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Kumu Hina (05/05/15) [vidéo]

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Dans le «Magazine des Identités» Patrick Durand-Gaillard vous propose l’histoire d’un petit garçon devenu femme à l’âge adulte. Cette histoire c’est celle de Hina née «Mahu» dans la société polynésienne de Hawaii. 

Karine Boppdupont
Publié le , mis à jour le

Là-bas –tout comme à Tahiti et ses Iles – le «Mahu» est tout à la fois esprit masculin et féminin. Le film raconte sa transformation de Colin Wong, lycéen timide en femme mariée et directrice culturelle d’une école à Honolulu. On suit aussi Ho’onari, petite fille à la forte personnalité qui désire rejoindre la troupe masculine de Hula où Hina lui donne la possibilité d’exprimer sa part d’âme masculine. Le documentaire s’attarde sur la vie de couple de Hina, sur sa vie professionnelle et la façon dont elle parvient à vivre sa différence.
Réalisation / Production Dean Hamer Qwaves
Une production ITVS récompensée au « FiFO 2015 » par le 2ème prix du jury et le prix du public

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LA CULTURE HAWAIENNE ET L’HOMOSEXUALITÉ HINALEI’MOANA WONG-KALU, PERSONNAGE PRINCIPAL DE KUMU HINA
Le documentaire insiste sur la nécessité de rejeter les préjugés occidentaux sur les genres, et de revenir à la compréhension et la tolérance hawaiienne ancestrale. C’est sur ce thème que l’héroine de Kumu Hina s’exprime.

Avant que les étrangers arrivent à Hawaii, il y avait un niveau de tolérance et d’acceptation de différents types de relations et d’existences, qui n’étaient pas remis en cause ou soumis à une attitude péjorative. Aujourd’hui dans le contexte moderne il y a les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT), et de grands efforts sont faits dans cette communauté pour promouvoir la liberté, en se basant sur le fait d’être LGBT. Mais je ne suis pas quelqu’un qui encourage ça, ce que j ’encourage c’est que nous soyons «pro-culture» d’abord, et à travers ça il y a une compréhension qui vient par le savoir de ce qu’est un «mahu», un «akane», le «punalua» (un homme qui a plusieurs femmes et viceversa), le «po’olua» (un enfant qui a plusieurs lignées paternelles)… Dans les écrits de l’époque, ces concepts ne sont pas décrits de manière négative, mais juste comme un état de fait. Par exemple un «akane» est le concept par lequel nous reconnaissons le rapprochement et, parfois mais pas forcément, une intimité entre personnes du même sexe, sans nécessairement être une relation homosexuelle.
Traditionnellement ils avaient un rôle dans la société. Dans le cas d’un chef, un «ali’i» pouvait avoir un «akane» qui pouvait être envoyé comme émissaire et parler au nom du chef. Seul un «akane» avait un tel privilège. Il y a aussi un thème moins visible dans le documentaire, à propos de l’indépendance.
Bien que Hawaï soit pour le moment dominé politiquement par les États-Unis, nous sommes fermement indépendants dans nos coeurs et esprits parmi certains d’entre nous, «natifs». Dans une des scènes du film, où la directrice de notre école rappelle aux étudiants comment notre génération a été forcée à prêter allégeance à un drapeau pour lequel nous n’avons aucun «aloha», et que la responsabilité de la nouvelle génération est d’ouvrir son esprit à une réalité différente, et à fortifier leur apprentissage de notre culture.
Beaucoup d’éléments de notre culture ont été perdus, mais heureusement dans le monde du hula nous avons encore sauvegardé beaucoup d’enseignements, que les écoles transmettent aux nouvelles générations. D’ailleurs je souhaite lancer un appel aux anciens, aux tupuna qui peuvent nous lire. Je leur demande de ne pas refuser de partager leur culture avec cette jeune génération qui a soif de la connaitre. Sinon ils risquent de devenir comme nous, à Hawaii, où on a refusé de donner
l’opportunité à la génération de ma grand-mère d’apprendre le savoir de leurs ancêtres. Hawaii est un exemple parfait de ce qu’il se passe quand on refuse d’enseigner les traditions aux nouvelles générations : ma grand-mère ne sait rien de la culture, elle est biologiquement hawaiienne, mais son expérience de la vie est américaine. Elle ne voit pas le monde de la même manière que moi.