« Il y avait un incident par semaine sur les avions d'Air Moorea »

Justice

Au procès du crash d’Air Moorea, la Cour s’est penchée ce jeudi sur les manquements dans la maintenance d’Air Moorea. Si ils n’expliquent pas les causes de l’accident, ils posent le contexte. Un contexte « non conforme à la réglementation » pour les spécialistes.

Polynésie la 1ère, Lucile Guichet Publié le , mis à jour le

Les anciens techniciens d’Air Moorea témoignent, certains avec des photos à l’appui. D’anciens militaires venus à la vie civile pour la plupart, choqués du manque de rigueur en arrivant dans le hangar d’Air Moorea. Des outils mélangés, du matériel vétuste ou encore des pièces confectionnées sur place en dehors de toute procédure… « L’atelier n’était pas aux normes, déclare un ancien aide-mécanicien. Normalement, pour l’utilisation d’une simple clé, il faut un tampon et tout ce qui est fait sur un avion doit être archivé. Ce n’était pas le cas. »

« Comment doit se faire un contrôle de câble, demande le procureur ? –On regarde l’aspect, les fixations, on vérifie qu’il n’y a pas de brin effiloché en passant un chiffon non pelucheux et on vérifie la tension du câble en inscrivant toujours la valeur sur les cartes protocolaires. –On ne saura jamais si le câble de gouverne du twin otter avait été inspecté puisque rien n’avait été inscrit sur la carte protocolaire, » relève le procureur.

Un technicien, aujourd’hui retraité, s’interroge : « Pourquoi cet avion plus qu’un autre ? Les appareils ne sont jamais garés au même parking, donc pas soumis en permanence au jet blast. Pourquoi n’aurait-on pas vu l’usure du câble lors des contrôles ? » Mais il reconnaît que certaines procédures ont changé après le crash : « Après le crash, on nous remettait une attestation qui certifiait la conformité des pièces remises. Avant, on pouvait faire des réparations de fortune en attendant les pièces. Mais selon moi, cela nécessitait l’immobilisation de l’appareil. »
 

Air Moorea

Il décrit également une ambiance « nullement conviviale » au sein de l’atelier, notamment avec le directeur technique, Jacques Gobin, prévenu dans cette affaire. « Nous avions une surcharge de travail avec l’entretien des twin otter et les evasans sur Beachcraft. Beaucoup de fatigue et des moyens insuffisants. Il m’est arrivé par exemple de croiser les carburants sur des appareils à cause de la fatigue, ce qui modifie la charge de l’avion. Ça a été corrigé par la suite. J’ai eu deux arrêts de travail à cause de ce harcèlement. »
Pour l’ancien directeur technique, ce témoin « a eu beaucoup de sanctions pour des fautes et des erreurs, j’avais un œil particulier sur lui. »

Un autre raconte « des pressions et des insultes. » Trois anciens militaires techniciens ont démissionné. « Ils ne s’étaient pas adaptés à leur vie en Polynésie, » explique l’ancien directeur technique. Pour le responsable de production également prévenu : « S’ils ne se plaisaient pas, ces gens n’avaient rien à faire dans ce hangar. »
 

« On se disait tous que ça allait arriver un jour. »


Pourtant, le GSAC (Groupement pour la Sécurité de l’Aviation Civile) avait bien relevé « des imperfections » dans les ateliers.

Un ancien mécanicien raconte comment il s’est écrasé dans le lagon à bord d’un twin otter, avec le pilote, lors d’un vol d’essai. « Le trim (système de gouverne) avait été réglé, mais pas remis en position neutre. Heureusement, il n’y a pas eu de victime. Il y avait un incident par semaine sur les avions d’Air Moorea» « Le pilote n’avait pas vérifié sa check-list avec sérieux, se défend l’ancien directeur technique de la compagnie. D’ailleurs, il a démissionné à la suite de cela. »

Mais pour la défense, ces témoignages relèvent d’anciens salariés en conflit avec leur hiérarchie : « D’autres techniciens ont également expliqué que le travail était effectué de manière régulière et réglementaire et qu’il n’y avait aucun problème pour assurer la sécurité et la navigabilité des vols, » déclare Me Gilles Jourdainne, avocat de l’ancien directeur technique d’Air Moorea.

Pour l’expert judiciaire, ces constats et procédures sont, « dans leur quasi-totalité, non-conformes à la réglementation. »

L’un des anciens mécaniciens déclare aux enquêteurs : « On se disait tous que ça allait arriver un jour. » Freddy Chanseau, ancien directeur de la compagnie et prévenu demande à la barre : « S’il y avait tant de manquements à la sécurité selon eux, pourquoi n’ont-ils pas fait de courrier auprès du procureur pour les dénoncer ? ». 
 

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