Une chauffarde face à sa victime

Code pénal. Justice. Tribunal
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Un drame de la route devant la justice la semaine dernière. Une jeune femme comparaissait pour avoir heurté un homme alors qu’elle conduisait sous l’emprise de l’alcool et du cannabis. La victime avait du être amputée. Le jugement a été mis en délibéré au 13 juin. 

Malia Noukouan (CM) Publié le , mis à jour le

La justice avec cette audience correctionnelle comme en voit rarement au Palais de justice. C’était jeudi lors d’une audience à juge unique. La prévenue comparaissait pour blessures involontaires. Elle avait percuté un jeune homme sur la voie express du Mont-Dore le 1er juillet 2018 entraînant l’amputation de sa jambe gauche.
 

« Ce jour tout a basculé »

« Ce jour là, ma vie a changé ».  La voix entrecoupée de sanglots, la victime, un jeune homme vraisemblablement âgé d’une vingtaine d’années, raconte les quelques souvenirs qui lui reste de ce 11 juillet. Sa prothèse à la jambe gauche témoigne de la violence du choc. C’est l’une des rares victimes de la route qui puisse raconter les faits.
« Je devais commencer une nouvelle vie, mais ce jour tout a basculé » poursuit-il, effondré. Dans la salle, le silence est pesant. Sa femme et sa famille, ne peuvent retenir leurs larmes. A la barre, la prévenue, larmes aux yeux, garde la tête baissée.
 

Des projets en suspens

Une nouvelle vie et un déménagement qui seront coupés court pour ce père de deux enfants âgés de 4 ans et 18 mois, relate la juge : « Ce 11 juillet, la victime roule sur la VDE avec son beau frère, ils sont contraints de s’arrêter, car leur chargement vient de se détacher dans la benne, un matelas et un sommier. » Ils se garent alors sur les zébras sur le bas côté, feux de détresse allumés. Certains automobilistes les aident à recharger leur matériel avant de repartir. 
« La victime est dos à la route, quand brusquement, la prévenue, qui roule en direction du Mont-Dore, arrive à toute vitesse, sans freiner, elle donne un coup de volant pour éviter la victime mais percute l’arrière du véhicule et écrase la totalité de la jambe de la victime, il est ensuite projeté sur la route. »
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Alcool et cannabis

Cette mère de famille venait de passer toute la soirée à fêter son anniversaire. Et ce matin là, elle est encore sous l’empire de l’alcool et du cannabis, soit 0,65g par litre de sang.
A l’audience, l’avocat de la partie civile, Me Martin Calmet l’interroge : « Avez-vous arrêté de fumer ? »… « Non » répond la prévenue qui dit avoir essayé mais sans succès. Une réponse qui fait bondir la partie civile et le ministère public. « La cause de l’accident est claire », lance l’avocat : « alcool et cannabis », avant de démonter le dossier de l’assurance de la prévenue. « Le taux de handicap de mon client est de 70%, il a une ITT de 90 jours, mais sa prothèse témoigne de sa situation aujourd’hui. Une prothèse qui a coûté 26 millions de francs CFP, c’est loin des provisions que l’on demande aujourd’hui. »
Le représentant du ministère public Richard Dutot, lâché énervé : « Elle a estropié un jeune adulte et elle continue à consommer du cannabis ! Mais on se fiche de qui ? »
La juge poursuit : « C’est interdit et en plus c’est scientifiquement prouvé, l’effet des stupéfiants se prolonge sur 24 heures et donc même après avoir fumé votre dernier joint vous pouvez avoir des absences de plusieurs secondes, et vous empruntez le réseau routier alors que c’est dangereux, et où l’on croise des véhicules toutes les demi-secondes. »
« Mais c’était exceptionnel, c’était mon anniversaire et je voulais m’amuser un peu » se contente de répondre la prévenue.
 

Deux ans de prison ferme requis

Le substitut du procureur est franc : « Ce jeune homme est estropié, mutilé, unijambiste, il lui manque un membre. Sa jambe a été amputée alors que son pronostic vital était engagé, il a failli mourir. » Avant de rappeler : « Les accidents font souvent la Une des journaux mais rien n’avance. Il faut aller sur la Baie des citrons le vendredi ou le samedi soir, c’est épouvantable, ignominieux, ces gens qui montent saouls dans leur voiture. Alors qu’ils se tuent ne nous regarde pas, mais qu’ils tuent une famille en face c’est impensable ! ». Il requiert deux ans de prison ferme avec mandat de dépôt, le retrait du permis avec une interdiction de le repasser dans les trois ans et la confiscation du véhicule.
 

Jugement mis en délibéré au 13 juin

Pendant l’audience, la prévenue, elle aussi mère de famille fera remarquer : « cette journée a aussi marqué ma vie ». Son conseil et avocat de l’assurance, tentera de plaider après les réquisitions du procureur : « La tâche ne m’est pas confortable, on ne peut qu’être ému, mais au nom de l’assurance, analyser les faits et les fautes à la lumière de la loi. » Dans sa plaidoirie, elle déterminera les manquements de la victime, responsable de son chargement.
Un accident jugé « complexe » et dans lequel la juge devra déterminer la qualité de la victime : piéton ou conducteur, pour des questions d’indemnisations. 
Le jugement a été mis en délibéré au 13 juin.