Calédoniens ailleurs : Knk Nâima, la musique comme vecteur de transmission

Calédoniens ailleurs : Knk Nâima, la musique comme vecteur de transmission
© DR | Calédoniens ailleurs : Knk Nâima, la musique comme vecteur de transmission

Nombre de nos compatriotes font le choix de quitter la Nouvelle-Calédonie. Etudes, recherche d'emploi, envie d'ailleurs, les raisons sont multiples. Mais qui sont ces Calédoniens qui tentent l'aventure ailleurs ? Cette semaine, six jeunes musiciens du groupe Knk Nâima installés à Poitiers.
 

Ambre Lefeivre
Publié le , mis à jour le

« Avec la musique, on apprend et on (re)donne. » Ils sont six : Boris Kupanè Thomadra, Atea Néaoutyine, les pianistes, Michel Aramiou, Henri Gope-Iwate, les bassistes, Jesun Bellouma et Marcel Passa, les batteurs. Tous se présentent comme des passeurs, liés par une même volonté : celle de transmettre, celle de redistribuer la musique de leurs ancêtres.

Tous ont des parcours de vie différents, sont originaires de la Grande Terre ou des îles Loyauté mais tous les six se sont retrouvés autour de la musique. Les garçons ont fait connaissance en 2012 lorsqu’ils entament une formation pour obtenir le Certificat de Musicien Intervenant Territorial (CMIT). Si pour certains comme Boris, ce choix découle d’une vraie passion pour la musique, il s’agit pour d’autres d’un concours de circonstances. « La musique a toujours beaucoup compté pour moi », témoigne le Calédonien originaire d’une famille de musiciens de Lifou. Si les garçons ont crée des liens forts, c’est parce qu’ils ont le même état d’esprit, ils souhaitent mener à bien « une mission » : véhiculer les valeurs que représentent la musique.
 

Boris, l'un des pianistes du groupe, baigne depuis toujours dans la musique
© DR / NC La 1ère | Boris, l'un des pianistes du groupe, baigne depuis toujours dans la musique

« Pour nous, apprendre la musique, c’est un combat d’éducation. C’est un moyen de réintroduire une culture qui s’est perdue, une parole qui a été volée. C’est aussi un moyen de refaire le lien entre parents et enfants. C’est aussi un moyen de faire revivre les pratiques musicales kanak. »


Pendant quatre ans, Boris, Atea, Michel, Henri, Jesun et Marcel se forment multipliant les stages dans les écoles du Grand Nouméa. A la fin de leur formation, tous veulent prolonger leurs études. Les six Kanak souhaitent découvrir d’autres cultures musicales. Ils font le choix de passer leur Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant (DUMI) au centre de formation des musiciens intervenants (CFMI) de Poitiers. La formation dure deux ans et les garçons n’en sont pas tous au même stade. Certains ont dû rester quelque temps en Nouvelle-Calédonie le temps d’économiser pour se payer la poursuite de leurs études. Avec ce diplôme, ils pourront intervenir dans les écoles mais aussi dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les crèches. « Au pays, il n’y a pas beaucoup de ‘Dumi’, on a choisi aussi de continuer pour combler un besoin, pour donner la main. On pourra apporter la musique à ceux qui ne peuvent pas y avoir accès », souligne Jesun.
 
Les six musiciens partagent une passion commune et vivent ensemble à Poitiers
© DR / Ambre Lefeivre pour NC La 1ère | En plus de leur passion pour la musique, les six jeunes partagent une maison à Poitiers

En dehors des cours, les six colocataires peuvent mener à bien leurs projets. Avec leur groupe baptisé « Knk Nâima » (« ensemble »), ils s’attachent à retravailler les chants des vieux tout en mêlant tradition et modernité. « On les numérisent, on les enregistrent sur nos ordis et à partir de là, ce sont des sources d’inspiration pour nous. C’est une manière de reformuler, de créer par rapport à nos nouvelles manières de penser. » L’idée d’un album commun ne leur déplairait d’ailleurs pas. En attendant, c’est sur le Caillou qu’ils envisagent leur avenir en tant que musicien intervenant voire en intégrant le département des musiques traditionnelles et des chants polyphoniques océaniens du conservatoire de Nouméa en tant que salarié ou bénévole. « On suit le chemin tracé par les anciens ‘Dumi’. »
 

par ambre@lefeivre.com