Correctionnelle : trafic d’invendus contre main d’œuvre gratuite chez Leclerc

Gaspillage alimentaire
© Natura-Science

Un directeur, quatre employés et un quinquagénaire, jugés pour vol, abus de confiance et travail dissimulé. Une affaire symbolique du gaspillage de la société de consommation et de l’exploitation de la misère. Les prévenus seront fixés sur leur sort le 13 Novembre 2014.

Fabrice Floch
Publié le , mis à jour le

Le 16 Octobre est la date retenue au niveau mondial pour sensibiliser les opinions publiques à la lutte contre le gaspillage alimentaire. 2014 est de plus l'année Européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire.
C’est également la date retenue par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour se pencher sur une affaire supposée de vol de marchandises chez Leclerc à La Ravine-des-Cabris.

De prime abord le lien entre les deux événements semble distendu et pourtant les faits examinés sont caricaturaux.
En 2013, Leclerc ouvre à la Ravine-des-Cabris. Comme tous les lieux générateurs d’emplois, des chômeurs postulent. Parmi eux, un homme d’une cinquantaine d’années, Robert, originaire de Belgique qui accepte d’entretenir les espaces verts de l’établissement en contrepartie de quoi, il peut se servir dans les denrées invendues.

78 palettes de marchandise

N’étant pas le seul pauvre du secteur, ces produits encore consommables deviennent sa manne financière. Il trouve des acheteurs, contents de pouvoir se nourrir à moindre coût.
 
Quand, les gendarmes de la section de Recherche perquisitionnent son domicile, ils découvrent 18 congélateurs remplis à ras bord et sortent de chez lui l’équivalent de 78 palettes de marchandise. Son petit trafic lui a permis de gagner 4 000 Euros.

A la barre, le quinquagénaire tente de se défendre maladroitement en expliquant qu’il revendait les produits à prix coûtant…
Son avocat, en revanche, fustige la direction du supermarché et les employés. Les premiers économisaient sur le transport et la destruction des produits périmés. Les seconds demandaient à son client de récupérer et garder pour eux, de la viande, du riz, des desserts…

Leclerc victime ?

L’avocate de Leclerc, constitué partie-civile, a tenté de s’insurger en dénonçant un vol et un abus de confiance. Deux arguments revenus, plus vite qu’un boomerang. La direction de cet établissement était informée de l’existence de Robert. Une lettre finalisait l’accord, travail contre nourriture démarquée.

Finalement, le parquet est resté dans les clous des poursuites et a requis 6 mois ferme contre Robert et 500 euros d’amende pour les 4 ex-employés indélicats.
En revanche, pour l’accusation un doute existe sur le rôle de  l’ancien directeur (Ndlr : les cinq anciens salariés ont été remerciés par Leclerc). Le procureur demande aux juges de se prononcer.
Les magistrats rendront leur décision le 13 Novembre 2014.