Le poète Calédonien Paul Wamo mélange les genres au festival Pose ta prose de l'île d'Oléron

Paul Wamo
© Julien Anselme | Paul Wamo

Sur l’île d’Oléron, Paul Wamo, artiste de Lifou (Nouvelle-Calédonie), était à l’image du festival Pose ta prose : surréaliste, pratiquant le mélange des genres, entre poésie, chants et performances pour parler amour, identité, écologie et exploitation minière en Papouasie Occidentale.
 

Christian Tortel Publié le , mis à jour le

Une caravane jaune sert de billetterie, un pin parasol gigantesque d’emblème, un pigeonnier bâti sous Louis XIV de bibliothèque et de studio radio pour Gimmic, postcast hebdomadaire de hip-hop sur SoundCloud, un mur support pour un graffeur venu de Paris, Bust the Drip, danseur dans une autre vie d’artiste. Bref, c’est dans une ambiance de fête hétéroclite et bonace, en attendant le quintet du soir VSSVD, son hip-hop acoustique jazz et son  "rap de nomades", que Paul Wamo va se produire en pleine nature, sur une scène à ciel ouvert.

Venu tout droit de Marseille, mais originaire de Lifou (Nouvelle-Calédonie), le poète préfère s'éloigner de l'agitation du festival pour "se retrouver" et se concentrer avant sa prestation. C'est dans la forêt qui borde le festival qu'il trouve refuge. Déambulant entre les arbres, il chante, jongle avec les mots... A l'abris des feuillages, il transforme la forêt en salle de répétition.

Une bulle de calme qui côtoie une fébrilité festive et poétique. 

 

Pose ta prose 

La Cailletière, une ancienne colo où les événements de la journée sont annoncés par un crieur, le comédien Sébastien Blanc, venu du continent…"Pose ta prose" veut réunir des expressions littéraires peu accoutumées à se côtoyer, telles la poésie, le rap, le conte déambulatoire avec un duo féminin, Claire Supervie et Agathe Zimmerman, de la compagnie Plume commando, musiciennes et conteuses qui amènent le public en grappe à travers le site, comme nous explique Carla Plantier, jeune directrice artistique. C’est très bon enfant.
 

Connexions île continent

Pendant ce temps, sous un dôme ajouré, on entend des lectures bilingues en arabe et en français sur le thème de l’exil par l’auteur syrien Omar Youssef Souleimane.

Comme l’auteur du "Petit terroriste" (Flammarion), plusieurs des artistes sont passés par le centre Intermondes de La Rochelle où, à l’image de Paul Wamo, ont été en résidence à Rochefort, cité connue pour ses liens avec le Pacifique et dont le festival annuel de documentaire et de littérature, Rochefort Pacifique, illustre les accointances.
 

En découdre avec les mots

Alors qu’un lecteur est plongé dans une bande dessinée et que les enfants tapent sur une machine à écrire old school, le festivalier traverse des méduses de carnaval suspendues aux arbres et un parcours de livres embrochés, auxquels les organisateurs ont voulu "donner une seconde vie".

Décor inventif propice aux passages d’une expression à l’autre, d’une genre littéraire à l’autre, sans chichi, alors dans une scène ouverte au public, on vient en découdre avec les mots… Et faire entendre quelques morceaux de bravoure poétique, de bouts-rimés à l’emporte-pièce.

Le crieur partage son plaisir du texte haut et clair avec Boby Lapointe (1922-1972) dans "T’a Katie l'a quitté" :
 

Ce soir au bar
De la gare
Igor hagard est noir
Il n'arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia vient de le quitter
Sa Katie l'a quitté
Il a fait chou blanc 


Ou le poète japonais Nakamura Kusatao (1901-1983) dont il lit le haïku :
 

Ma femme
elle porte notre enfant
pareil à la lune croissante


Et dans l’immense pin parasol de La Cailletière, un poète ascensionniste a suspendu un croissant de lune. Dessous, le poète haïtien Vladimir Delva anime un atelier d’écriture.

Oléron porte bien son surnom d’île lumineuse. Aujourd’hui les idées font briller l’espace.
  

"X"

Dans cet ensemble créatif Paul Wamo propose "X", une lecture performance, a capella ou accompagné d’une loop station, une petite console reliée à un micro lui permettant de doubler sa voix par des effets sonores de réverbération, d’amplification, de déformation.

C’est poétique mais encore "expérimental" comme l’artiste le dira sur scène, à peaufiner.

Regardez le reportage de Christian Christian Tortel, Jean-Yves Pautrat et Bernard Blondeel