La Dette de l'Afrique envers Aimé Césaire par Lawoetey-Pierre Ajavon

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Enseignant-chercheur en histoire et en anthropologie, Lawoetey-Pierre Ajavon est président du Cercle d’Initiatives Pour l’Afrique (CEDIPA), professeur au lycée Melkior-Garré, et chargé de cours à l'Université des Antilles-Guyane (Cayenne), il enseigne aujourd'hui à Mayotte.

Emmanuel Tusevo
Publié le , mis à jour le

Docteur d'Etat en anthropologie, il a à son actif plusieurs publications dans des revues spécialisées en France et à l'étranger. Son dernier ouvrage « Traite et esclavage des Noirs : quelle responsabilité africaine ? » a été publié en 2005 aux éditions Ménaibuc(Paris).

Son texte " La Dette de l'Afrique envers Aimé Césaire " que nous vous proposons ici a été écrit il y a 10 ans après avoir assisté aux obsèques du célèbre homme en Martinique le 17 avril 2008 :

Ainsi donc, il s’en est allé au bout du petit matin de ce 17 avril 2008, rejoindre ses anciens compagnons de lutte de la Négritude, Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas. Ainsi donc, il s’en est allé, la « voix des sans voix », celui sans qui le nègre ne serait pas NEGRE, rejoindre ses Ancêtres Africains, dont N’Kouloum-N’Kouloum (1), dans leur vraie demeure.

Car, Aimé Césaire fait désormais partie du cercle restreint de nos Ancêtres Africains inscrits au Panthéon. Dès lors, qui mieux que lui était capable d’incarner et de remplir cette quadruple exigence permettant d’accéder au statut enviable et envié d’Ancêtre, au sens africain du terme : posséder de hautes valeurs morales et intellectuelles, servir d’exemple et de modèle durant toute son existence, réunir un large suffrage autour de sa personne, et enfin, bénéficier du droit de primogéniture ?

Une fois l’émotion passée, hagiographes et autres, prétendants « spécialistes de la Martinique » - ceux-là mêmes que récusait le sage Pierre Aliker dans son allocution-hommage le 20 avril -, s’essayeront à retracer tant bien que mal le parcours du grand homme. Mais est-on sûr de restituer fidèlement un tel parcours, si immense, si intense, si riche, et si varié ?

Pour ma part, je me permettrai, avant de poursuivre ma réflexion, un simple témoignage qui est aussi l’expression du sentiment de toute une génération d’Africains qui se veut héritière de la pensée philosophique, politique, culturelle et humaniste d’Aimé Césaire. Aussi, au moment où la chute de ce grand baobab de la Caraïbe est douloureusement ressentie du Sénégal au Gardafui, du Cap à Tamanrasset, c'est-à-dire dans toute l’Afrique, je ne puis m’empêcher d’évoquer ici un souvenir personnel. Militants, au début des années 70, de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), mouvement anti impérialiste et anticolonialiste qui porta tous les espoirs de l’émancipation politique et économique du Continent, nous n’hésitions pas à porter au pinacle l’auteur du Discours sur le colonialisme dont la photo ornait fièrement les murs de nos minuscules chambres d’étudiant à côté d’autres panafricanistes de renom tels que K. N’Krumah, P.E. Lumumba, B. Boganda, R. Um Nyobe, F.Moumié…

D’une manière ou d’une autre, nous tentions de nous réapproprier les nobles idéaux d’Aimé Césaire, au moment où certains d’entre nous vouaient aux gémonies son ami chantre de la Négritude, Léopold Sédar Senghor coupable à nos yeux d’avoir trahi la cause africaine et de s’être mis au service exclusif de la puissance néocoloniale, non sans avoir sapé les fondements de l’éphémère structure d’intégration régionale ouest-africaine, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), dont il fut l’un des initiateurs, avec Modibo Keita et Sékou Touré, pour ne citer que les plus illustres.

