La Nouvelle-Calédonie rassure le marché du nickel : un pays stable, une production transparente

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© Alain Jeannin | City de Londres et bourse des matières premières du London Metal Exchange

La lune de miel entre les investisseurs londoniens et la Nouvelle-Calédonie limite la baisse des cours du nickel. Mais l’Indonésie et les Philippines inquiètent et pèsent lourdement dans la balance. Le cours du métal recule et passe sous son seuil de résistance de 10.000 dollars. 

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

"La bourse des métaux de Londres fonctionne à l’émotion et n’aime pas les incertitudes liées aux stratégies changeantes de l’Indonésie et des Philippines » indique Boris Mikanikrezai, analyste français du nickel pour le Metal Bulletin de Londres. Et de poursuivre : "Dans cet environnement spéculatif et incertain, la City considère la Nouvelle-Calédonie comme un pays rassurant, prévisible et un producteur de nickel transparent". Un avis partagé par deux analystes et experts londoniens du nickel et des métaux industriels qui soulignent : "nous ne pouvons pas ignorer le 5eme producteur mondial de nickel, c'est un pôle de stabilité dans un environnement régional agité..."

Stratégies opposées

Jakarta reprend ses exportations de nickel, Manille les réduit, mais jusqu’à quand, s’interrogent les négociants de la bourse des métaux de Londres. Les Philippines ont révoqué les autorisations de production de quatre projets miniers jugés néfastes pour l'environnement, dont celui d'une mine de nickel sur l'île de Mindoro, dans le centre de l'archipel. La ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles, Regina Lopez, avait déjà annulé trois projets de mines de nickel le mois dernier, avec le soutien du président Rodrigo Duterte. Le chef de l'État avait déclaré lors de son investiture en juin dernier que les Philippines, premier producteur mondial de nickel, pouvaient survivre sans industrie minière. La campagne environnementale du gouvernement alimente les doutes sur la production de minerai de l'archipel, qui explique en partie les tensions sur le marché mondial du nickel.

Mauvaise nouvelle

L’autre source de tensions étant l’Indonésie qui a fait trembler le marché ces derniers jours en assouplissant son embargo sur les exportations alors que les stocks mondiaux de nickel sont encore très importants. "L’une des grandes questions à l'heure actuelle est de savoir quelle quantité de minerai indonésien sera exporté à partir de 2017" indique David Wilson, directeur des analyses et investissements de la banque américaine CITI. Une baisse des cours du nickel est donc envisageable dans la mesure où les négociants chinois vont revenir vers Jakarta et faire jouer la concurrence entre les trois producteurs : l’Indonésie, les Philippines et la Nouvelle-Calédonie. "Une baisse des prix du minerai comprise entre 10 USD et 20 USD la tonne est un scénario possible et susceptible d’affaiblir l’économie de la Nouvelle-Calédonie" selon la dernière note d’analyse du Metal Bulletin. Jeudi soir à Londres, le nickel subit les incertitudes de la politique minière de l'Indonésie. Le métal passe sous le seuil de 10 000 USD, il est en baisse de 2,63 %.

La Nouvelle-Calédonie rassure la City

À la fin décembre, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a accordé à trois entreprises le droit d'exporter du minerai de nickel vers la Chine. Des autorisations d'exportation ont été accordées à la Société Le Nickel (SLN), à la Société des Mines des Tontouta (SMT) du Groupe Ballande et à la Société Mai Kouaoua Mines (MKM), qui permettront à ces mines de vendre aux métallurgistes chinois du minerai de nickel totalisant 1,95 million de tonnes de minerai, soit 17.000 tonnes de métal contenu. Une production stable et de qualité, des exportations prévisibles et régulières, malgré les nouvelles incertitudes qui pèsent sur les prix du nickel, la Nouvelle-Calédonie apparaît comme un pôle de stabilité aux portes de l’Asie du sud-est.