Boucan

30 Juin 2019

Boucan

Entretien avec Vincent Kerriguy, personnage principal du film Boucan

Vincent Kerriguy alias Vincent Boyer
Karine Boppdupont
Publié le , mis à jour le

Vincent Kerriguy est le personnage principal


Vincent  (Vincent Kerriguy) est un père de famille, instituteur, venu de l'hexagone. Encouragés par les campagnes du gouverneur Feuillet, il reprend la concession Villardi à La Foa pour y planter des pieds de café. L'administration exige alors 500 pieds de café dans les deux années à venir. Rencontre avec l'acteur du personnage principal. 

Comment avez-vous été amené à participer à ce projet de film ?

Le projet m'a été présenté par le réalisateur Alan Nogues lors d'une soirée chez des amis communs. Nous avons discuté de l'histoire Calédonienne au sens large et de quelques anecdotes humaines extraites d'écrits historiques sur la Calédonie. Nous avons évidemment parlé du Boucan.

Vous jouez le rôle principal de cette fiction calédonienne inédite, comment percevez-vous votre personnage ?

Mon personnage est en quelque sorte une représentation archétypale de l'homme de la fin du 19ème. Très pieux, rigide et pas aimant il est d'une extrême exigence envers lui-même et les siens. Très respectueux de l'autorité, sa peur de l'échec vis à vis de l'administration coloniale le rend de plus en plus tyrannique et injuste envers sa famille. De plus son esprit cartésien confronté à un monde qu'il ne connaît pas et qu'il ne peut pas comprendre et face à une nature qui semble aussi hostile qu'insurmontable le font peu à peu perdre pied. Ainsi perdu entre ses certitudes et la situation dramatique de sa famille, il sombre sans conscience dans une folie mortifère.

Est-ce que ce rôle ambigu n’a pas été difficile à interpréter ?

Quelque soit mon expérience théâtrale et cinématographique, être pour la première fois le rôle principal d'un long métrage fait de toute manière sortir de votre zone de confort. L'appréhension de mon personnage s'est faite petit à petit au cours des lectures et des échanges que j'ai eu avec Alan. L'enjeu était double car il s'agissait dans un premier temps de comprendre la psychologie des Hommes de cette époque aux caractères, aux comportements et aux principes parfois aux antipodes des nôtres. Le caractère profond de mon personnage est venu dans un deuxième temps par composition mentale de son histoire individuelle et familiale après nos lectures, discussions et répétitions avec Alan, Fanny et Simon.

Le jour J, une fois en costume sur le lieu de tournage et comme téléporté plus d'un siècle en arrière, l'imaginaire que je m'étais créé prenait alors corps. La famille Boyer était là, nous devenions ces Français perdus en terre inconnue et je devenais ce patriarche sûr et intransigeant. L'atmosphère sur le tournage était particulière et certainement due autant à l'histoire qu'aux lieux où nous tournions. Aussi l'évolution de mon personnage s'est faite relativement naturellement.

Avez-vous été inspiré par un acteur en particulier ?

Pas véritablement. Je me suis appliqué à être le Vincent Boyer que j'avais en tête et qu'Alan dirigeait en fonction de son Vincent Boyer à lui.

Connaissiez-vous cette période de l’histoire calédonienne ?

Oui, l'histoire Calédonienne m'a intéressée depuis mon arrivée en 1991. De plus ma participation à "Louise Michel", à "L'archipel des Forçats" ainsi qu'à plusieurs spectacles historiques sur la Calédonie m'avait déjà plongé dans cette période de la colonisation.

Une période sombre…mais un tournage joyeux…Racontez-nous une anecdote ?

Oui le tournage a été une véritable aventure de bande. Nous étions peu nombreux aussi bien en techniciens qu'en acteurs mais il y avait une véritable cohésion et une implication totale de tous. Les préparations de décor avec Adjé et de scène avec Fanny et Simon étaient toujours de très bons moments de détente avant l'Action. Nous sommes passés à côté de quelques catastrophes qui, au final, nous ont fait beaucoup rire. Lors d'une scène de coupe d'arbre notamment, ma hache s'est cassée et la lame est passée à quelques centimètres de Fanny. Une énorme frayeur sur le coup, mais qui nous a fait rire pour le reste de la journée. Enfin, nous avions la chance d'avoir un cuisinier à demeure pendant le tournage sur Bourail et nos fins de journées étaient donc toutes un pur moment de relaxation, de dégustation et de franche camaraderie.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

Je n'ai pas de projet de film pour le moment mais j'espère vraiment avoir la possibilité de vivre d'autres aventures aussi enrichissantes dans l'avenir. Je continue par contre le théâtre avec la compagnie de l'Archipel. Nous sommes en préparation de l'Art'péritif du 9 juillet au Théâtre de poche.
 

Les moments de Boucan en images