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Les chemins de traverse (6 octobre 2015)

Les chemins de traverse

Jean-Pierre Masseglia, professeur au Lycée Pétro Attiti, a eu envie de parler éducation. A l’heure où un rapport de la Chambre des comptes pointe du doigt les inégalités ethniques dans l’échec scolaire, NC 1ère diffuse un documentaire optimiste sur ces jeunes qui ont choisi de s’accrocher.

Karine Boppdupont
Publié le

Pour lutter contre le fléau du décrochage scolaire, Jean-Pierre Masseglia, a pris la caméra. Il signe avec Satu Von Hellens, une réalisatrice de la génération montante, un récit plein d’espoir et d’humanité.
Adèle, 18 ans et Patrice 25 ans, ont tous les deux décidé d’arrêter l’école. L’une en seconde professionnelle, l’autre en terminale S. Un an arrête pour l’une, 5 ans d’errance et d’expérience pour l’autre. Ce n’est pas tant la question du pourquoi que soulève le documentaire de Satu Von Hellens et Jean-Pierre Masseglia mais plutôt celle du comment. Comment retrouver la force de revenir, de s’accrocher et de réussir. En 2015, en Nouvelle-Calédonie, on estime que sur un total de 69.000 élèves scolarisés, le nombre de décrocheurs sera de 600 à 800 jeunes. Est-ce un problème sociétal ? Le cas de Patrice et d’Adèle n’est pas un phénomène nouveau. Comment lutter contre cette exposition à la précarité ? Quels sont les recours de ces jeunes ? Plutôt que de commenter les défauts de l’enseignement scolaire calédonien, les deux réalisateurs se sont attachés à démontrer ses ressources. Il y Adèle, Patrice et tant d’autres, le film leur donne les moyens d’y croire, parce que le décrochage n’est pas une fatalité. Pour ne citer que lui, Patrick Dion, vice-recteur de Nouvelle-Calédonie résume « le jeune qui a quitté, en général, quand il revient, il est très motivé, ça fait des jeunes solides, qui réussissent très bien. »

La fiche technique

Réalisateurs : Satu Von Hellens et Jean-Pierre Masseglia
Producteur : CINéAD
Durée : 52 min


 

L'interview du réalisateur


Le film retrace le parcours d’Adèle et Patrice, deux lycéens qui ont arrêté l’école. Pourquoi avoir voulu raconter leurs histoires ?
Jean-Pierre Masseglia : Parce que leur histoire est celle de nombreux jeunes. Nous avons tous autour de nous, dans la famille ou encore dans les amis proches, des jeunes qui ont, à un moment donné de leur scolarité, lâché l’école. Souvent on s’interroge, on essaye de comprendre et trouver des solutions pour aider nos proches.
Mais c’est surtout dans ma vie d’enseignant ou j’ai été confronté à ce phénomène d’érosion dans certaines de mes classes. J ai voulu essayer de comprendre pourquoi certains de ces élèves abandonnaient leur parcours scolaire en chemin.
Dès l ‘année 2013, Patrice et Adèle ont été mes élèves. J’étais leur professeur d’EPS au lycée Petro Attiti. Il était donc plus facile pour moi de raconter leurs histoires, dès lors qu’un rapport de confiance était instauré.
Adèle, pourtant une élève prometteuse dans sa filière, abandonnera, à ma grande surprise, sa formation au lycée à la rentrée 2014. J’ai donc voulu en savoir plus.
L’arrivée de Patrice en 2013 pour reprendre ses études au lycée Petro Attiti après 5 ans d’interruption était l’illustration parfaite qu‘un retour aux études et la réussite scolaire sont toujours possibles quand un jeune est motivé.
 
Combien de temps a duré le tournage du film ?
J-P.M : Le tournage a débuté en 2013. Ce docu est en fait la complémentarité d’un court-métrage : « Awa un jour j’ai lâché l ‘école », présenté au festival de Foa de 2014. Ce court-métrage de fiction tourné en 2013, dans le cadre d’un projet audiovisuel avec la classe de seconde d’Adèle, raconte le parcours d’un jeune qui décroche peu a peu du lycée.
 
Comment avez-vous vu évoluer Adèle et Patrice ?
J-P.M : Pour les deux de manière positive à travers une envie identique : celle d’avancer dans la vie malgré les difficultés rencontrées.
 
