Gaël Yanno à la tête du Congrès, analyse et réactions

Mosaïque Roch Wamytan, Gaël Yanno, Philippe Michel, Thierry Santa et Sonia Backès
© NC la 1ère | Roch Wamytan, Gaël Yanno, Philippe Michel, Thierry Santa et Sonia Backès

Il aura fallu trois tours de scrutin pour désigner le nouveau président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, et c’est Gaël Yanno qui a été élu au terme d’une matinée à rebondissements. Au bout du suspense, l’union a prévalu dans les deux camps.

Françoise Tromeur
Publié le , mis à jour le

Les indépendantistes votent d'une voix

Union volontariste et décidée, côté indépendantiste: elle a eu lieu dès le premier tour de scrutin. Les deux groupes, aussi bien l'Uni que l'UC-FLNKS et Nationalistes, ont soutenu Roch Wamytan qui a donc recueilli 23 voix. A noter, en effet, l'absence de Louis Kotra Uregei et de Marie-Pierre Goyetche, les deux élus du Parti travailliste qui ne font plus partie du groupe UC-FLNKS et Nationalistes. 
  

Les loyalistes d'abord dispersés

Union à marche forcée, côté non indépendantiste, dont les 29 voix se sont dispersées, ou perdues en bulletins blancs. Du moins durant les deux premiers tours, avec deux candidats comme on le pressentait: Thierry Santa, pour sa reconduction, et Gaël Yanno, soutenu par Calédonie Ensemble. Lequel a donc eu seize voix, encore seize voix, et finalement l'ensemble des suffrages loyalistes (son portrait en encadré). 
 
Election du président du Congrès, 30 juillet 2018
© NC la 1ère | Le décompte des bulletins par les plus jeunes élues de l'Assemblée, Siutita Sio-Lagadec et Nina Julié.
 

Un président sans groupe

Gaël Yanno n'a plus de groupe déclaré au Congrès. S'il n'avait pas été élu président, il aurait siégé seul et non inscrit. Se sent-il obligé, notamment vis-à-vis de CE? Non, répond-il.

Gaël Yanno qui l'a dit dès son élection: il souhaite que les débats dans l'enceinte de l'institution soient impartiaux et sereins.
 
Son entretien au JT du soir, avec Alexandre Rosada.
  

«Rien que de très normal» pour Calédonie Ensemble

«On avait pris un engagement en signant la plate-forme le 15 juin, pour garantir la stabilité des institutions et privilégier le dialogue, d’opérer une alternance cette année, à la présidence du Congrès, en faveur de Gaël Yanno», rappelle Philippe Michel pour CE. «Nous avons respecté stricto sensu cet engagement. Tout comme Gaël Yanno a respecté son engagement de poursuivre le dialogue. Pour le reste, c’est la règle démocratique qui s’est appliquée, celle qui veut que dans une assemblée à majorité non indépendantiste, pour garantir l’élection d’un président non indépendantiste, le candidat le moins bien placé se désiste», décrit-il. «Rien que de très normal dans tout ça.»
 
Philippe Michel après l'élection du président du Congrès, 30 juillet 2018
  
Thierry Santa, élection du président du Congrès, 30 juillet 2018
© NC la 1ère | Thierry Santa pendant l'élection.
 

Thierry Santa «refuse»

Thierry Santa, le sortant, n'aura pas obtenu son quatrième mandat. L'élu Rassemblement-LR s'est retiré de lui-même juste avant le troisième tour de vote. «Fidèle à mes convictions, je refuse de participer à l’élection d’un président du Congrès qui milite pour une Nouvelle-Calédonie indépendante», a-t-il à peu près eu le temps d'expliquer… avant que son micro ne soit coupé: son intervention a été jugée non réglementaire par la présidente de séance Nicole Robineau. Voici cette déclaration telle que nous ne l'avons pas entendue, envoyée après-coup par le Rassemblement. 
  

Brial avec Santa jusqu'à son retrait

Gil Brial, qui siège avec le Rassemblement sous la bannière du MPC, a soutenu le candidat de son groupe, Thierry Santa, jusqu’au désistement de ce dernier. Il s’est finalement prononcé en faveur de Gaël Yanno, afin d’empêcher les indépendantistes d’accéder à la présidence du Congrès. «Le prix de la signature de la charte des valeurs de vendredi a été payé aujourd’hui», dénonce toutefois le nouveau dirigeant du Mouvement populaire calédonien, parti qui évoque dans un communiqué une «double trahison» de Gaël Yanno.
  

Républicains calédoniens: le bulletin blanc puis le soutien

Les sept élus du groupe Républicains calédoniens ont fait planer le suspense pendant les deux premiers tours: ils ont choisi de voter blanc, «pour ne pas rentrer dans cette bagarre de postes qui s'est ouverte», explique Sonia Backès. Avant de se rallier, «bien évidemment», à la candidature non indépendantiste et de soutenir Gaël Yanno malgré leurs réticences. 
 

L'Uni déplore

Pour Louis Mapou, le président du groupe Uni, cette volonté de faire barrage à l’élection d’un indépendantiste au «perchoir» est un très mauvais message lancé par le camp loyaliste à trois mois du référendum. «C'est grave, d'arriver à élire un président qui est candidat individuel», dénonce-t-il.
 

Wamytan renchérit

Roch Wamytan a finalement été le candidat porté par le camp indépendantiste, comme les années précédentes, et lui aussi s'arrête sur ce barrage des élus loyalistes: «On ne souhaite plus entendre ce type de discours.»

Portrait de président

Gaël Yanno, né à Nouméa le 2 juillet 1961, est âgé de 57 ans. Il est marié et père de trois enfants. 

• Après le secondaire à Nouméa, son parcours d’études l’a conduit à  l’Institut d’études politiques de Paris. Diplômé en Sciences économiques, il a commencé sa carrière professionnelle dans la capitale. De retour en Calédonie, il a exercé comme commissaire aux comptes. 

• Membre RPCR de l’assemblée de la province Sud et du congrès du Territoire, il a été également élu au conseil municipal de Nouméa, adjoint au maire en charge des finances et premier adjoint. Il s’est également présenté comme candidat à la mairie. Il a été élu député en 2007.

• En 2013, il a fondé son propre parti, le MPC, pour Mouvement populaire calédonien. Un mouvement dont il a quitté la présidence cette année après s’y être trouvé en minorité.

• Gaël Yanno a été une première fois président du Congrès, de mai 2014 à juillet 2015.