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Elles aussi...

Elles aussi... Groupama race

Pendant un mois, les réalisateurs ont embarqué avec cet équipage féminin pour raconter la Groupama race à travers leur course. 

Karine Boppdupont
Publié le , mis à jour le

Grâce à des caméras embarquées dans tous les bateaux, le film retrace les espoirs et les doutes des équipages, leurs stratégies, leur vie quotidienne à bord, bref, un plongeon dans ce tour de Calédonie à la voile.
 

L'histoire

Elles, ce sont les 30 femmes à bord de 25 bateaux dont Dove/Défi des filles, un monocoque exclusivement féminin.
Pendant la moitié de la course, elles fileront au portant.
Eux aussi.
Pendant l’autre moitié ils s’acharneront au près.
Elles aussi.
Elles franchiront la ligne d’arrivée après 2,3 ou 5 jours avec des souvenirs, des angoisses, des joies.
Eux aussi.
Nous vous proposons de vivre cette Groupama race de l’intérieur, avec pour la première fois un équipage 100 % féminin et des équipières sur bons nombres d’autres bateaux. Sans oublier bien sûr les autres équipages. Dont majoritairement des étrangers.

Jamais la Groupama race n’a accueilli autant de femmes.
Mille sabords, la femme est un marin comme les autres !
 

L’équipage 

Christine Gaillard, professeure de mathématiques au Lycée Blaise Pascal : elle inscrira cette année sa 4ème participation à la Groupama Race (2008, 2010, 2012). Habituée des courses offshores dans le Pacifique, Nouméa-Santos (2006), nouméa-Port-Villa (2009-2017), Christine saura appréhender les difficultés liées à la gestion du sommeil, de la vie à bord.
Qualités : esprit d’équipe, toujours de bonne humeur, polyvalente.

Sandrine Gravier, directrice adjointe de l’IUT : son point fort : la tactique et la barre. Pas étonnant au regard de son CV nautique. C’est sur le circuit mondial de Match Race (duel de 20 minutes où l’objectif est de pousser le bateau adversaire à la faute) que cette jeune mère de famille s’est rôdée.
Comme à son habitude, elle devra sur cette course, anticiper les différents coups à jouer. C’est sa 2ème Groupama Race.
Qualités : déterminée, patiente, à l’écoute.

Léa Protoy, ingénieure en système d’information géographique : la navigation au large, Léa connaît. En 2016, elle ralliait l’Antarctique sur un monocoque, puis Vancouver à Tahiti l’année suivante. Côté régates, c’est à bord de Blue Dude, le bateau de Christine et Sandrine, que Léa a fait ses armes. Puis, en Elliot 6 (2011-2015), Léa a peaufiné ses compétences pour devenir l’équipière idéale. Ce sera sa 2ème Groupama Race.
Qualités : drôle, polyvalente, courageuse.

Mathilde Vaudelet, kinésithérapeute : tombée dans le berceau de la régate dès ses 8 ans, en Optimist, cette jeune malouine a gravi les échelons en performant au lycée. Elle participe d’ailleurs à la régate France Espoir en First Class 8 (monocoque de 8 mètres). Rapidement en Calédonie, elle s’associe à l’équipage féminin en Eliott 6 et peaufine ses compétences en habitable, sur Blue Dude ou d’autres voiliers. Ce sera sa 1ère Groupama Race.
Qualités : optimiste, rigoureuse, pleine d’humour.

Lauren Hautier, étudiante : c’est la jeunette de l’équipage ! Mais côté expériences, elle est loin d’être au commencement. A 5 ans, Lauren était déjà à la barre d’un Optimist. Les résultats sont là, alors Lauren poursuit son ascension. Elle intègre l’équipage féminin sur Blue Dude en 2011. En parallèle, elle participe aux Mini Jeux du Pacifique et termine 2ème en Laser Radial. Plutôt habituée de la plage avant, Lauren est la N°1 qu’il faut avoir à bord.
Qualités : jeune, volontaire, motivée. 
 


Entretien avec Sandrine Gravier, membre de l'association "Défi de filles"
Son point fort : la tactique et la barre
Comment est né la volonté de courir la Groupama race avec un équipage féminin ?

