Théâtres d’Outre-mer en Avignon - "Le sac de Litha" : quand les Caraïbes rencontrent la Corée du Sud

Le sac de Litha
© DR | Une scène de la pièce "Le sac de Litha".

Le TOMA (Théâtres d’Outre-mer en Avignon) accueille cette "navigation poétique et musicale sur la mer Caraïbe" qui s’effectue grâce au magnifique métissage des cultures caribéennes et coréenne. Une rencontre et un spectacle réussis.
 

Par Patrice Elie-Dit-Cosaque Publié le

Dans ce vaste monde, tout est affaire de rencontres. Et s’il fallait retenir une chose de ce « Sac de Litha », peut-être serait-ce ceci : par quel coup du sort sommes-nous empêchés d’aller à la rencontre de l’autre, riche d’une autre langue, d’une autre culture ? Gilbert Laumord qui a écrit et mis en scène ce spectacle répond à cette question. Rien ne nous en empêche et rien ne doit nous en empêcher. Et c’est à la faveur d’une invitation faite par des membres de l’Université de Séoul (eux-mêmes s’étaient déplacés en Guadeloupe pour venir voir l’acteur-auteur-metteur en scène !) à travailler pendant un an sur place qu’une très grande partie du spectacle a pu se monter.

Tout est décidément affaire de rencontres. A l’arrivée, « Le sac de Litha » mêle acteurs, danseurs, musiciens issus de la Caraïbe et de… Corée du sud ! Une rencontre improbable sur le papier, mais sur scène, c’est l’évidence : une évidence qui saute aux yeux et frappe au cœur. Le spectacle est remarquable en tous points – ou presque.
 

Les langues se délient et se mêlent

Tout d’abord, ne pas s’effrayer de ce qui va suivre : une bonne partie de l’histoire de Litha se donne en coréen. Pas de panique, tout est sous-titré, y compris les passages en créole, y compris les moments en français sous-titrés… en coréen ! Cette histoire de Litha, c’est celle d’une femme dont la dernière heure est arrivée et qui se retrouve face au personnage de Bazil, le diable, la mort, et qui pour gagner du temps, lui fait prendre la promesse de ne point l’emmener avant d’avoir vidé son sac. Et son sac contient des histoires qui peuvent se raconter à l’infini…

Passé un temps d’adaptation de notre oreille à cette langue inhabituelle qui véhicule tout cet imaginaire créole, vous vous laisserez emporter tout simplement par l’énergie déployée par l’ensemble de la troupe, aussi bien que par la chorégraphie et la narration qu’en fait le double-personnage de Litha (formidables Mo-Eun Kim et Lucie Kancel). Certes, il s’agit d’un conte et par certains aspects d’une histoire pour enfants qui pourrait paraître naïve. Mais pointent parfois du Glissant, du Césaire en sous-texte qui instille à ce « conte pour enfants », presque « à dormir debout » un caractère de parabole. Et tels le Diable, nous voilà tenus en haleine, captivés…
 
litha
© DR

L’imaginaire créole magnifié

Et la force de cette rencontre entre la Caraïbe et l’Asie, c’est la façon dont cet imaginaire souvent considéré à travers les temps comme mineur – en raison de l’étroitesse des îles et des territoires dont il est issu - prend une dimension plus forte encore, plus large grâce à ce filtre, ce prisme de l’art ancestral du jeu et de la danse de la Corée. C’est à la fois triste et magnifique de réaliser qu’il nous faut souvent passer par d’autres yeux que les nôtres pour voir la beauté, la singularité, la richesse de ce que ces îles des Petites et Grandes Antilles sont capables de produire, et notamment sur le plan culturel et linguistique.

Avec ses trois musiciens qui créent sur scène ce syncrétisme des musiques et des rythmes antillais et asiatiques, avec cette arène qui rappellent celles des pitts et des scènes rondes du bélè mais sur lesquelles évoluent des pas de danse de Corée, avec ses langues (français, créoles, coréen) mêlées, « Le sac de Litha » réussit son pari et part à la rencontre de ses publics aussi vaste que l’est le monde. Pour ce spectacle, tout est décidément affaire de rencontres….

« Le sac de Litha » – texte et mise en scène de Gilbert Laumord
Théâtre de la Chapelle du Verbe Incarné du 6 au 28 juillet à 15h (relâche les 12, 19 et 26 juillet)

 

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