Le vaccin contre le chikungunya, Pasteur y croit !

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© Cécile Baquey | Frédéric Tangy, chercheur à l'Institut Pasteur

La technologie pour un bon vaccin contre le chikungunya est là. Frédéric Tangy, responsable de l'Unité vaccination à l'Institut Pasteur l'a confirmé à La1ere.fr. Mais pour que ce vaccin voit le jour, il faudrait que Themis, le laboratoire autrichien associé à ces recherches trouve un financement.

Par Cécile Baquey Publié le

Est-ce que le vaccin contre le chikungunya mis au point par Pasteur est réellement efficace ?

Pour Frédéric Tangy, c'est simple, le vaccin mis au point par son équipe paraît en très bonne voie. "Il pourrait protéger beaucoup de monde, mais ce n'est pas moi qu'il faut convaincre. On a fait des tests sur des souris et des macaques et cela a très bien marché". En août 2013, 42 jeunes Autrichiens, sélectionnés par Themis Bioscience GmBh ont accepté de se faire inoculer le vaccin. "Les résultats de cette étude de phase 1 se sont avérés très bons", souligne Frédéric Tangy. "Le vaccin est bien toléré et donne de très bonnes réponses immunitaires, ce qui indique une possible efficacité. Mais l'efficacité ne peut-être testée qu'en situation épidémique sur un plus grand nombre de volontaires".
 

Alors pourquoi ce vaccin ne voit-il pas le jour très vite ?

Avant de commercialiser un vaccin, il faut que le laboratoire fasse la preuve de son efficacité en procédant à plusieurs études (phase 1, 2 et 3). Or ces tests coûtent très chers et peu d’entreprises ont les reins assez solides pour les mener jusqu’à terme. L’Anglais GSK, le Français Sanofi, les Américains Pfizer et Merck ainsi que les Suisse Novartis et Roche se partagent le marché. "Pour mettre au point ce vaccin contre le chikungunya, notre partenaire Themis estime qu’il lui faut trouver plusieurs millions d’euros et donc s’allier avec un grand laboratoire", explique Frédéric Tangy. "Or le chikungunya n’intéresse pas les grands vendeurs de vaccins. C’est une maladie que l’on attrape qu’une seule fois. Il faut d’ailleurs un vaccin pédiatrique".

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© Nicolas Derne/ AFP | Un vendeur donne de la documentation dur le chikungunya et la dengue dans une pharmacie au Lamentin en Martinique

Que faudrait-il pour que ce vaccin soit commercialisé ?

"On sait qu’il n’est pas onéreux", confie Frédéric Tangy. "La boîte en carton coûtera plus cher que le produit ! Mais les entreprises se soucient de la taille du marché". En clair, si le chikungunya déferle dans toute la Caraïbe et les Etats-Unis, le vaccin a plus de chances de voir le jour. L’épidémie de chikungunya qui sévit aux Antilles françaises inquiète les Américains. Côté Français, Marisol Touraine, la ministre de la Santé se rendra demain en Guadeloupe. "L’autre possibilité, c’est la volonté politique", ajoute Frédéric Tangy. "Le vaccin pourrait être testé aux Antilles dans les six mois sur 200 à 300 personnes. Ce serait l’idéal…"
 

Depuis quand Pasteur travaille sur ce vaccin ?

L’ équipe de Frédéric Tangy travaille depuis 2010 sur ce vaccin qui s'inspire très largement de celui mis au point contre la rougeole dans les années 60. Comme l’on contracte qu’une seule fois le chikungunya, le vaccin doit être fait en priorité pour les enfants. "En 2006, raconte Frédéric Tangy,  quand l’épidémie de chikungunya a atteint le tiers de la population à La Réunion, Xavier Bertrand, le ministre de la Santé de l’époque, voulait utiliser un vaccin mis au point par l’armée américaine. Mais nous avons freiné cette démarche, car le vaccin en question s’était avéré toxique". Depuis, l'Institut Pasteur s'est largement penché sur la question et a déposé son propre brevet sur le vaccin du chikungunya, qui verra peut-être le jour...



Et le vaccin contre la dengue de Sanofi Pasteur ?

Sanofi Pasteur a rendu public fin avril les résultats de sa dernière étude clinique qui montre une efficacité globale du vaccin contre la dengue de 56%. Le laboratoire français ne coopère pas dans ce dossier avec l’Institut Pasteur. Sanofi paie une redevance à l’Institut de recherche pour mettre en avant le nom de Pasteur, mais le grand laboratoire ne travaille pas forcément avec les chercheurs de Pasteur. Exemple : sur la dengue, ils sont en concurrence. Les chercheurs de Pasteur utilisent le vaccin contre la rougeole tandis que ceux de Sanofi fondent leurs recherches sur la fièvre jaune.