Europe, une chance pour Mayotte

Europe une chance pour Mayotte
© Zaïdou Tavanday

Zaidou Tavanday, européen convaincu, évoque dans ce plaidoyer l’avenir de Mayotte, qui, selon lui, est  inéluctablement lié à l’Europe.
 

Zaïdou TAVANDAY - Ancien conseiller Général de Mamoudzou 2, ancien conseiller technique de l’actuel Président du Conseil Départemental en charge des affaires européennes, auditeur du Cycle des Hautes Études Européennes de l'ENA, promotion 2018. Publié le , mis à jour le

 

Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni, Puissance diplomatique et avangardiste des Droits humains quitte l’Union Européenne.  Le 26 mai 2019, les Français voteront pour élire les Eurodéputés. Cette fin d’année, Mayotte assumera la Présidence de la Conférence des Régions ultrapériphériques et aura un aperçu estimatif de son enveloppe budgétaire pour la période 2021-2027.

Parler de l’Europe est loin d’être une chose excitante pour le commun des mortels ; mais parce que je suis intimement convaincu que 2019 sera une année charnière pour cette entité qui représente un enjeu majeur pour l’avenir de notre territoire. Je prends ma plume pour partager avec vous, le regard que je porte sur le sujet.

 

Mayotte est un territoire d’opportunités dans la zone du Canal de Mozambique 

Les Mahorais ont toujours eu une intuition clairvoyante à chaque fois qu’il s’agit de se choisir un destin collectif. Et à chaque fois, l’Histoire leur donne raison. En 1841, en plein apogée de régimes de sultans batailleurs, le Roi Andriantsouli décide de céder l’Ile à la France pour garantir à sa population la liberté et la sécurité.

Aujourd'hui, Mayotte est un territoire d’opportunités dans la zone du Canal de Mozambique très marquée par l’instabilité politique et par une grande pauvreté des populations. Cette volonté politique fut réaffirmée avec force et vigueur, par voie référendaire en 1958, en 1975, en 2000, puis en 2009, alors même que le courant de pensées dominant dans les pays des empires coloniaux et dans certains territoires d’outre-mer, était l’accès à l’indépendance ou à l’autonomie. Cette longue bataille statutaire fut parachevée par l’inscription de Mayotte dans la constitution Française en 2003, et par son érection en Département Français d’outre-mer en 2011.
 

Assistons-nous à un retour de l’Histoire ?
 

Toujours est-il que, c’est en ces temps où des voix s’élèvent partout, au Royaume-Uni, en Italie, en Hongrie, en France, pour critiquer l’Union Européenne d’être responsable de tous les maux et d’être incapable d’apporter des solutions concrètes aux problèmes quotidiens auxquels sont confrontés ses citoyens, que Mayotte intègre en 2014, à contre-courant, le statut des Régions Ultrapériphériques Européennes, conformément à la volonté unanime des Mahorais.

Oui, Mayotte a renoncé à son statut de simple territoire associé, pour choisir celui de région régie par l’ensemble des droits et des obligations qui lient les états membres à l’Union européenne, avec, évidemment, le bénéfice de possibilités d’adaptations induites par l’article 349 du traité de Fonctionnement de l’UE et de la jurisprudence du 15 décembre 2016 dite « jurisprudence Mayotte ».

Cette notion de « Ultrapériphérique », il faut le dire, n’est pas très appropriée, par rapport à la réalité juridique qu’elle génère. Elle peut laisser penser que notre territoire a un pied dedans et un pied dehors, qu’elle est à la marge, à côté, loin du fonctionnement normal des institutions. La réalité est tout autre. C’est que ce statut nous intègre pleinement dans l’Union Européenne, totalement à l’intérieur, au cœur de ses traités et de ses institutions.
Je ne le dirai jamais assez : les Mahorais sont des citoyens Européens. Ils ont, entre autres droits, la possibilité d’aller étudier ou de s’installer dans n’importe quel pays de l’union.
 

