La Papouasie-Nouvelle-Guinée confrontée aux boues rouges d'une usine de nickel

NICKEL
© DR | Baie de Basamuk en Papouasie-Nouvelle-Guinée

L’usine hydrométallurgique du groupe chinois Metallurgical Corp of China "pourrait être fermée" a déclaré jeudi l’Autorité minière du pays. Pour autant rien n’est décidé. L'usine et sa mine sont les principales sources de revenus et d’emplois de la région de Madang.
 

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

Des déchets miniers, des boues rouges déversés accidentellement dans l’océan et sur la côte, une usine de nickel en Papouasie-Nouvelle-Guinée a pollué les eaux de la baie de Basamuk, selon des sources citées par l’agence Reuters.

Boues rouges
L’usine de nickel Ramu de MCC, située à Madang, sur la côte nord-est du pays, a déversé, par accident, des déchets dans la baie au cours du week-end. "Ils ont pollué et coloré l’océan et laissé un résidu boueux rougeâtre sur le rivage", précisent des témoins interrogés par l'agence Reuters. Un responsable de l'usine de nickel, a déclaré, sous couvert d’anonymat, "qu'environ 70 mètres cube de lisier et de boues avaient coulé en mer." Il a ajouté, "normalement, le projet fonctionne dans le strict respect des lois environnementales."

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© Réseaux sociaux et Reuters
Une pollution accidentelle
"Le déversement a eu lieu lorsqu'un opérateur n'a pas remarqué la panne d’une pompe lors d'un arrêt pour maintenance de l'usine, provoquant un débordement du réservoir et la dispersion des déchets dans l'océan," a déclaré Jerry Garry, responsable de l’Autorité de surveillance minière de Papouasie-Nouvelle-Guinée, "d'un point de vue environnemental, le rejet a déjà causé des dommages à l'océan et au secteur de la pêche." La direction de l’entreprise sera convoquée par les autorités locales afin d’indemniser la population et les autorités locales et il pourrait y avoir d’autres sanctions plus radicales, selon l'agence Reuters. Le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinnée a le pouvoir de fermer le complexe industriel et le gouverneur local a appelé cette semaine à l’arrêt des opérations de l’usine.

Constat et réflexion
Le ministre de l’Environnement, Geoffrey Kama, a déclaré dans une interview publiée par le journal local The National, qu’il se rendrait sur le site de l’usine. "Si je vois que la pollution est importante, je fermerai le site", a-t-il déclaré, (…) "Nous devons d'abord attendre le rapport des experts, puis prendre une décision"...Les autorités du pays hésitent visiblement à envisager l’arrêt du complexe industriel. La nature de l’incident a néanmoins soulevé des questions sur la gestion environnementale de l’usine. "Les gens s'inquiètent de la façon dont l'usine fonctionne depuis des années", a déclaré Gavin Mudd, professeur associé au département d'ingénierie de la RMIT University à Melbourne. "Si cela se produisait en Australie, il y aurait des changements immédiats à la tête de l’usine, pas seulement une amende." (...) "Des échantillons de résidus du déversement ont été envoyés en Australie pour des tests et les résultats sont attendus dans moins d'un mois," a-t-il conclu.

Du nickel pour l'économie verte
L’usine de Madang, située sur la baie de Basamuk, produit du sulfate de nickel pour l’industrie des batteries électriques, à partir du minerai de la mine de nickel et de cobalt de Kurumkukari, située à environ 135 km. Les batteries pour véhicules électriques sont essentielles à la transition énergétique, mais les investisseurs exigent de plus en plus une politique d’approvisionnement responsable tout au long de la chaîne de production du nickel, comme c'est le cas en Nouvelle-Calédonie. Le marché londonien et la presse économique australienne suivent de près l'évolution de la situation sur le site de Madang.