Addictions chez les jeunes : Koné, Dumbéa et le Mont-Dore tentent l’approche Milkman

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Une enquête menée dans trois communes du Caillou révèle qu'environ 20% des adolescents ont été ivres au cours du mois. Pour ralentir le phénomène, les méthodes du sociologue américain Harvey Milkman vont être testées. Elles ont porté leurs fruits dans de nombreux pays. 

Malia Falelavaki avec Loreleï Aubry Publié le , mis à jour le

Pour réduire la consommation de substances psychoactives (alcool, cannabis, cocaïne, kava…) chez les adolescents, les communes de Koné, Dumbéa et le Mont-Dore ont récemment adopté le « modèle islandais » développé il y a vingt ans par le docteur américain Harvey Milkman. A l'initiative de la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie (FINC), le professeur émérite du département de psychologie de l’université de Denver au Colorado, a mené une enquête de plus d’un an sur le Caillou afin de recueillir des données permettant de développer une stratégie adaptée au problème. Les premiers résultats, édifiants, viennent d’être livrés. "On observe des données assez similaires à celles de l'Islande il y a 20 ans, avec environ 20% des adolescents qui déclarent avoir été ivres au cours du mois. Aujourd'hui, en Islande, le taux a chuté à 7%", a déclaré à la presse le professeur.


Les filles, premières consommatrices d’alcool et de cannabis


Un questionnaire anonyme a été soumis à quelques 2500 collégiens et aux lycées des communes-pilotes concernant leur environnement social et leurs habitudes de consommation. Face aux résultats de cette enquête, plusieurs constats font réagir notamment le manque de dialogue entre parents et adolescents ou encore la part croissante des filles dans la consommation de produits toxiques. « Je suis très impressionné par ces résultats…  les plus gros consommateurs d’alcool ou de cannabis, ce sont les filles » déplore Georges Naturel, le maire de la ville de Dumbéa. Et de poursuivre, « aujourd’hui, les filles ont un mal-être notable. Dans nos politiques publiques, peut-être qu’on doit avoir des programmes différents pour s’adresser aux filles et aux garçons ou alors faire en sorte qu’on puisse amener les filles à participer aux activités qu’on organise auprès des garçons. »
 

Davantage d'activités partagées avec les parents


Selon l’étude Milkman, avant 13 ans, 40% des adolescents ont déjà bu de l’alcool et 9% fumé du cannabis. Des données qui seront prochainement présentées aux jeunes du conseil de la ville afin qu’ils expliquent les raisons de ces comportements. Et lorsque on demande aux lycéens et collégiens combien de temps ils passent avec leurs parents, « ils le disent eux-mêmes 50% ne parlent que la moitié du temps avec leurs parents, ce qui dénote une vraie problématique de la cellule familiale. La communication, le dialogue c’est un des problèmes de notre société moderne aujourd’hui et les réseaux sociaux n’amènent pas les moyens pour corriger ça. On doit retravailler la cellule familiale.»  Or, la philosophie du docteur Milkman est que plus les jeunes passent du temps avec leurs parents, moins ils se tournent vers la drogue. Preuve en est en Islande, où entre 1998 et 2016, le pourcentage de jeunes islandais âgés de 15 à 16 ans qui étaient ivres au cours des trente derniers jours a diminué de 42% à 5%, le tabagisme quotidien est passé de 23% à 3% et la consommation de cannabis est passé de 17% à 5%.
 

Instaurer un couvre-feu et développer la pratique du sport 


Autres piliers de la méthode islandaise, l’instauration d’un couvre-feu à 22 heures pour les 13-16 ans et la pratique du sport à volonté. « On a ce qu’il faut comme équipements sportifs, des associations et des bénévoles motivés pour accompagner notre jeunesse mais on se rend compte qu’ils ont du mal à attirer cette jeunesse dans leurs animations, donc il faut qu’on réfléchisse à la manière d'amener ces jeunes à être dans une pratique sportive régulière » explique Georges Naturel. 


Si la question du financement est encore à l'étude, les communes ne sont pas encore arrêtées sur les mesures à retenir. « On ne va pas appliquer en Nouvelle-Calédonie la même méthode qu’en Islande, on a une population totalement différente. L'objectif aujourd’hui c’est de partir de ces données et de voir comment on peut réajuster nos politiques publiques ». Une urgence, à l'heure où 30% de la population calédonienne a moins de 25 ans et la plupart des faits des faits de délinquance sont commis sous l'emprise de l'alcool et/ou du cannabis.