La compagnie Ponant renonce à faire escale en avril aux Chesterfield

Tortues aux Chesterfield
© WWF France / Marc Oremus | Tortue aux Chesterfield.

Après des mois de polémique, Ponant suspend son projet d'escale aux Chesterfield. «Force est de constater que des difficultés demeurent et que tous les intervenants n'adhèrent pas à ce projet», écrit la compagnie dans un courrier diffusé par le gouvernement. EPLP parle de «victoire» et de vigilance.

Françoise Tromeur, Martine Nollet, Angélique Souche et Nathalie Daly Publié le , mis à jour le

Ponant ne fera pas escale une journée aux îles Chesterfield,au mois d'avril. Par un courrier aux Affaires maritimes daté du 7 février, et rendu public mardi matin par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la compagnie de croisières a fait connaître sa décision «de suspendre ce projet afin de prendre plus de temps pour continuer à débattre et à convaincre nos interlocuteurs».
  

Parole de président

«Il nous avait semblé qu'un consensus pouvait être obtenu auprès des différents interlocuteurs locaux que notre responsable Expédition avait rencontrés lors de son passage sur le territoire», écrit le président de Ponant, Jean-Emmanuel Sauvée. «Force est de constater que des difficultés demeurent et que tous les intervenants n'adhèrent pas à ce projet. En aucun cas, Ponant ne souhaite créer de difficultés avec ses interlocuteurs calédoniens dans le cadre de ses programmes de croisières.»
 
Proposition de croisière aux Chesterfield
© Ponant | Présentation de la croisière en question par la compagnie maritime.


Nettoyage du plastique

Et le courrier poursuit: «Il semblerait que Ponant n'ait pas réussi à convaincre suffisamment du bien-fondé de cette initiative, comme nous l'avons fait récemment dans l'île d'Aldabra classée au patrimoine mondial de l'Unesco dans l'océan indien. A ce titre, nous avons participé au nettoyage de la pollution par les matières plastiques dans l'intégralité de l'archipel. C'est ce type d'action que nous voulions réaliser aux Chesterfield.»
Une lettre à lire dans son intégralité ci-dessous.  

Le gouvernement prend acte

Le gouvernement «prend acte de cette décision, empreinte de sagesse et de raison», via un communiqué également diffusé ce mardi matin. «Dans le cadre de l’instruction de la demande d’escale de la compagnie Ponant aux îles Chesterfield, indique-t-il, [l'exécutif] a informé la compagnie des débats suscités par des autorités et mouvements politiques, ainsi qu’au sein de l’opinion.» 
Nicolas Metzdorf, porte-parole du gouvernement, au micro de Martine Nollet.
 

Récifs pristines

L'annonce de Ponant suit des mois de débats concernant la pertinence d'autoriser une escale à hauteur des récifs pristines du parc de la Mer de Corail. Portée par EPLP, et une partie de l'opinion publique, l'opposition à ce projet s'est notamment traduite par une pétition qui avait recueilli, selon Ensemble pour la planète, 22 000 signatures au 12 février 2019. «Nous pouvons affirmer à cette heure avoir remporté une victoire. Cette victoire, nous la dédions à notre planète et à ses derniers écosystèmes vierges encore intacts», a réagi l'association environnementale ce mardi après-midi.
 
Mobilisation contre la croisière Ponant aux Chesterfield
© JP | Mobilisation à l'Anse-Vata contre la croisière Ponant aux Chesterfield.
 

EPLP: «Nous devons rester vigilants»

«Toutefois, nous devons rester vigilants», souligne sa présidente. «Le navire de croisière du Ponant ne s’arrêtera donc pas aux Chesterfield-Bellona en avril prochain, c’est certain. Mais qu’en sera-t-il à l’avenir ? Nous n'avons nulle garantie, écrit Martine Cornaille. Nous souhaitons dire sans ambages que nous refusons la possibilité que ce dossier ou un dossier similaire -si la stratégie d’évitement devait conduire à envisager une escale dans un autre site [du parc naturel de la Mer de Corail]- fasse surface dans les mois qui viennent.»
Ecoutez Martine Cornaille au téléphone d'Angélique Souche.
 

Politique

Au fil des mois, l'affaire avait pris une dimension de plus en plus politique. En milieu d'année 2018, la province Nord s'est dite opposée au projet. Le parti Calédonie ensemble a fait de même en février 2019: il a déposé un vœu auprès du Congrès pour interdire tout accès aux réserves naturelles du parc de la Mer de Corail, à l’exception des missions scientifiques. Une prise de position inattendue alors qu'il y a quelques mois encore, le président du gouvernement, membre du même parti, voyait dans ce type de croisière un moyen de financer le parc.  
 

«Sage décision»

Dans la foulée de l'annonce faite ce mardi, Calédonie ensemble a salué une «sage décision». Le mouvement confirme au passage son vœu, qu'il souhaite voir à l'ordre du jour de la prochaine séance au Congrès.  

Places vendues

Dans un article publié fin janvier 2019 dans la presse nationale, le croisiériste de luxe confirmait encore sa venue en avril dans l'archipel quasi vierge des Chesterfield, un voyage inédit pour lequel toutes les places avaient été vendues.

Le récit de Nathalie Daly