Pouébo toujours sous les eaux

Pont de Pouébo à la tribu de Saint-Louis.
© NC la 1ère / Cédric Wakahugnème | Certains habitants émettent des doutes sur la qualité de l'eau qui vient parfois des rivières sans bassin.

Plus de dix jours après les fortes inondations qui ont frappé la commune de de Pouébo, dans l’extrême nord de la Nouvelle-Calédonie, celle-ci peine à se relever.

Cédric Wakahugneme (avec E.K.) Publié le , mis à jour le

La Mairie de Pouébo compte une cinquantaine de familles sinistrées. Mais l’appel aux dons a encore du mal à trouver écho au sein de la population calédonienne. 
 
Sur place, on ne trouve que des images de désolation : des habitations encore marquées par les flots, avec de la boue à plusieurs endroits, des véhicules hors d’usage, de la vaisselle et des marmites récupérées à la hâte, éparpillées dans les cours des propriétés… 
 
« On était impuissant, c’est venu très vite », lâche Larissa Horita, jeune mère de famille originaire de la tribu de Saint-Joseph. « En quelques minutes, l’eau est montée jusqu’à deux mètres de hauteur. J’ai dû monter sur le toit avec les enfants, avec mon bébé de deux mois ». 
 
Pendant plus de trois heures, la famille Horita a dû attendre les secours. La puissance des courants, accompagnés de débris de branches d’arbres flottants a rendu difficile le travail des gendarmes de la commune. « Au tout début, çà m’a fait mal de voir tous les affaires dehors qui flottaient », poursuit la jeune femme. « Mais comme l’eau montait, au final c’était d’abord la vie des enfants qu’il fallait sauver, et nous par la suite ».

Ecoutez l’intégralité du témoignage de Larissa Horita, au micro de NC1ère La Radio :  

ITW Pouebo 140415

 

Près de 50 familles sinistrées

Sur le pont de la Mission de Pouébo, inauguré en mars dernier, la rivière est sortie de son lit et a détruit l’ensemble de la végétation et des champs de taros aux alentours. 
 
« C’est tout le centre de la commune qui a été inondé ce soir là », souligne Irma Palagota, qui travaille à la Caisse des écoles et est en charge des opérations de secours. « On recense aujourd’hui quarante-neuf familles sinistrées après les inondations ». Avec le soutien de la Sécurité Civile et de la Croix Rouge, les autorités ont évalué les besoins des familles touchées par le sinistre. « Ils ont besoin de matelas, de lits, de linge et le nécessaire pour la reconstruction des habitations », rappelle-t-elle.
 

La dépression « Solo » : la goutte de trop

Sur la commune, la sombre nuit du début du mois d’avril et les inondations sont encore dans tous les esprits. Pour beaucoup, il est difficile d’en parler ouvertement. Touchée psychologiquement, la population se dit encore effrayée à l’approche des fortes précipitations. 
 
« On a appris l’arrivée de la dépression Solo la semaine dernière », souligne avec amertume Larissa Horita. « Ça a été dur. On ne voulait pas revivre le même cauchemar ». 
 
Plus d’une semaine après le déluge qui a frappé la commune, les familles continuent de nettoyer leurs maisons. D’importantes quantités d’eau et de boue sont rejetées sur les vérandas. 
 

De lourds travaux de reconstruction nécessaires

A l’heure actuelle, la priorité reste au rétablissement de l’eau courante. Sur les 11 captages que compte la commune, trois ont été sensiblement touchés. « Sur le pont de Pouébo, l’eau a arraché l’ensemble des canalisations. Il nous a fallu pratiquement une matinée avant d’arriver sur place  », indique Serge Dédane, responsable des APE. « Aujourd’hui, on attend l’arrivée du matériel. On ne sait pas encore quand les gens pourront être fournis en eau courante », poursuit l’employé communal. 
 
Chaque jour, la mairie distribue des bouteilles d’eaux à la population. Les travaux de réparation des captages sont évalués à plus de quatre millions de francs CFP. Le réseau routier a été aussi très affecté : 80% des routes communales ont été abîmées et quelques digues se sont affaissées sur les côtés. 
 
« Nous avons fait appel à la Province Nord pour réouvrir notre ancienne carrière sur Yambé, pour les besoins de renforcement de nos routes », souligne Jean-Baptiste Dalap, le maire de Pouébo. « Nous aimerions aussi que le Gouvernement nous aide dans cette lourde tâche ». 
 
A ce jour, la commune n’a établi aucune estimation complète des dégâts causés par les inondations. Le travail de reconstruction ne fait que commencer.

Pouébo sous les eaux