Lutte contre l'alcoolisme : le litre de rhum à 15 euros au lieu de 6, l'une des 30 mesures préconisées par un nouveau rapport

Pile plate
© D.R

Le rapport du Docteur Mété pose à nouveau le problème du prix de vente du rhum à La Réunion. Un fléau mainte fois évoqué par le passé. Les députés Ericka Bareigts et Monique Orphée veulent déposer un projet de loi au parlement.

Fabrice Floch
Publié le , mis à jour le

La Frar  (Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion) propose 30 pistes pour lutter contre l’alcoolisme dans l’île. La première cible du Docteur Mété et des rédacteurs de ce nouveau rapport est le rhum. Ils proposent entre autre d’augmenter les taxes, d’abolir les exonérations  de charge, d’interdire les promotions et la publicité mais aussi d’ouvrir des boutiques spécialisées dans la vente des alcools forts. Cette dernière option permettrait de lutter contre de nombreux abus et l’alcoolisation des mineurs. Trop de commerçants ne respecteraient pas la législation dans ce domaine localement.    
 
La pile plate ou (pil plat) apparue sur le marché en 1988 n’ait pas oublié des médecins addictologues. Le taux d’alcool du rhum vendu dans ce packaging est désormais de 40° contre 49° par les passé. Cependant, des détaillants n’hésitent pas à inviter leurs clients à conserver leur pile-plate pour la remplir avec du rhum à 49°.
 
Les bières fortes et les sodas
 
A La Réunion, les prémix inquiètent les spécialistes de la lutte contre l’alcoolisme. Ces boissons destinées aux jeunes sont très sucrées afin de masquer le goût de l’alcool. Par ailleurs, l’ajout de gaz carbonique est destiné à accélérer l’absorption de l’alcool par l’organisme provoquant l’effet « shoot » que recherchent les ados.
Dans le même ordre d’idée, ces responsables de l’accueil des malades alcooliques demandent que ces boissons comme les nouvelles bières extra-fortes soient surtaxées. Cet argent financera l’aide à la recherche d’emploi et la lutte contre et les actions de sensibilisation sur ce sujet.
 
La Frar soumet une trentaine de pistes tout en rappelant qu’il serait utile de faire les lois existantes. Les commerçants qui ne respectent pas les textes peuvent être condamnés à 75 000 Euros d’amende ou à la fermeture administrative de leur établissement. Pourtant, les pages de faits divers regorgent d’accidents mortels impliquant un conducteur alcoolisé. Tous ne sortaient pas d’une fête privée. Combien de gérants de débits de boissons ont été inquiétés ?
Dans le même ordre d’idée le texte permet de poursuivre en cas de vente d’alcool aux mineurs, de vente d’alcool à crédit, de non-respect du message sanitaire obligatoire sur les devantures des commerces repeintes aux couleurs des producteurs de bières, sur les vêtements. Tout comme sont obligatoires les mentions spécifiques destinées à alerter les femmes enceintes : « La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant » ou « zéro alcool pendant la grossesse ».
 
L’alcoolisme tue plus à La Réunion
 
Ce fléau revient régulièrement à la une de l’actualité. Il est évoqué dans les faits divers, dans les pages médicales, au sein de la rubrique sociale ou en économie.
En 1954 un voyageur Jean Defos-du-Rau évoquait la triste vision d’hommes avalant d’un trait un grand verre de rhum avant d’onduler sur la chaussée et de se coucher sur la nationale à même le sol. Cette image est encore visible en 2015. La circulation des véhicules terrestres ayant explosée, les buveurs s’endorment sur les trottoirs.
 
Cependant, la consommation d’alcool est-elle plus importante à La Réunion qu’en métropole ?
Non ! Répondent les chiffres, cependant l’Inserm précise dans son étude 1998, les consommateurs réunionnais, moins nombreux, consomment d’avantage d’alcools forts : « Cette surconsommation d’alcool est à l’origine d’une morbidité et d’une mortalité élevées : on meurt 6 fois plus de « psychoses alcooliques» - entité mal définie utilisée par l’INSERM comportant les manifestations neuropsychiatriques liées à l’alcoolisation et au syndrome de sevrage- à la Réunion qu’en métropole ».
 
