Nouvelle-Calédonie : remettre dans les priorités les problèmes de vie chère et d'inégalité

Nouvelle-Calédonie: le FLNKS appelle à la "mobilisation générale" pour le reférendum
© LUDOVIC MARIN / AFP | Le drapeau du courant indépendantiste en Nouvelle-Calédonie.

Au lendemain du référendum rejetant l'indépendance, le gouvernement veut mettre la priorité sur les enjeux sociaux et économiques en Nouvelle-Calédonie. Une nécessité dans un territoire où la vie chère et les inégalités sont régulièrement dénoncées.

La1ère (avec AFP) Publié le

"En concentrant notre travail sur l'organisation du scrutin et les questions institutionnelles, les enjeux économiques et sociaux ont parfois été placés au second plan", a regretté lundi 5 noembre à Nouméa le Premier ministre Edouard Philippe, avant de promettre des propositions sur "ces enjeux de société", en décembre.
 
Alors que les accords de Matignon et de Nouméa, signés en 1988 et 1998, contiennent des mesures de rééquilibrage de la richesse du Caillou, essentiellement portée par ses ressources de nickel, les disparités entre Kanak et population d'origine européenne restent prégnantes pour une partie de la population.
 

"Les clivages sociaux reposent sur les clivages ethniques"


Tout au long de la campagne, les électeurs kanaks, qui ont massivement voté pour l'indépendance, ont fait part de leur espoir de changement. "Nous les jeunes on n'a pas d'emploi, si un jour nous prenons les rênes du pouvoir, on aura plus d'opportunités", a expliqué Fabrice Ude, 28 ans, qui, faute d'emploi, est retourné dans sa tribu à Koné (nord), cultiver ignames et manioc. 

"Il y a eu trente années de développement économique, mais elles n'ont pas profité à tous", note l'historien Paul Fizin. "Encore aujourd'hui, les clivages sociaux reposent sur les clivages ethniques, il y a un sentiment d'injustice prégnant dans la société kanak."

Dans le quartier populaire de la Vallée du Tir à Nouméa, Evelyne, 34 ans, vit dans une petite chambre d'environ 12 m2, sans fenêtre, à l'arrière d'un restaurant vietnamien. Une armoire, un frigo, un petit évier, et un matelas au sol constituent son mobilier. 
Cette aide médico-psychologique qui travaille auprès d'enfants polyhandicapés touche 240.000 Francs CFP par mois (2.000 euros), mais n'arrive "même pas à finir la troisième semaine du mois", avoue-t-elle, avec "le loyer, les traites de la voiture, l'alimentation, l'essence" et les envois d'argent et de denrées à son mari et ses deux enfants restés à Lifou (Iles Loyautés), où la vie est encore plus chère.

Son mari, sans emploi, est retourné sur son île pour travailler la terre et faire de petits travaux de débroussaillage qui permettent de subsister. Selon une récente étude de l'UFC-Que Choisir, le panier de la ménagère est 2,24 fois plus cher sur le Caillou qu'en métropole.
 

Squats et bidonvilles


"Avec 20.000 F CFP (167 EUR) pour faire vos courses, vous n'avez pratiquement plus rien. Le salaire minimum est de 135.000 F CFP net ( 1.130 EUR). Un maçon au salaire minimum n'arrive pas à s'en sortir et a vraiment besoin du colis alimentaire du Secours Catholique", explique Jean-François Kerrand, délégué permanent de l'ONG.

10.000 personnes vivent dans ces bidonvilles où, ajoute-t-il, "on ne paye pas le loyer et où on peut planter des cultures vivrières" et réserver son argent "pour s'acheter une voiture."
Celui de Nouville, presqu'ile à l'ouest de Nouméa, compte 1.400 habitants installés sur des terres du domaine public, face à la mer : des Kanaks venus des tribus du nord ou des îles, mais aussi des Polynésiens, des Wallisiens... à l'exception des blancs.

Dans sa maison de tôle et de bois, où il vit avec sa compagne et son fils, Kuma, 33 ans, regrette que les richesses ne soient "pas bien réparties" entre les tribus du Nord et les quartiers riches de Nouméa et dénonce "la bande des petits caldoches qui fait du fric", en référence aux grandes familles locales qui règnent sur l'économie.
En Nouvelle-Calédonie, les 10% des ménages les plus aisés disposent d'un revenu 7,9 fois plus élevé que les 10% les plus modestes, contre 3,6 fois en métropole.
Cet élagueur originaire de Poum (nord) fait pousser taro, manioc, et autres légumes dans un petit champ sur les hauteurs. Lui aussi avait voté pour l'indépendance, pensant que ça allait "changer la donne".