[SYNTHESE] Le nucléaire au centre de la visite marathon de François Hollande à Tahiti

Visite présidentielle - Le président de la République François Hollande en Polynésie française (Tahiti et Raiatea)
© Polynésie 1ère | Visite présidentielle - Le président de la République François Hollande en Polynésie française (Tahiti et Raiatea)

La visite de François Hollande à Tahiti puis à Raiatea a été marquée par ses annonces sur la reconnaissance solennelle des effets induits des expérimentations nucléaires et la "sanctuarisation" de la "rente nucléaire". Retour sur une journée marathon.

Christophe Marquand
Publié le , mis à jour le

François Hollande a débuté sa visite officielle en Polynésie française de bon matin au cimetière de l’Uranie où repose Pouvana a Oopa. Symbolique et politique, ce moment de recueillement intervient alors même que la procédure de révision du procès du « metua » (le père) a été lancée en juin 2014.
 
Hommage à Pouvana a Oopa


Opposant à l’implantation du Centre d’Expérimentation nucléaire du Pacifique (CEP) à Moruroa décidée par le général de Gaulle, Pouvanaa a Oopa est accusé en 1958 d’avoir voulu incendier Papeete.

Condamné à huit ans de prison et à quinze ans d’exil, l’ancien député et sénateur de la Polynésie est finalement assigné à résidence en 1959 en métropole. Gracié en 1966, il rejoint Tahiti deux ans plus tard sans pour autant être réhabilité. Les historiens s’accordent aujourd’hui à penser que le père de l’autonomie polynésienne a été injustement condamné au nom de la raison d’Etat.


Le président de la République s’est ensuite rendu au monument aux morts afin de déposer une gerbe en souvenir des engagés volontaires tahitiens tués au combat depuis la grande guerre.

A la rencontre de l'âme polynésienne
 
Plus tard dans la matinée, c’est au marché de Papeete en plein cœur de la ville que François Hollande a communié avec l’âme polynésienne. Accompagné d’une foule chaleureuse, il a d’un stand à l’autre tour à tour goûté à la diversité des spécialités locales et pu appréhender la richesse de l’artisanat.

"Ici je suis pleinement en France"
 
A quelques centaines de mètres de là le président de la République a ensuite été présenté au conseil municipal de Papeete. Un spectacle de chants et de danses reflétant le caractère des cinq archipels polynésiens lui a été offert en guise de bienvenue. Prenant la parole de manière improvisée, Francois Hollande a alors déclaré : « Vous êtes un archipel remarquable par sa surface, sa culture, ses langues, son Histoire, ses traditions; vous nous avez offert le plus beau des cadeaux: être dans la République française. Ici, je suis pleinement en France ».

Le président de la République s’est ensuite déplacé à Pirae afin de visiter le chantier d’un lotissement social d’importance, le domaine Labbé, dont l’emprise foncière a été rétrocédée par l’Etat au Pays pour une somme symbolique. Cette rétrocession préfigure la signature, un peu plus tard dans la journée, d’un contrat visant à redistribuer d’anciens terrains militaires aux communes afin qu’elles y implantent des zones de développement urbain, économique ou touristique.

La France partenaire
 
A son arrivée à la présidence du gouvernement polynésien, François Hollande s’est entretenu en privé avec le président du Pays Edouard Fritch. A l’issue de cette rencontre, les deux hommes ont signé avec l’Agence Française de Développement deux nouvelles conventions. L’une porte sur l’attribution d’un crédit de 1,7 milliards CFP à taux bonifié au bénéfice de l’hôpital afin de renouveler ses équipements. L’autre concerne une ouverture de crédit de refinancement de la Socredo afin de permettre à la banque locale de renforcer son rôle d’acteur du développement économique du pays.

