Seychelles : le coco fesse victime du braconnage

Coco fesse

Depuis le début de l'année, une quarantaine de cocos de mer, gigantesques noix de coco surnommées "coco fesse" pour leur forme suggestive, ont disparu dans la vallée de Mai, classée au patrimoine de l'Unesco. La moitié ont été dérobées sur le seul mois d'octobre.

Réunion 1ère avec AFP Publié le , mis à jour le

A l'origine, on pêchait la noix à la dérive en pleine mer, ou on la trouvait échouée sur des plages de l'océan Indien. Ne l'ayant jamais vue pousser sur terre, les marins pensaient qu'elle provenait d'arbres enracinés dans les fonds marins -- d'où son nom, coco de mer.  
Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le lieu d'origine du fruit géant, en forme de bassin féminin, d'une vingtaine de kg, fut déterminé: l'île de Praslin.
 
Depuis, le fruit avait peu à peu perdu de son intérêt: moins sucré que la noix de coco classique, et difficile à fendre une fois arrivé à maturité, il n'était pas utilisé dans la gastronomie. Mais un regain d'intérêt pour le coco de mer est survenu après l'indépendance des Seychelles, en 1976, et "le développement de l'industrie du tourisme", explique Victorin Laboudallon, membre du conseil de la Fondation des îles Seychelles (SIF), qui gère la Vallée de Mai.
 
Un coco fesse à 11 000 euros

Le fruit, récemment offert au jeune couple princier de Kate et William lors de leur voyage de noces, est prisé pour son côté décoratif, mais aussi, en Asie, en particulier en Chine, pour ses soi-disant effets aphrodisiaques, associés à sa forme suggestive. En 2008, deux "cocos fesse" avaient atteint les prix de 6.000 et 11.000 euros lors d'enchères chez Christie's à Paris.
 
L'engouement pour cette noix unique atteint une telle proportion qu'en 1978, les autorités décidèrent d'en contrôler le commerce: les Seychellois ne pouvaient plus la vendre qu'au gouvernement, qui la revendait accompagnée d'un certificat. Mais, face à la pression des habitants, qui accusaient les autorités de faire de l'argent sur leur dos, l'interdiction a été levée. L'exportation du fruit reste néanmoins ultra-réglementée: quatre entreprises seulement disposent d'un permis.
 
Une espèce menacée

Il n'empêche, la contrebande fait rage, et l'espèce est désormais jugée menacée: l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) l'a inscrite sur sa liste rouge en 2011. Pour tenter d'enrayer le phénomène, et mieux surveiller les 19 hectares de forêt où se nichent les "cocos fesse", la SIF a augmenté ces dernières années le nombre de gardiens. Mais le terrain accidenté et l'absence d'enclos rendent leur tâche ardue.
 
Une nouvelle loi en préparation devrait régir la consommation du coco de mer.
 
Et, contre l'exportation illégale du fruit, Victoria a installé "une machine radiographique à l'aéroport qui vérifie toutes les valises qui quittent le pays", assure Ronley Fanchet, directeur de la Conservation au ministère de l'Environnement.