Radicalisation : "les jeunes sont des proies faciles à la manipulation"

James Lau
© Polynésie 1ère | James Lau, le président de la ligue des droits de l'homme en Polynésie française.

Interrogé par Polynésie 1ère, le président de la ligue des droits de l'homme, James Lau, estime que les jeunes Polynésiens, en particulier ceux qui sont fragiles psychologiquement, sont des proies faciles face aux manipulations mentales qui peuvent exister à travers notamment internet. 

polynesie1ere.fr, Nicolas Suire, Alexandre Le Quéré Publié le , mis à jour le

Dans un communiqué, le haut-commissaire a révélé que des détenus de Nutania étaient fichés « S » et susceptibles de se radicaliser. Les trois hommes sont désormais isolés des autres. Et pour cause, en plus de leurs comportements et de leurs propos violents, ils approuvent les dernières actions terroristes revendiquées par l’Etat islamique, dont l'attentat de Nice le 14 juillet dernier. Une attaque qui a fait 86 morts et 434 blessés.

James Lau, le président de la ligue des droits de l’homme, approuve ces mesures d’isolement à l’encontre de tels individus. Pour ce dernier, il ne s'agit pas d'une sanction mais d'une mesure de prévention


Si le président de la ligue des droits de l'homme estime que ce genre de situation aurait pu être évitée, l'homme souligne par ailleurs que la Polynésie française n'est pas épargnée par la manipulation mentale des jeunes Polynésiens, en particulier ceux qui sont fragiles psychologiquement, depuis notamment l'arrivée d'internet sur le fenua.


Mais pour le haut-commissaire, il n’y a pas lieu de créer une psychose. En effet, selon ses propos, la situation « sur le sujet de la radicalisation, est préservée et rien ne justifie que je prenne des mesures particulières ». Mais les messages d’inquiétude sur les réseaux sociaux sont nombreux. Certains élus locaux exigent même un niveau de sécurité égal à celui de la France. C’est le cas de Lana Tetuanui. La sénatrice avait déjà demandé l’état d’urgence lorsque ce dernier avait été reconduit en métropole au mois de juillet dernier.


Le haut-commissaire veut néanmoins éviter toute panique, il rappelle que le fichage « S » concerne toutes les personnes qui pourraient causer des troubles à l’ordre public. Ce fichage n’entraine aucune mesure particulière mais seulement un suivi de la personne fichée.

 

Qu'est-ce la fiche S ?

Cette fiche S est une fiche de police. "S" signifie sureté de l’Etat. En clair, les personnes qui sont fichées S sont recherchées ou surveillées par l’Etat car ils peuvent porter atteinte à sa sureté. Ce sont en général les agents de la direction générale de la sûreté intérieure, la DGSI, qui rédigent ces fiches soit parce qu’ils ont détecté un profil suspect, soit parce qu’un pays ami leur a signalé quelqu’un.

Il n’y a pas que les djihadistes qui sont dans ce fichier, mais aussi, par exemple, des militants d’extrême droite. En 2015, après les attaques du 13 novembre, le chiffre de 20.000 personnes fichées avait été avancé. Mais on ne sait pas si ce chiffre a évolué depuis.

Une personne fichée peut sortir du fichier au bout de quelques mois, à condition que les enquêteurs estiment qu'il n'y a plus rien à reprocher à cette personne. La fiche S est un fichier de suspects et non de condamnés. C’est pour cela que la proposition, faite par certains hommes politiques français, d’incarcérer les personnes fichées S va à l’encontre des principes du droit. En effet, il n'est pas possible de mettre en prison quelqu’un sur la seule foi d’un soupçon de la police, il faut une enquête et une décision de justice.