A la base de tout cela il y a l’association Défi des filles, créée en 2009. Cette association est née de quelques amatrices de la voile et de la régate et son objectif est de promouvoir la voile féminine sportive. Cela a permis de fédérer une partie des filles qui régatent sur le plan d’eau Calédonien. Nous avons pendant plusieurs années participé aux régates du Cercle Nautique Calédonien. Plusieurs d’entre nous ont participé à une ou plusieurs éditions de la Groupama Race. Et à chaque arrivée de la Groupama Race on se disait que cette aventure humaine et ce défi sportif on avait envie de le vivre en équipage féminin. Malheureusement, Blue Dude, le bateau sur lequel nous régatons à l’année ne dispose pas des caractéristiques requises pour participer à la Groupama Race. Du coup, la volonté était là mais le projet compliqué à mettre en place car il nous fallait trouver un bateau, compétitif, bien évidemment ! Et, avec l’aide du CNC et de l’organisation, nous avons réussi à trouver des partenaires et en particulier Dove qui nous a permis de disposer des ressources nécessaires pour se lancer dans l’aventure. C’était un partenariat très sympa car les valeurs portées par la marque nous correspondent parfaitement.
 
Comment avez-vous choisi l’équipage ?
L’équipage s’est constitué assez naturellement avec les filles de l’association Défi des filles. Nous avions donc déjà l’habitude de naviguer ensemble, mais plutôt dans le lagon qu’à l’extérieur ! C’est pourquoi nous avons eu envie de bénéficier de l’expérience d’une navigatrice habituée à la navigation au large. Nous avons donc contacté Lisa Blair (navigatrice Australienne qui a réalisé un tout de l’Antarctique en solitaire et récemment un tour de l’Australie en solitaire également). Lisa nous a beaucoup apporté. Nous avions une base de solide de copines qui savent naviguer, mais elle nous a vraiment apporté sur la gestion de l’équipage, l’organisation à bord tout au long de la course, la maitrise des risques de la course au large, ...

Quel est votre rôle au sein de l’équipage ?
Nous avions une organisation très structurée pendant la régate avec des quarts bien établis (je pense que c’est très important d’être rigoureux pour gérer la fatigue sur une course assez longue). En course hauturière les équipages fonctionnent par quart, c’est-à-dire que l’on se relaye à la barre et aux manœuvres. Nous avions donc 4 barreuses à bord et des équipières polyvalentes. Dans les phases de manœuvres ou dans les situations d’urgence (comme lorsqu’on la bôme s’est décrochée du mât !) nous étions toutes sur le pont et reprenions des postes bien définis. Lisa Blair était la skipper du bateau et j’étais sa seconde.

Combien de jours avez-vous passé en mer ensemble ?
En course, nous avons passé 5 jours 10 heures 9 minutes et 9 secondes ! Mais nous avons passé beaucoup plus de temps ensemble sur l’eau si on tient compte de toute la préparation. Sur les 3 derniers mois, nous avions un rythme de deux entrainements par semaine et à cela s’est ajouté des navigations de nuit, au large et la participation aux régates préparatoires du club. Donc des heures et des heures passées en mer.
Sans oublier que le projet se construit également à terre et donc nous avions instauré une réunion hebdomadaire sur la gestion du projet (le choix de la couleur des tenues d’équipage pouvait parfois prendre beaucoup de temps ;-)) et de préparation sur l’organisation de la vie à bord. Sans oublier de longues heures à bricoler et préparer le bateau.
 
Comment avez-vous vécu cette course ?
Je crois que le mot qui résume le mieux c’est : bonheur ! En effet cette course a été longue (peu de vent sur la côte Est avec plusieurs abandons de bateaux) et donc difficile mais à aucun moment nous avons eu ce sentiment. Nous avions toute une telle implication dans ce projet que nous voulions vivre cette aventure à fond, à la fois sportivement : on était là pour faire un bon résultat et on a donc tout donné pour faire avancer le bateau le plus vite possible et humainement : on a beaucoup rigolé, on a partagé des moments incroyables, on a parfois pleuré aussi. Plein d’émotions fortes se sont mêlées, c’était magique.
L’arrivée restera je pense un moment fort pour chacune. Ce sentiment d’avoir accompli un challenge qui nous paraissait presque inaccessible. Et l’arrivée au ponton, a été sensationnelle, il y avait des centaines de personnes pour nous accueillir, on s’est rendu compte que notre bonheur et notre enthousiasme avaient été partagés !
 
Est-ce que c’est une expérience à refaire ?
Oui sans aucun doute ! Ça demande beaucoup d’énergie et de temps ce qui est parfois difficile à combiner avec nos vies professionnelles et nos vies de famille, mais rien que d’en reparler j’ai les larmes aux yeux tellement c’était beau!
J’ai presque envie de dire rdv dans un an !