Reconnaissance des conséquences des essais nucléaires
 
Edouard Fritch et François Hollande ont ensuite tour à tour pris la parole devant 1200 élus et invités. Le président du pays a notamment indiqué que la Polynésie comptait sur l’aide et la solidarité nationale pour mener à bien ses projets de développement économique. Il a également déploré l’inefficacité de la loi Morin d’indemnisation des victimes du nucléaire.
 
Après avoir souligné la force des liens unissant la Polynésie à la France, François Hollande a été longuement applaudi lorsqu’il a solennellement reconnu que les essais nucléaires ont eu un impact sur l'environnement, et qu’ils ont  entrainé des conséquences sanitaires et des bouleversements sociaux.
"Je veux que nous puissions tourner la page du nucléaire" a-t-il déclaré avant d'annoncer la création d'un institut d'archives et de documentation sur le nucléaire "pour que la jeunesse n'oublie pas cette période de notre Histoire commune".

La loi Morin revue

Le traitement de demandes des vétérans du nucléaire sera revu. "J'ai décidé de modifier le décret d'application (de la loi Morin d'indemnisation) pour préciser la notion de risque négligeable pour certaines catégories de victimes lorsqu'il est démontré que les mesures de surveillance indispensables n'avaient pas été mises en place".
La DGA (dotation globale d'autonomie) ou dette nucléaire sera "sanctuarisée dans le statut de la Polynésie française" a indiqué le chef de l'Etat et "son niveau sera dès 2017 rétabli à 90 millions d'euros".
François Hollande a également annoncé un apport financier de 700 millions cfp au service d'oncologie du centre hospitalier territorial et la mise à disposition de trois médecins.
 
La visite présidentielle s’est poursuivie à Raiatea aux Iles Sous Le Vent ou le chef de l’Etat a confirmé que la République allait apporter tout son concours pour favoriser l’inscription du marae de Taputapuatea au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Un centre culturel polynésien
 
François Hollande a également annoncé à Taputapuatea la signature à venir d'une convention de coopération entre le gouvernement polynésien et l'Etat. Cette coopération permettra notamment de construire un centre culturel polynésien, de mettre à niveau les équipements culturels, de développer des politiques linguistiques, cinématographiques, audiovisuelles et d'inscrire, plus tard, les Marquises au patrimoine mondial de l'UNESCO.

En réponse à la demande du maire de Taputapuatea, Thomas Moutame, qui souhaitait l'implantation d'un musée dédié à la culture maohi à Raiatea, le président a indiqué :"Ce musée qui permettra d'exposer les objets retrouvés sur le marae : nous l'appuierons techniquement et financièrement dans le cadre de la convention".

La visite du chef de l’Etat à Raiatea s’est achevée par la visite d’une exploitation de vanille, secteur économique autrefois florissant et aujourd’hui en pleine décrépitude.

Rencontre avec Oscar Temaru
 
De retour à Tahiti, François Hollande s’est rendu à Faaa, à la rencontre du leader indépendantiste Oscar Temaru. A l'issue d'un accueil traditionnel, les deux hommes se sont entretenus en privé. Selon le maire de Faa'a, il a été question du désenclavement des archipels éloignés et en particulier d'une liaison aérienne entre Hawaii et les Marquises. Ils ont également évoqué la réhabilitation de Pouvana a Oopa. Oscar Temaru a remis au chef de l'Etat un courrier de l'association anti nucléaire 193. Selon le maire de Faa'a la question de sa candidature à l'élection présidentielle de 2017 n'a pas été évoquée. En revanche François Hollande a invité Oscar Temaru à venir le rencontrer à Paris prochainement.

Quelques minutes avant de quitter la Polynésie à destination de Lima au Pérou, François Hollande a donné une dernière interview au cours de laquelle il a déclaré : “Je veux que les Polynésiens se prennent en responsabilité. Il y a ce que vous avez voulu : l'autonomie jusqu'au bout et il faut l'utiliser non pas seulement comme un acte d'émancipation légitime mais comme un acte qui puisse vous convaincre que vous avez ici les moyens d'assurer votre développement.”]