Itinéraires

Mardi à 20h

Itinéraires

BLOK CALEDONIE

BLOK CALEDONIE

Ils n’étaient que des enfants lorsqu’ils ont quitté le Caillou pour suivre leurs parents en Indonésie.
Un départ qui a souvent été synonyme de déchirement.

Karine Boppdupont
Publié le

Ils s’appellent Misri, Yolande, Suzanne, Ratiman...
Ils sont nés en Nouvelle-Calédonie dans les années 30 ou 40
Ils n’étaient que des enfants lorsqu’ils ont quitté le Caillou pour suivre leurs parents en Indonésie.
Un départ qui a souvent été synonyme de déchirement.
Depuis... Ils vivent en Indonésie, à Sumatra, dans le petit village de Totokaton qu’ils ont rebaptisé Blok Calédonie
Un village, qui pour beaucoup de Calédoniens issus de la communauté indonésienne, est une sorte de mirage perdu dans le temps.

MAMIE TUM BLOK CALÉDONIE


L'INTERVIEW DES RÉALISATRICES


Pourquoi ce film ?

On parle souvent de la communauté indonésienne comme de la communauté « silencieuse ». Aussi, en tant que documentaristes, ce silence ne pouvait que nous interpeller. Pourquoi un tel mutisme sur l’histoire des indonésiens de la Nouvelle-Calédonie ? Pourquoi cette difficulté, au sein même des familles à raconter le passé ?
La réponse est la douleur… Une expérience douloureuse de déchirement entre leur pays d’origine et le Caillou. Des destins emportés dans les courants de l’Histoire, d’une terre à l’autre, séparés de leurs familles, parfois à jamais.

Mais l’histoire de la communauté indonésienne, c’est aussi l’espoir qui continue à briller dans l’obscurité. L’espoir de trouver un destin meilleur en Nouvelle-Calédonie à l’époque de la colonisation Hollandaise, l’espoir de retrouver son pays au moment de l’indépendance indonésienne, l’espoir de construire un avenir meilleur, l’espoir de réunir les familles séparées depuis plus d’un demi siècle et qui ne se sont jamais oubliées.

Ce film est avant tout un film sur la réparation. Nous avons voulu donner la parole à la génération des Niaoulis, les premiers indonésiens nés sur le Caillou (issus de travailleurs engagés). Des personnes aujourd’hui âgées, qui sont les derniers témoins vivants de ce passé « passé sous silence ». 
LES SOEURS POADJA


« Blok Calédonie », c’est quoi ?

Blok Calédonie est le nom d’un village en Indonésie, sur l’île de Sumatra. Au moment de l’Indépendance de l’Indonésie dans les années 50, de nombreux travailleurs engagés ont pris la décision de quitter le Caillou pour un retour sur leur terre natale avec l’espoir d’un avenir meilleur.
Ces travailleurs avaient pour beaucoup des enfants, nés en Nouvelle-Calédonie, qui avaient, à l’époque, entre 1 an et 21 ans. Des enfants qui n’ont pas eu d’autre choix que de suivre leurs parents vers un pays inconnu pour eux.
Le film raconte ce retour et se focalise sur une histoire en particulier, celle du village de Blok Calédonie, nom donné au village qu’ils ont construit pour ne pas oublier leur lien avec le Caillou.


«  Blok Calédonie » c’est une histoire de séparations et de retrouvailles…

Oui. Au moment du départ, certaines familles ont été séparées. Soit parce que certains enfants issus de couples mixtes sont partis avec un parent et les autres sont restés en Calédonie. Soit parce que certains dans les familles ont fait le choix de ne pas retourner en Indonésie.
Il y a eu des séparations très douloureuses et souvent subies par les Niaoulis qui eux, de par leur jeune âge, n’avaient pas la possibilité de faire un choix.

Certaines familles ne se sont jamais revues… D’autres ont entrepris des démarches incroyables pour pouvoir se retrouver. Ce que raconte aussi le film, c’est que pour de nombreuses familles qui avaient quitté le Caillou, l’avenir qu’ils avaient espéré dans une Indonésie indépendante ne s’est pas réalisé. Pour les habitants de Blok Calédonie, par exemple, le retour s’est avéré être une véritable épreuve. Ils sont devenu de nouveaux pionniers, envoyés dans des terres hostiles. Cela a été un choc immense pour les jeunes Niaoulis qui quittaient leur pays natal pour un monde inconnu et hostile.

Qui sont les personnages du film ?

Les personnages du film sont les Niaoulis.
Il y a d’une part les Niaoulis qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie. Certains n’ont jamais quitté le caillou, d’autres sont revenus après plusieurs années passées en Indonésie.
Il y a aussi les Niaoulis qui vivent encore à Blok-Calédonie et qui ne sont jamais revenus en Nouvelle-Calédonie. 

