Crise sociale : désaccord, pédagogie et dignité au programme du deuxième jour d’Annick Girardin [SYNTHESE]

Annick Girardin parle aux Gilets Jaunes
© Mélodie Nourry

Deuxième journée de visite, et de dialogue, pour la ministre des outre-mer. Annick Girardin est une nouvelle fois allée au contact des Gilets Jaunes de La Réunion, mobilisés depuis 13 jours maintenant. Et puis, deuxième journée d'annonces également.
 

Lise Hourdel
Publié le , mis à jour le

Ce jeudi 29 novembre encore, Annick Girardin a souhaité faire des annonces en fin de journée. Une allocution autour de la notion de la dignité.  

" Je mesure au fil de mes échanges le niveau d’exaspération des Réunionnais. Cette colère va déboucher sur quelque chose de nouveau. Je l’ai dit tout à l’heure, rien ne sera plus comme avant. Pour le meilleur, je le souhaite. Pour le pire, si nous ne savons pas ensemble et rapidement, faire revivre le territoire. "


Avant d’entrer dans le vif du sujet, Annick Girardin a tenu à évoquer des "comportements inacceptables", affirmant que la sincérité des revendications ne collait pas avec la radicalisation de certains. " Une minorité souhaite le chaos, elle infiltre le débat et tente de la corrompre ", a-t-elle ajouté. " Je le répète, on ne construit pas sur des cendres ".

La ministre des Outre-mer a ensuite, à plusieurs reprise, évoqué la "dignité", celle dont elle a entendue l’attente. Selon elle, " la dignité implique que chacun trouve sa place ".
 

Des annonces autour de l’économie, de l’emploi et du logement

Après avoir évoqué les difficultés engendrées par 13 jours de paralysie, celles des entrepreneurs et des agriculteurs notamment, la ministre des Outre-mer a décliné ses "réponses". En matière d’emploi, Annick Girardin a ainsi annoncé la réforme qu’elle propose et qui porte sur 2,6 milliards d’euros pour les économies des outre-mer.

La réforme prévoit ainsi zéro charge autour du SMIC pour faciliter les secteurs de la production locale comme l’industrie, l’agriculture, le tourisme, le BTP et l’environnement, soit 40 millions d’euros de charges en moins. Elle doit aussi créer une zone franche d’activité, où l’imposition sera 2 fois plus faible qu’à l’île Maurice. Enfin, la défiscalisation industrielle prolongée jusqu’en 2025 doit permettre de soutenir l’investissement privé comme public.  500 millions d’euros bénéficieront ainsi à La Réunion entre 2019 et 2022 pour relancer l’activité et créer des emplois.

Une réforme d’ampleur qui doit "changer la donne" dit Annick Girardin, " mais pas sans contrepartie de la part des entreprises ". Des contreparties sur l’emploi, les prix et sur le dialogue social, détaille-t-elle. Le monde agricole s’est déjà engagé, ce jeudi matin, à former 200 jeunes par an et 50 dès à présent. Annick Girardin annonce également 1 900 emplois d’ici la fin de l’année, des contrats aidés ou PEC, 500 en CDI dans les entreprises et 500 pour les associations, qui seront attribués par Pôle Emploi.

Et puis le logement. La ministre des Outre-mer parle ainsi de réhabilitation, de logement intermédiaire ou d’accès à la propriété. Elle annonce sa volonté de construire plus de logements étudiants et rappelle le rétablissement temporaire, par le gouvernement, du dispositif d’APL accession pour l’outre-mer. 350 familles sont concernées par cette mesure à La Réunion. Enfin, une Conférence logement doit être lancée dans les prochaines semaines pour " donner un nouveau souffle au plan logement outre-mer ". Et d’ajouter :
 

" Ce combat pour la dignité nous ne le gagnerons pas tant que les blocages perdurent. "

 

Le dialogue se poursuit

Tout au long de la journée de ce jeudi, le "dialogue" a été marqué par les réactions, plutôt négatives des Gilets Jaunes notamment, aux annonces de la veille. La ministre a donc fait de la pédagogie. Les échanges ont d’abord été vifs le matin à Saint-Pierre, puis plus calmes l’après-midi à Saint-Benoît.

La ministre était très attendue à Saint-Pierre, des centaines de Gilets Jaunes se sont en effet rassemblés devant les grilles de la sous-préfecture. A son arrivée, Annick Girardin a été huée et est allée directement au contact des manifestants. Après avoir échangé avec une foule agitée elle est entrée à l’intérieur de la sous-préfecture.

Tantôt ferme "soit vous me faîtes confiance, soit vous restez bloqués 3 mois", tantôt engagée personnellement "moi aussi j’ai connu certaines de vos difficultés en étant mère à 15 ans", Annick Girardin a échangé pendant près de 2 heures et 30 minutes autour de la vie chère, de l’emploi ou encore du quotidien.

Reportage Frédéric Hoarau et Jacques Payet.
A Saint-Benoît, le comité d’accueil, qui lui était réservé, était lui aussi agité, mais les échanges avec une délégation de Gilets Jaunes de l’Est ont été plus apaisés.

Reportage de Henry-Claude Elma et Laurent Figon.
A chaque fois, et le soir encore, la ministre des outre-mer est revenue sur une idée :
 

"Il faut lever les barrages pour que les jeunes puissent retourner à l’école et que les entreprises puissent reprendre leur activité."


Ce jeudi 29 novembre encore, on comptait en effet près d’une trentaine de barrages au plus fort de la journée.
 

Les maires ont également été entendus

A Pierrefonds, pour les maires du Sud, puis à Saint-Benoît pour ceux de l’Est (ceux du Nord et de l’Ouest ayant été reçus la veille à la préfecture à Saint-Denis), des rencontres se sont tenues en milieu de journée.

Reportage de Frédéric Hoarau et Jacques Payet.
 Politiques et syndicats s’expriment par voie de communiqué
Mais les maires n’ont pas été les seuls à être conviés par la ministre des Outre-mer. Les parlementaires étaient également invités à une réunion en préfecture ce jeudi 29 novembre au soir, après les annonces d’Annick Girardin. Invitation déclinée par certains d’entre eux, 6 plus exactement, comme la sénatrice Nassimah Dindar ou les députés Ericka Bareigts et Jean-Luc Poudroux.

Comme certaines personnalités politiques, l’Intersyndicale s’est également exprimée. Dans un communiqué, elle a ainsi évoqué les mesures annoncées la veille. Des mesures qui ne sont " ni plus ni moins qu’une anticipation du Plan Pauvreté présenté en septembre par le Président de la République ", et ajoute que " ces mesures ne sont pas de nature à répondre à l’urgence sociale ".
 

Pas de retour à la vie normale

Mercredi soir, le rectorat de La Réunion annonçait la reprise des cours dans les collèges et lycées. Les élèves étaient ainsi invités à se rendre dans leur établissement scolaire, mais faute de transports en commun notamment, la décision a finalement été très contestée. Deux communes avaient elles décidé de rouvrir les écoles primaires et maternelles, Saint-Denis et Sainte-Rose.

Le reportage à Saint-Denis de Rahabia Issa et Jean-Claude Toihir
Si la paralysie de l’île rend le retour à la vie normale compliqué, elle impacte également le bon fonctionnement des hôpitaux. Le plan Blanc a donc été déclenché dans les établissements publics de La Réunion. L’allongement de l’amplitude horaire du personnel ou encore la fermeture de services non essentiels peuvent ainsi être déclenchés.

Reportage de Sufati Toumbou Dany et Daniel Fontaine.