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Itinéraires (04/12/12) : «Pierre qui roule» et «Impérieuse Rae Rae»

Impérieuse Rae-Rae

Diffusion le 4 décembre dans Itinéraires : «Pierre qui roule» à 20h00 et «Impérieuse Rae Rae» à 20h30

Karine Boppdupont
Publié le , mis à jour le

  • «Pierre qui roule»

Durée : 30 min
Présentation : Pierre Fairbanks


Pierre qui roule part à la découverte de Symbiose. Cette Association unit des professeurs de sciences expérimentales (Physique-Chimie et Sciences de la Vie et de la Terre) passionnés de sciences et de pédagogie : chaque année, ils organisent la Fête de la science et le Village des sciences. Leurs deux vaisseaux des sciences (2 camions aménagés et dédiés à la vulgarisation) sillonnent la Nouvelle-Calédonie tout au long de l’année et vont à la rencontre des enfants…

Pierre qui roule du 4 décembre 2012

  • «Impérieuse Rae Rae» à 20h30

Genre : Documentaire
Auteur-Réalisateur : Cécile Tessier-Gendreau
Production : Anekdota Productions
Durée : 52 minutes
Enquête sur l’intégration des raerae dans la société polynésienne à travers 3 portraits. Aujourd’hui, les termes mahu et raerae suscitent de nombreuses interrogations. Qu’ont-ils de si différents ? Pourquoi le mahu, figure historique de la société polynésienne a un statut reconnu, alors que le raerae est marginalisé ? Peut-on expliquer cette opposition uniquement par la différence de genre ? Liés à la société moderne, le terme raerae est apparu dans les années 1960. C’est à cette période que des milliers d’hommes célibataires sont arrivés de métropole en Polynésie, dans le cadre du Centre d’Expérimentation nucléaire. La manne financière déversée pendant 30 ans pour ces essais nucléaires a profondément bouleversé les valeurs polynésiennes. Elle a généré « l’argent facile », la modernisation accélérée du pays et une nouvelle forme de prostitution, celle des « raerae ». Dans cet univers déroutant, Ambre et ses comparses forcent le respect par leur émancipation prometteuse… Alors intégration réussie ou acceptation de fait ?

Impérieuse Rae-Rae

 

  • Cécile Tessier-Gendreau, l’auteur-réalisateur répond à nos questions :

- Comment est né le projet du film ?
Lorsque je suis arrivée pour la 1ère fois à Tahiti, il y a deux ans (pour le tournage de Pierre Loti Un homme du monde, en qualité d’attachée de production) j’ai été immédiatement déroutée, intriguée par ce 3ème sexe qui semblait parfaitement intégré dans la société polynésienne. Cette acceptation naturelle de la différence liée au genre m’a semblé trop idyllique pour être réelle... j’ai donc commencé à m’intéresser au sujet et à enquêter. Un autre élément a été déclencheur : en sepembre 2011, le même jour, les raerae couvraient l’actualité à travers 2 événements antinomiques : l’un sordide, la condamnation à 20 et 30 ans de réclusion criminelle à perpétuité de 2 bourreaux pour actes de barbarie, torture et meurtre d’un raerae à cause de son orientation sexuelle et l’autre festif, l’élection de Miss Vahiné-Tané qui rassemble chaque année les plus beaux raeraes de Polynésie. Ces deux événements allaient constituer le début de mon scénario.
- Aviez-vous, vous-même entendu parler de « rae rae » ?
Avant de venir en Polynésie, le sujet avait pu être évoqué par des personnes de mon entourage qui connaissaient Tahiti, mais je n’en mesurai pas l’importance
- Combien de temps êtes-vous restés en Polynésie pour la réalisation du film ?
6 mois ont été nécessaires pour la réalisation de ce documentaire. Le travail d’investigation a été très long.... Il m’a été très facile d’échanger avec des raerae. Il m’a été nettement plus difficile d’en rencontrer qui soient épanouies, bien intégrées dans leur travail et leur famille et qui veuillent se livrer, s’exposer au risque de perdre leur emploi, d’être encore plus déconsidérées qu’elles ne le sont... parler, témoigner à visage découvert est un acte courageux. Parce que finalement il est là le paradoxe : l’acceptation semble naturelle du fait de la longue tradition des mahus, mais l’émancipation du raerae notamment sexuelle dérange. Le mahu était reconnu. Il occupait une position sociale... mais il n’évoquait jamais sa sexualité... il était apprécié pour sa discrétion. A l’inverse, le terme rae rae est associé au sexe, assimilé à la prostitution... et le cliché est sans appel, très réducteur d’où une marginalisation évidente.
- Quelle séquence vous a plus touchée ?
J’espère que l’émotion est omniprésente. Chacun des protagonistes à sa façon est touchant. Mon choix était de traiter le sujet sous un angle positif, de valoriser ces rae rae, qu’elles soient regardées et écoutées comme n’importe quel être humain, comme des gens dits «normaux». Ce sont des personnes qui éblouissent par leur lucidité, leur détermination. Elles sont courageuses et démontrent par leur combat que l’espoir passe par la volonté des hommes et qu’elles n’ont rien d’un mythe. Elles aspirent à vivre comme tout le monde, sans être jugées en permanence. Elles voudraient qu’on apprenne à les connaître.
- Dans vos recherches, vous avez découvert que les « rae rae » sont les héritiers d’une longue tradition, celle des « mahu », qui font partie intégrante de la culture polynésienne. Les « mahu » que James Cook avait rencontrés étaient des hommes efféminés qui s’habillaient comme des femmes. Que reste-t-il de cette culture ? Ces travestis polynésiens que l’on appelle les « rae rae » sont –ils autant respectés que l’étaient leurs ancêtres « les mahu » ?
Non, je crois que les raerae sont justes tolérées.... elles partagent le quotidien de tous, mais il ne faut pas évoquer ce sujet qui gêne, le taire comme si de rien n’était. C’est une belle invitation à la tolérance que nous offrent ces femmes qui assument avec éclat leur différence. Elles m’ont renforcé dans mes convictions, qu’il ne faut jamais cesser de s’interroger sur sa condition et sa responsabilité d’homme, quelque soit l’endroit dans le monde.
Je prépare actuellement mon prochain documentaire, dont le tournage se déroulera aux Marquises, Tikeau, Tahiti et Moorea. La sortie est prévue à la rentrée 2013 (septembre).