Assises de La Réunion : un crime maquillé en accident, une séparation mortelle, un violeur amoureux et un appel

Exhumation corps de Jean-Christophe Virama
© Réunion 1ère | L'autopsie du corps de Jean-Christophe Virama avait confirmé que la mort était d'origine criminelle. Le juge d'instruction avait dû exhumer la victime, la thèse accidentelle ayant été privilégiée dans une premier temps.

Assises d'octobre : Le meurtre de Jean-Christophe Virama, 27 ans. Cédric Lauret voulait-il le tuer ? William Gence, le sérial violeur, déclare sa flamme à ses victimes. Pascal Yobé, voulait se suicider. Sauvé, il avoue avoir tué sa compagne. "Bec-Noir" a frappé le passant, mais à mains nues. 

Fabrice Floch
Publié le , mis à jour le

Les lundi 30 septembre et mardi 1er octobre, les jurés étudieront l'appel de Luc Mariama-Moutin dit "Bec-Noir". Aujourd'hui âgé de 24 ans, ce jeune homme a défrayé la chronique judiciaire en 2010 et 2011. Petit caïd de Quartier-Français, il se livrait régulièrement à des vols avec violences dans l'Est du département. L'un de ces forfaits avait dégénéré en bataille rangée à Cambuston avec poubelles brûlées, jets de galets et intervention des forces de l'ordre.
Lundi après-midi, il revient devant les jurés pour une sauvage agression perpétrée dans le bas de la rue Maréchal-Leclerc à Saint-Denis. Le 4 septembre 2010 vers 3 heures du matin, un homme, fragile psychologiquement, marche sans but. Il est abordé par trois individus qui descendent d'une 106 volée. Très rapidement les invectives laissent place à un passage à tabac conclu par deux coups de couteau.
Lors de la première audience, Luc Mariama-Moutin avait été condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Il revient devant les assises pour réaffirmer qu'il n'a pas utilisé d'arme, mais comme lors du premier procès l'accusation devrait démontrer que sans lui, son passé (plus de 20 condamnations), sa personnalité, il n'y aurait pas eu de passage à l'acte. 
 
Le procès de la session
 
Les mercredi 2, jeudi 3 et vendredi 4 octobre les jurés tenteront de comprendre pourquoi Cédric Lauret, 43 ans, a tué Jean-Christophe Virama. Le 23 avril 2011, un passant découvre le corps sans vie de la victime. L'homme âgé de 27 ans gît à côté de son deux roues. La thèse accidentelle privilégiée au début de l'enquête va vite être abandonnée quand des informations concordantes arrivent aux oreilles des gendarmes. La victime et ses "dalons" ont été pris en chasse par la famille Lauret à la sortie d'un champ ou sont plantées des herbes illégales. Le corps est exhumé et l'autopsie confirme la thèse criminelle. 
Cependant, la défense par la voix du bâtonnier Georges-André Hoarau assure qu'il s'agit d'un accident. Cédric Lauret sera jugé pour violence avec arme (sa voiture étant devenue une arme par destination) ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner. 
Sur ce dernier point l'accusation devrait être très pugnace. L'avocat général s'appuiera sur un second impact relevé au niveau de la tête et sur les témoignages des proches de la victimes qui affirment que Jean-Christophe Virama ne roulait jamais sans son casque attaché. 

10 avril 2012 : reconstitution suite mort suspecte de Jean-Christophe Virama
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Archives 2012 : reconstitution affaire Jean-Christophe Virama
Reportage : Isabelle Grondin-Allane - David Couanon - Archives - Montage : Jean-Pierre Picard

Un sérial violeur
 
La deuxième semaine, les lundi 7 et mardi 8 octobre les jurés statueront sur le sort d'un accusé différent. William Gence, 22 ans. Il est à nouveau jugé pour trois viols et deux agressions sexuelles. Le "Don Juan" des collégiennes auteur de déclarations enflammées à ses victimes connaît déjà les lieux. Il a déjà été jugé par la cour d'assises des mineurs pour des faits similaires. L'accusé avait défrayé la chronique en 2011 en s'évadant de l'EPSMR (Établissement public de santé mental de La Réunion) où il était interné après avoir incendié sa cellule de la prison de Domenjod. Il avait d'ailleurs justifié cette cavale de 48 heures en expliquant qu"il souhaitait rejoindre l'une de ses "amies" (victimes), dont il était amoureux, pour la Saint-Valentin.
Beaucoup moins romantique, le prévenu a déjà été condamné à 5 ans de prison par la cour d'assises des mineurs. William Gence était libérable en 2017. Il aurait déjà dû être jugé pour les trois viols et les deux agressions sexuelles en novembre dernier, mais il ne pouvait pas comparaître pour des raisons de santé. Il encoure 20 ans de réclusion criminelle.  
 
Crime passionnel
 
La session se termine vendredi par une affaire de viol intrafamiliale mais avant de refermer deux semaines de procès, les jurés étudieront les mercredi 9 et jeudi 10 octobre le meurtre de Roseline Baleinier. Face eux, Pascal Yobé. Il est accusé d'assassinat. 
Le mercredi 19 janvier 2011, Roseline Baleinier, 43 ans, est retrouvée morte à son domicile de la Zac Avenir à Saint-Louis. A proximité du cadavre est retrouvée une lettre signé de Pascal Yobé. 
Le soir même, à l'autre bout de l'île, la Bac (brigade anti-criminalité) empêche un homme, qui a avalé des médicaments, de se jeter du haut du pont Vinh-San. Au moment de leur intervention les policiers ignorent tout des raisons du désespéré. Au fil des heures, les policiers apprennent les motivations du suicidaire. Prévenus, les gendarmes de Saint-Pierre attendent Pascal Yobé à sa sortie de l'hôpital du chef-lieu. Depuis l'assassin présumé est incarcéré à Domenjod. Ce procès devant les assises permettra de faire toute la lumière sur le déroulement de cette énième tragédie nouée sur fond de séparation.