Quels sont les élèves les plus touchés par le décrochage scolaire ? Y-a-t-il des familles plus touchées que d’autres ?
J-P.M : Difficile de répondre de manière catégorique car le décrochage est réellement un problème complexe et multifactoriel. Il peut en effet toucher tous les élèves, mais comme il est dit dans le documentaire, il est plus fréquent chez les élèves issus de milieux défavorisés.
 
L’arrêt la scolarisation signifie t-il automatiquement délinquance ?
J-P.M : Il peut il y avoir en effet un lien entre décrochage et délinquance, mais il n’est pas systématique. Il peut faire parti d’un facteur déclenchant parmi d’autres, combiné à d’autres paramètres. Tous les jeunes en échec scolaire ou désinvestis de l’école ne sont pas des délinquants.
 
Quelles sont les solutions mises en oeuvre en Nouvelle-Calédonie pour lutter contre le décrochage scolaire ?
J-P.M : Elles sont multiples et variées, beaucoup d’efforts sont fait et de nombreux dispositifs existent. Ce qu’on peut dire c’est qu’ils sont le fruit d’un travail en synergie de tous les acteurs du système éducatif, de la société civile et des institutions. Il faut sans cesse innover, expérimenter, pour trouver des réponses adaptées à un phénomène complexe. Il n’y a pas de recette miracle.
 
Le phénomène est-il nouveau en Nouvelle-Calédonie ?
J-P.M : Non absolument pas, le décrochage est un phénomène qui existe depuis des décennies, aussi bien en Nouvelle-Calédonie que dans tous les pays occidentaux. Si on s’intéresse plus à ce phénomène de nos jours, c’est qui’ il est plus difficile de trouver un emploi sans qualification.
 
Combien de « décrocheurs » arrivent à revenir à l’école et obtenir un diplôme ?
J-P.M : En 2014 ont dénombrais 20.000 raccrocheurs dans toute la France, le DOM TOM et les POM. L’ambition, pour 2017, de l’éducation nationale est de diviser par 2 le nombre de décrocheurs.
 
Malgré tout, le film est une vraie note d’espoir pour ces « décrocheurs », quel message aimeriez-vous leur laisser ?
Le chemin d’une vie n’est pas unique. Les parcours d’une vie ne sont pas toujours linéaires, heureusement des chemins de traverse existent pour parfois atteindre les mêmes objectifs.

Hélène Iékawe
| Hélène Iékawe, membre du Gouvernement en charge de l'enseignement scolaire

LES PHRASES À RETENIR


Hélène Iékawé

Membre du gouvernement en charge de l’enseignement scolaire
« Il faut être compréhensif vis-à-vis de la jeunesse, quand on ne sait pas ce qu’on veut faire à 16/17 ans, je dis oui c’est normal. (…) Même nous dans notre vie, il y a des hauts, il y a des bas, et bien je dis, il vaut mieux les avoir ces hauts et ces bas plus jeunes, qu’une fois âgés. Ça fait parti de la vie ».
 

Jean-Claude Briault

Membre du gouvernement en charge de l’enseignement scolaire (2012-2014)
« L’école de la République a une mission : faire réussir les élèves, et cela veut dire leur donner les outils pour s’insérer dans la vie sociale, la active, la vie économique. »
 

Michel Lehouilliez

Proviseur du lycée professionnel de Pétro Attiti à Nouméa
« On a beaucoup de choses à entreprendre pour essayer de baisser le fort taux d’absentéisme. J’ai un collègue, proviseur d’un lycée professionnel aussi, qui avait constaté au conseil de classe du mois d’octobre, 440 demi-journées d’absences sur une seule classe de 24 ».
 

Patrick Dion

Vice-Recteur de Nouvelle-Calédonie
« Le décrochage à une acuité grave, parce que l’absence de compétences scolaires se traduit pas une difficulté d’insertion professionnelle, qui se traduit également par une difficulté d’inscription dans le tissu social ».
 

Antoine Declef

Conseiller d’apprentissage à la CCI en 2013
«Toute la difficulté est de leur faire comprendre qu’ils basculent dans le monde du travail».
 

Adèle Jeite – 18 ans en 2015

« Après ma formation, j’aimerai bien travailler, avoir une maison, une voiture, des enfants. Vivre heureux ! ».
 

Patrice Vieilly – 25 ans en 2015

« Ce n’est pas parce que qu’ils décrochent de l’école, que c’est fini pour autant, c’est juste qu’ils vont mettre plus de temps à réaliser l’importance de l’école (..). Il faut les bonnes personnes pour les conseiller ».