Dans ce même document, il est constaté que : « la prévalence du syndrome d’alcoolisme fœtal constitue un autre triste record de la Réunion : elle se situerait autour de 7/1000 naissances alors que la moyenne nationale serait d’environ 1/1000 ».
 
Une alcoolisation qui trouve ses racines dans l’histoire
 
Au fil du temps, le besoin de main d’œuvre, pour la production cannière, a  diminué. Ces hommes et parfois ces femmes issus de milieux modestes ne sont pas tous parvenus à s’insérer. Les anthropologues sont formels, ces exclus sociaux sont le lien historique entre le passé et le présent. Dans leur « Anthropologie de La Réunion »* les rédacteurs estiment : « La surexploitation tout en changeant de « champs » reste toujours au bénéfice des mêmes intérêts. Les supermarchés « temples » de la consommation remplacent les « établissements », anciens temples industriels. La bouteille d’un litre de rhum à six euros y est accessible aux maigres budgets ».
 
Les deux députés socialistes de Saint-Denis, Ericka Bareigts et Monique Orphée, ont reçu le rapport de la Frar. Toutes deux s’engagent à alerter le gouvernement sur ce fléau en cette année d’ouverture des discussions sur le projet de loi santé.
 

  • Anthropologie de La Réunion : Sous la direction de Christian Ghasarian. Ont aussi participé à cet ouvrage : Hélène Paillat Jarousseau, Patrice Pongérard, Jean-Pierre Cambefort, David Picard, Laurence Pourchez, Philippe Vitale, Michel Watin, Barbara Waldis, Richard Lee Tin, Stéphane Nicaise, Laurence Tibère, Monique DesrochesGuillaume SamsonFrançoise Vergès.
Lire aussi l’encadré. Concernant l’intervention au Sénat d’Edmond Lauret, UMP en Avril 2001, sur les ravages de l’alcool à La Réunion…

 

Admond Lauret, sénateur, voulait déjà évoquer le problème en 2001

M. Edmond Lauret attire l'attention de M. le ministre délégué à la santé sur les ravages causés par l'alcool à la Réunion. Les chiffres tirés d'un rapport de décembre 2000 de la direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS) de la Réunion sont en effet alarmants. Bien que la consommation annuelle d'alcool pur par habitant de plus de 20 ans soit plus élevée en métropole qu'à la Réunion (16 litres contre 12,8 en 1999), les conséquences, de ce fléau, sont dramatiques à La Réunion. Car, contrairement à la métropole - où le vin représente 62 % de la consommation totale d'alcool, les spiritueux 18 % et la bière 15 % -, les alcools forts (supérieurs à 20º) représente dans l'île 69 % de la consommation totale - le rhum (49º) représentant à lui seul 30 %. L'île compte ainsi près de 40 000 personnes dépendantes, dont l'état nécessiterait une hospitalisation. Il faut ajouter à cela 100 000 consommateurs à risque qui rencontrent des problèmes avec la boisson, et qui peuvent devenir des buveurs excessifs. Les conséquences sanitaires et sociales sont catastrophiques : la mortalité par cirrhose et psychose, bien qu'en diminution, est 3 fois supérieure à la moyenne nationale ; la mortalité des cancers des voies aéro-digestives supérieures s'aggrave, contrairement à la métropole ; le syndrome d'alcoolisation f tale serait la première cause de retard mental à la Réunion ; 40 % des accidents mortels de la circulation sont dus à l'alcool. Cette surconsommation d'alcool local fort s'explique notamment par l'atomisation des points de vente, et surtout par un faible prix du rhum (le litre de rhum est en effet vendu à 40 francs, et " la pile plate ", petite flasque de 20 centilitres, ne coûte que 10 francs). La seule façon de faire baisser fortement la consommation d'alcool fort dans l'île est de taxer plus lourdement les alcools locaux. Il lui demande de bien vouloir lui faire connaître la position du Gouvernement sur ce sujet.

La question a été retirée pour cause de fin de mandat.