", affirme Sapa Lavelua, le Président de la Fédération des Associations de Wallis et Futuna en France, ancien militaire lui-même, qui ajoute: "les Océaniens prennent les choses comme elles viennent, si on doit se battre, on va se battre".

Exemple de ces engagés, Pelenato Taufana a été décoré de la Croix du combattant des mains du préfet Marcel Renouf, le 11 novembre dans la cour d'honneur de l'Administration supérieure à Mata Utu.
Engagé dans l'armée pendant vingt ans il a participé à la fois à des opérations extérieures, parfois au sein de missions de l'ONU, et à des mobilisations dans le cadre de Vigipirate.
Aujourd'hui Président de la commission des sports de L'Assemblée territoriale, il se rappelle des précédents plans Vigipirate: "j'étais dans la logistique, on était appelé à prêter mains fortes pour conduire les forces de l'ordre. Dans certaines banlieues, c'était pas évident, notre présence était mal acceptée", dit-il et il ajoute: "on était nombreux à venir de Wallis et Futuna, Tahiti et Nouvelle-Calédonie. C'était chaleureux entre mecs des îles​".

Quant aux opérations extérieures, le président Hollande, recevant une délégation d'élus et responsables coutumiers en novembre 2013 au Palais de L'Elysée avait salué "tous ceux qui se sont engagés dans l'Armée française et je le constate, participent à des opérations extérieures exceptionnelles, risquées, dangereuses. Je pense notamment au Mali, mais pas simplement au Mali", une référence au proche et moyen-orient devenu un théâtre d'engagement majeur de la France.

Aujourd'hui Juan Bustillo affirme être connecté par les réseaux sociaux avec les jeunes engagés du territoire et, selon lui, ils "sont à 90% en Vigipirate à Paris ou en opération extérieure".