Nous nous focalisons sur l’histoire de plusieurs familles.

Il y a l’histoire des sœur Poadja, métisses Kanak. Suzanne et Yolande sont parties avec leur père en 1953. Elles ont été séparées de leurs sœurs Jacqueline et Marie restées avec leur mère en Calédonie. Elles ne se sont jamais revues.

Il y a l’histoire de Mamie Tum et de Ratiman originaires de La Foa et de Canala. Ils n’ont plus de famille en Calédonie, mais rêvent d’y retourner un jour pour revoir leur village natal.

Il y a l’histoire de Misri et de sa sœur Saminum qui ont suivi leurs parents en 1953. Misri avait alors 13 ans. Sa sœur, un peu plus âgée a pu rentrer en Calédonie avec son mari. Les deux sœurs ont essayé de garder le contact, mais elles ne se sont pas revues depuis 11 ans.

Il y a l’histoire de Kasio, séparé à 1 an à peine de sa mère d’origine japonaise.

Des histoires personnelles qui racontent la Grande Histoire…
MISRI


Plus qu’un film, une magnifique aventure humaine.

Ce film est bien plus qu’un documentaire, c’est une incroyable aventure humaine.
Nous avions entendu parlé du village Blok-Calédonie il y a plusieurs années déjà, mais nous avions du mal à l‘époque à obtenir des informations pour écrire notre scénario et n’avions pas les moyens financier d’un repérage.

Blok Calédonie est revenu à nous en 2017 lors d’un échange avec Thierry Timan, Président de l’Association Indonésienne de la Nouvelle-Calédonie. Nous lui avons reparlé de ce village. Immédiatement, Thierry nous a dit que si nous devions faire un film, c’était maintenant ou jamais, car la génération des Niaoulis était très âgée et l’histoire de la communauté indonésienne risquait de sombrer dans l’oubli définitivement. La disparition de la parole de cette génération serait une perte pour l’histoire de la communauté, pour l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Il était prêt à nous aider pour trouver plus d’informations sur Blok Calédonie, qui jusqu’ici, malgré nos recherches, était plus un mirage qu’autre chose.

Thierry nous a donné le contact de Catherine et de Neile, deux membres de son association qui étaient parties à Blok Calédonie quelques mois avant cet échange. Grâce à elles, nous avons découvert des images de Misri, des Sœurs Poadja, de mamie Tum, prises avec un simple téléphone portable.
Des images qui nous ont profondément émues. Des Mamies qui lançaient un appel à plus de 80 ans, pour retrouver leur famille, leurs amis en Nouvelle-Calédonie. Qui parlaient, dans un français impeccable de leurs souvenirs d’enfance, de leur attachement au caillou.

Alors nous avons rêvé. Rêvé de faire revenir ces anciens sur leur île natale. Joindre nos forces entre l’Association et notre société ce production pour produire un film documentaire qui mette à la fois en lumière l’histoire méconnue des Niaoulis, et réunisse des familles déchirées. Un film qui unirait les énergies de chacuns et donnerait la forces à ces anciens de faire un voyage inespéré, de renouer sur la fin de leur vie avec leur terre natale et une partie de leur famille rayées de leur vie par l’Histoire.

Cela n’a pas été facile. Nous remercions le Fonds d’Aide de la Nouvelle-Calédonie sans qui nous n’aurions pas réussi ainsi que les institutions qui ont soutenu l’Association Indonésienne de la Nouvelle-Calédonie pour organiser l’accueil de 3 Niaoulis. Nous aurions aimé faire revenir plus d’anciens mais nous n’avons pas eu le budget nécessaire. 
L’Ambassade de France à Jakarta, le Ministère des Outre-Mer, n’ont malheureusement pas soutenu notre action et n’ont pas compris l’importance de rendre hommage à ces hommes et ces femmes nés sur le Territoire Français… Nous le déplorons.
Mais là Calédonie était là pour elles, ainsi que la communauté Indonésienne, le clan Poadja en Province Nord, Les Provinces… Le Caillou a accueilli ses enfants et ce retour a été un hommage auquel nous sommes fières d’avoir participé.
« Blok Calédonie : l’histoire méconnue des Niaouli » est une trace. C’est un documentaire qui a une place particulière dans notre cœur. Un film qui raconte des histoires personnelles, la Grande Histoire, et participe à une forme de réparation… à mettre de la lumière sur les parts d’ombre de l’histoire. 

LES RÉACTIONS À L'AVANT-PREMIÈRE