Aimé Césaire, c’était surtout celui qui envers et contre tous croyait profondément en l’Afrique et qui ramait à contre-courant de l’afro-pessimisme de circonstance de l’époque. Il en a apporté tout récemment la preuve de ces convictions en confiant depuis son lit d’hôpital à un de ses visiteurs africains : « l’Afrique ne doit pas perdre ». Si l’on en croit une autre indiscrétion, il aurait dit être prêt à « retourner spirituellement en Afrique », sentant sa mort prochaine. Mais, hormis son attachement presqu’atavique pour le continent africain, Césaire plaçait avant tout au cœur de tous ses combats l’émancipation du genre humain en général et celle du Nègre en particulier. Pour ce « Nègre fondamental », au-delà de l’amitié plus que fraternelle qui le liait au Sénégalais Léopold Sédar Senghor, l’Afrique était surtout la terre de ses « ancêtres bambara » dont il fit éloquemment le panégyrique dans son Cahier d’un Retour au pays natal. C’est pourquoi, contrairement à la plupart de ses compatriotes, Césaire a toujours assumé sans aucun complexe son africanité en la revendiquant avec force par ailleurs.

Césaire et l’assumation de l’africanité

Aimé Césaire aimait à rappeler sa première rencontre avec l’Afrique qui se révéla à travers ses affinités intellectuelles et militantes avec deux grands écrivains sénégalais : L.S. Senghor et Alioune Diop.
On sait que sa connivence avec Senghor aboutit à la création du mouvement de la Négritude aux côtés du Guyanais Léon Gontran Damas dans les années 30. Ce n’est un secret pour personne que Césaire et Senghor ne s’entendaient pas sur le concept de la Négritude et même plus tard sur la forme à donner à leur engagement politique sur le terrain.
Cependant, il reconnaissait que c’est grâce à Senghor qu’il a rencontré l’Afrique et perçu d’une autre façon ce continent « pourtant déclaré irrémédiablement sauvage » reconnaissait-il. Incontestablement, l’Afrique fut le premier continent qui permit à Césaire cette confrontation et cette révélation avec lui-même. Il avouera plus tard que son ouvrage phare Cahier d’un retour au pays natal est né de cette rencontre avec la terre de ses aïeux. Ecoutons ce qu’il disait au cours d’une interview accordée déjà en septembre 1977 à E. Maunick : « Ah l’Afrique ! … C’est un des éléments qui m’a singularisé parmi les Antillais. J’ai été le premier à leur parler de l’Afrique. Non pas que je la connaisse tellement bien, mais j’ai toujours l’habitude de dire que l’Afrique fait partie de moi-même. Elle fait partie de ma géographie cordiale. Je dois beaucoup à l’Afrique. C’est elle qui m’a permis de me connaître moi-même. Je ne me suis compris que lorsque j’ai eu fait un détour par l’Afrique.

On ne peut comprendre les Antilles sans l’Afrique et c’est pourquoi il est absolument vain d’opposer l’antillanité à la Négritude parce que sans la Négritude, il n’y a pas d’antillanité. La Martinique et les Antilles dites françaises sont évidemment au confluent de deux mondes : un monde européen et un monde africain (…) C’est une rencontre entre l’Afrique et l’Europe, mais la composante essentielle, le soubassement, c’est l’Afrique » (2)

Et pourtant, Aimé Césaire n’avait fait que de courts séjours en Afrique, notamment à Dakar et Conakry dont il a gardé quelques souvenirs qui lui rappelaient sa Martinique natale. A son retour, il dira : « […] Quand j’ai vu les bonnes femmes sur le marché, c’était tout à fait comme des Antillaises (…) Si notre superficiel est européen, et plus précisément français, je considère que notre vérité profonde est africaine ».

L’observateur averti remarquera par le Grand Maître de la pensée historique Nègre introduit implicitement ici, le débat controversé entre les deux concepts qui font actuellement débat : l’Africanité et la Créolité.

