Chine-Etats-Unis : les exportations de nickel de la Nouvelle-Calédonie face à la guerre commerciale

NICKEL
© Johannes Eisele (AFP)

La Chine est le premier importateur du nickel de la Nouvelle-Calédonie. Les aciers inoxydables chinois sont exportés dans le monde entier et d’abord aux Etats-Unis. Les tensions commerciales n’ont pas freiné les exportations calédoniennes mais les prix baissent.
 

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

Pour le moment, les exportations de ferronickel calédonien en Chine continuent de progresser. Selon le groupe d’étude international du nickel (INSG) elles sont en hausse de 28,2 % pour les deux premiers mois de l’année 2019 par rapport à la même période de 2018. La Nouvelle-Calédonie a exporté 27.835 tonnes de ferronickel contre 21.727 tonnes un an plus tôt. Toujours vers la Chine, les exportations de minerai calédonien ont été de 259.102 tonnes contre 203.028 tonnes soit une hausse de 27,3 %. (Source INSG World Nickel Statistics April 2019)
 

Guerre commerciale

Vendredi matin, les taxes sur 200 milliards de dollars de produits chinois sont passées de 10% à 25%. Mais les discussions se poursuivent entre les deux pays à Washington. Après une chute de prés de 8 % sur un mois, le cours du nickel se raccroche à l’espoir d’un accord. La date butoir de l’ultimatum de Donald Trump a été dépassée sans qu’aucun accord ne puisse être trouvé lors du premier jour des négociations entre les délégations américaines et chinoises. Il était 00h01, à Washington, 6h01 à Paris, 15h01 à Nouméa quand la menace de passer de 10% à 25% les droits de douane sur 178 milliards d’euros de produits chinois est entrée en vigueur. Pékin a réagi en évoquant des mesures de représailles, dont on ne connaît pas encore la teneur. Une nouvelle escalade, dans ce conflit vieux de près de deux ans.
 

Pas de panique sur le marché londonien 

Après une baisse de 2,23 % en l’espace de cinq jours à la Bourse des métaux de Londres, le nickel s’octroie, vendredi soir, un tout petit sursaut. Certains opérateurs se raccrochent à l’annonce d’avancées entre les deux camps. Les deux parties ont encore quelques semaines de discussions supplémentaires pour parvenir à un compromis. Mais, les enjeux sont énormes et le climat tendu. Pour le seul secteur du mobilier métallique, les droits de douane sur les produits chinois entrant aux Etats-Unis vont augmenter de 3,65 milliards d’euros, de 17 milliards d’euros pour les équipements de télécommunications, de 11 milliards d’euros pour les composants électroniques, de 2 milliards d’euros pour les pièces d’automobiles, selon des sources de la Commission du commerce international des Etats-Unis (ITC) publiés par la BBC. Des produits qui contiennent de nombreux métaux précieux ou industriels. Il faut également rappeler que Donald Trump a agité la menace de taxer tous les produits chinois qui n'ont pas encore été touchés par la guerre commerciale. Seraient alors concernés les téléphones et les ordinateurs portables pour un total de 74 milliards d’euros. "Les tensions commerciales sont le principal moteur du marché des métaux de Londres", a résumé Liz Grant,
courtière chez Sucden.


Le nickel dérive au fil de l'eau

De leurs bureaux, à deux pas de la Tamise, les analystes financiers de la City de Londres utilisent parfois des métaphores inspirées par le fleuve qui traverse la capitale du Royaume-Uni : "Le cours du nickel a dérivé au fil de l’eau et des négociations commerciales" constate ainsi Alastair Munro, analyste de Marex Spectron, depuis le desk de la Bourse des métaux de Londres (LME). L’analyste britannique y voit aussi l’effet d’une annonce de l’Institut de recherche sur le nickel (INSG) selon lequel le déficit cette année ne serait que de 84.000 tonnes contre 146.000 tonnes l’an dernier. Les investisseurs du marché des métaux jouent donc à se faire peur. Ainsi, ils ont noté que l’industriel japonais Sumitomo, actionnaire du complexe Ambatovy Nickel  à Madagascar, a indiqué qu’il pourrait perdre beaucoup d’argent, près de 138 millions d’euros, au cours de l’exercice 2019. 
NICKEL
© London Metal Exchange
 

Effets collatéraux

Les cours du nickel étaient tombés à 11.710 dollars la tonne, jeudi en fin d’après-midi, subissant les effets collatéraux des tensions entre les Etats-Unis et la Chine. Le métal est retombé à son cours du 19 janvier dernier. Il a aussi été pénalisé par une publication du bureau Asie du LME annonçant que la demande de nickel pour les batteries des véhicules électriques ne devrait pas augmenter avant une période comprise entre 2020 et 2025.

Des nouvelles positives ? La production de nickel de la région Asie-Pacifique pourrait être provisoirement contenue en raison de la décision de l'Indonésie de révoquer les permis d'exportation de 5 mineurs de nickel : PT Surya Saga Utama, PT Genba, PT Cahaya Makmur, PT Lobindo Nusa Persada et PT Integra Mining Nusantara. "L’augmentation de l’approvisionnement de la Chine en minerai de nickel indonésien ne devrait pas augmenter de façon spectaculaire" indique Dee Perera un autre analyste de Marex Spectron à la Bourse des métaux de Londres. De son côté, le gouvernement philippin devrait auditer 17 sociétés minières qui sont dans l’attente de permis d’exportation soumis à la nouvelle réglementation environnementale du pays.

Vendredi en fin d’après-midi à Londres, la tonne de nickel au LME pour livraison dans trois mois s'échangeait à 11.927 dollars soit 5,41 dollars la livre (+0,91 %) à 16H35 GMT.