Montagne d’Or : le rapport de la Commission du débat public recommande de revoir et d’améliorer le projet

montagne d'or
© AFP | Le futur site industriel aurifère de Montagne d'Or en Guyane, en attente de validation.

Après le débat sur le projet minier de la Montagne d’Or qui s’est tenu en Guyane, la Commission particulière du débat public publie un rapport objectif et détaillé. Il est présenté à Cayenne par Chantal Jouanno, Présidente de la Commission nationale du débat public.
 

Par Alain Jeannin Publié le , mis à jour le

La tenue d’un grand débat public en Guyane n’a pas été un long fleuve tranquille. Voilà résumé ce rapport de 140 pages qui restera, quoi qu’il en soit du projet controversé, un bel et difficile exercice de démocratie citoyenne. « Le débat est donc allé à son terme » indique, visiblement soulagé, le rapport de la commission, tant certains échanges ont été vifs entre les participants aux différentes réunions publiques. Mais un débat reconnaît la commission « qui ne paraît pas avoir fait bouger les lignes, il pourrait même les avoir radicalisé. Ce fut un débat présentant un caractère manichéen prononcé, marqué, tout particulièrement lors des premières réunions générales, par une difficulté à faire émerger des échanges non violents… » Et de poursuivre : « le seul objectif des opposants était de faire entendre leur thèse… Ils ne venaient pas débattre mais démontrer… En face, le maître d’ouvrage présentait un projet monolithique, sans aucune proposition dévolution si ce n’est marginale ».
 

Premières impressions

Dans ce contexte qui a souvent donné le sentiment d’assister à un « dialogue de sourds, voire à une absence de dialogue » entre opposants et partisans du projet minier, le refus de prendre en compte les arguments de la « partie adverse » a entraîné des réactions parfois de colère « contre un maître d’ouvrage très technicien faisant des efforts d’information mais paraîssant peu sensible aux préoccupations de la population » souligne encore le rapport : « c’est du reste ce qu’attendaient de lui ceux des opposants qui ne voulaient pas discuter du contenu du projet ». Toutefois, les premières impressions sont largement à nuancer car des avis, des contributions et des questions reçues sur la plateforme participative en ligne ont permis d’enrichir un contenu qui a échappé au « tumulte ambiant » relève le rapport.

Le rapport de la commission particulière rappelle une évidence, il est clair que le projet divise les Guyanais. Les conclusions que chacun tire à partir d’un même constat sont donc radicalement différentes : pour certains, la mine est un point de départ vers une politique beaucoup plus large d’industrialisation de l’extraction de l’or et de création de milliers d’emplois, qui réjouit le milieu économique guyanais, alors que c’est précisément ce que d’autres redoutent, écologistes, adeptes d’un développement doux et communautés amérindiennes…
 

Recommandations

Le rapport regrette, en substance, que la société Montagne d’Or n’ait pas fourni d’autres éléments que le seul état des lieux, par ailleurs tout à fait satisfaisant. La procédure du débat public et les réponses du maître d’ouvrage ont toutefois laissé le public sur sa faim en ce qui concerne la gestion des risques. Le rapport de la commission a présenté les faits, le vécu de ces débats à travers les arguments des uns et des autres. Preuve de l’impartialité de son compte-rendu, il salue les efforts accomplis par la société Montagne d’Or, novice en matière de débat public, pour répondre aux exigences d’un tel exercice. Mais, la société minière ne s’est engagée à faire évoluer son projet que sur deux points, le conditionnement du cyanure lors de son transport - l’élément chimique est nécessaire à l’extraction de l’or en circuit fermé - et l’emplacement de la base vie de Montagne d’Or. Un peu maigre, estime la commission.
 

En conclusion, précise le texte, si le maître d’ouvrage décide poursuivre son projet et si les autorités administratives compétentes estiment cette poursuite possible, il faudra notamment : prendre en compte le respect des lieux de mémoire amérindiens, améliorer la transparence, être précis et complet sur les mesures à prendre en matière de gestion des risques liés notamment à l’utilisation du cyanure, augmenter le nombre de parcs à résidus, prêter attention aux recommandations des experts géologues du BRGM, donner aux solutions minimisant les risques et les impacts la préférence sur celle maximisant les profits.


A ces conditions seulement, la société Montagne d’or pourra peut-être convaincre la société guyanaise du bien-fondé de la mise en œuvre de son projet. Reste que la commission ne se berce pas d’illusions, le maître d’ouvrage comme les autorités publiques devront compter sur des forces d’oppositions particulièrement déterminées et agissantes.
 

Urgence économique

Le projet Montagne d’Or s’inscrit dans un constat partagé sur l’urgence de la situation économique et sociale de la Guyane, mais des antagonismes quant aux moyens d’y remédier. A Saint-Laurent-du-Maroni, à proximité duquel se situera la mine industrielle, 48% des actifs de moins de 25 ans sont au chômage. Montagne d’or prévoit la création de 200 emplois directs dans la phase de construction des installations de la mine, suivis de la création de 750 emplois directs, répartis en 57 métiers, 90% des salariés seront recrutés en Guyane. La mine devrait générer 3000 emplois induits. Montagne d’Or s’est par ailleurs engagé auprès de la Collectivité Territoriale de Guyane à abonder un fonds d’investissement au développement d’autres filières et à la diversification de l’économie guyanaise.

Enfin, des voix s’élèvent en Guyane pour demander la création d’une société d’économie mixte permettant aux Guyanais de garder la maîtrise du projet Montagne d’Or et de bénéficier davantage de ses retombées économiques. Nordgold et Colombus, les deux actionnaires pourraient aussi céder une participation aux collectivités guyanaises, selon le schéma négocié pour le nickel par les provinces de la Nouvelle-Calédonie avec les trois sociétés minières internationales présentes sur le Territoire.