Les Mahorais ont fait le choix de l’Europe avec la même lucidité clairvoyante, dont ils ont fait preuve en 1841

Ils ont compris parfaitement que leur pays, la France, n’a plus ni les ressources ni l’influence nécessaires pour porter seul leur destin dans le monde d’aujourd'hui totalement incertain. Et que cette belle promesse de liberté, d’égalité, de fraternité et de prospérité que porte la République Française vis-à-vis de ses citoyens ne se réalisera qu’avec la solidarité Européenne.
Le drapeau de l'Europe
© Zaïdou Tavanday

Les Mahorais savent que Mayotte n’a pas besoin aujourd’hui d’une France indépendantiste, repliée sur elle-même. Mayotte a besoin d’une France forte dans une Europe unie, solidaire et capable de se réinventer pour faire face aux défis nouveaux qui se dressent devant elle, qui sont si nombreux : l’immigration massive, la sécurité, la défense, les bouleversements technologiques, le changement climatique, l’harmonisation économique et sociale.

Notre territoire insulaire, petit, pauvre et lointain est concerné au plus haut point par ces enjeux dont le portage dépasse largement l’échelle nationale.
Par coïncidence heureuse, l’UE en a fait ses priorités ; la commission a proposé un budget conséquent de 1279 Milliards pour la période 2021-2027, qui met l’accent sur ces thématiques, avec des adaptations encore plus favorables pour les Régions RUP compte tenue des leurs spécificités.

Pour que Notre Région puisse tirer profit pleinement de ces opportunités, le nécessaire doit être fait localement pour que les acteurs aient une maîtrise parfaite de la mécanique de gestion de fonds européens et des mécanismes du processus décisionnel de l’Union. Ce serait immoral, si ceux qui ont la responsabilité de le faire ne le font pas ou tergiversent. L’histoire en jugera.

Il doit être dit également, avec voix intelligible : les Mahorais ont fait le choix de l’Europe parce qu’ils considèrent, à juste raison, que ce statut de Région Européenne conforte et charpente solidement leur choix de demeurer Français. En ce sens qu’il constitue, in fine, une reconnaissance internationale en tant qu’entité Française et par ailleurs, il intègre de droit, le territoire, dans un ensemble où les valeurs de la justice, de tolérance, de la non-discrimination, de la solidarité, et de la dignité humaine sont érigées en référence.


Ce sont là des valeurs auxquelles ils sont très attachés. Faut-il le rappeler, le non-respect de ces droits humains par le gouvernement comorien vis-à-vis des enfants de Mayotte fut l’un des moteurs de la révolte des mamans Mahoraises dans les années 60 contre les autorités comoriennes.
Parce que l’Europe c’est notre avenir, tout mérite d’être mis en œuvre pour permettre aux filles et aux fils de Mayotte, de s’approprier de cette culture, de cette citoyenneté européenne.
Les défenseurs des intérêts de Mayotte, syndicalistes, les membres des collectifs, les femmes leaders, les Administrations, les Entreprises, et les politiques de l’île ne devraient pas attendre la prochaine grande crise pour descendre battre le pavé à la place de la République ; chacun en ce qui le concerne, devrait sensibiliser, mobiliser pour l’Europe car il est important pour l’avenir de notre territoire.
 

2019 sera une année européenne

 Il y a les élections des Eurodéputés le 26 mai 2019.Oui avant les municipales de 2020, il y a bel et bien ces élections.
 Avec la montée des extrêmes, elles peuvent avoir des conséquences irréversibles pour notre avenir commun. Nous devons nous sentir concernés et nous mobiliser massivement pour dire notre attachement à l’Europe, à ses politiques de convergence et à ses valeurs.

Je le pense profondément : Mayotte n’a pas forcément besoin d’un Eurodéputé du coin, ni d’une autre Europe, nationaliste ou souverainiste. Elle a besoin d’hommes et de femmes qui sauront défendre une Europe Unie solidaire, volontaire pour réinventer sa gouvernance en vue de porter à nouveau une grande ambition collective à la hauteur de son héritage historique.


C’est dans cette Europe-là où les intérêts de Mayotte seront mieux servis, et c’est à cette Europe-là que nous devons ces 70 années de paix dans la liberté, fait sans précèdent qui n’est ni acquis d’avance ni définitivement.