Cette position nettement tranchée d’Aimé Césaire se donne donc à interpréter comme un pied de nez aux tenants de la Créolité et devrait logiquement clore ce débat qui n’avait pas lieu d’exister : « J’ai tiqué, affirmait-il, quand ils (E. Glissant, P. Chamoiseau, R. Confiant, J. Bernabé, (n.d.r.) ont tenté d’opposer la Créolité à l’Africanité, parce que c’est selon moi, une division artificielle. Je n’ai rien contre la Créolité, mais je me demande si elle n’est pas chez ceux qui s’en font les porte-parole, l’expression d’un rejet de l’Afrique ». (3)

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Césaire le visionnaire et le prophète

Aimé Césaire et l’Afrique, c’est une vieille et longue histoire émaillée d’espoir et parfois de déception. Il serait fastidieux de faire ici l’inventaire détaillé des thèmes abordés dans l’ensemble de ses œuvres dans lesquelles la problématique africaine revient constamment en rengaine. Depuis son premier ouvrage, Cahier d’un Retour au Pays Natal jusqu’à la toute dernière interview accordée à Françoise Verges dans Nègre je suis, Nègre je resterai (4), en passant par les textes réunis par Tshitengue Lubabu lors de l’hommage de Bamako en 2003(5), Césaire ne manquait aucune opportunité pour manifester son réel attachement à la terre de ses aïeux.
Dès lors, reconstruisant méthodiquement la mémoire historique de l’Afrique, il entreprit de revendiquer avec une certaine fierté l’héritage du continent longtemps nié par la colonisation. Les éléments civilisationnels et culturels de l’Afrique lui serviront ainsi d’arguments. Le Cahier d’un Retour sera enfin une réelle prise de conscience du Nègre, Césaire lui-même, arraché à son Afrique natale, et dont il gardera longtemps le souvenir des blessures de l’esclavage.

Par ailleurs, figurant l’esprit rebelle et marron de l’auteur, le Discours sur le colonialisme viendra à point nommé pour dresser un violent réquisitoire contre les oppresseurs. C’est sa fidélité au principe anticolonialiste qui le conduira ensuite à s’opposer en 2006 à la venue en Martinique de l’initiateur de la loi du 23 février 2005 et laudateur des « bienfaits de la colonisation », un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur de la France.

Cependant, loin de nier les problèmes auxquels est confronté le continent, Césaire a toujours gardé une foi inébranlable en son avenir, convaincu de son indépendance et de sa liberté. « Je suis persuadé, avouera-t-il que l’Afrique triomphera de ses difficultés présentes. Comme elle a su supporter le colonialisme, elle saura dépasser ce stade. Cependant, je ne me suis jamais fait d’illusions : l’Afrique fait la preuve des difficultés qui existent et que nous avons à affronter. Je garde tout à fait intacte ma foi en l’Afrique, parce que c’est ma foi en l’homme tout simplement […] J’ai la conviction que nous verrons l’Afrique libre, c'est-à-dire l’Afrique libérée de ses angoisses et de ses problèmes intérieurs » (6)

Césaire fut donc le premier à tirer la sonnette d’alarme, nous mettant en garde contre les régimes totalitaires africains et le basculement de nos pays dans le chaos après l’immense et légitime espoir suscité par les indépendances. Le drame du Congo dans les années 60, la trahison et l’assassinat du premier ministre Patrice Lumumba par les siens et la guerre civile qui s’en est suivie constituaient malheureusement des illustrations concrètes de la vision prophétique qu’avait Césaire de l’Afrique post indépendante ainsi qu’elle apparaît dans Une saison au Congo (pièce de théâtre, 1966).

Hier le Congo, aujourd’hui la Côte-d’Ivoire (dans ce pays les risques d’une récidive de la guerre civile sont loin d’être totalement écartés), le Kenya et peut-être demain le Zimbabwé et bien d’autres pays encore et la liste n’est pas tout à fait exhaustive. La situation actuelle de l’Afrique apporte la preuve s’il en était besoin que Césaire le visionnaire avait raison. Lui qui disait récemment être extrêmement peiné par le cas ivoirien n’avait eu de cesse de souligner que la gestion de l’indépendance était plus difficile que le combat contre la servitude.

Mettant en exergue la lancinante question entre dominé/dominant, maître/esclave, La Tempête (pièce de théâtre parue en 1966) offrira de nouveau à Césaire le prétexte pour exposer sa profonde tristesse face à la trahison de l’Afrique par certains de ses propres fils, complices des ennemis d’un continent qui sombre de plus en plus dans l’incertitude.
De même, à travers la peinture du Roi Christophe, le héros haïtien, ce sont les régimes africains postcoloniaux que Césaire entreprit de pourfendre dans La Tragédie du roi Christophe, pièce de théâtre jouée pour la première fois au Festival des Arts Nègres de Dakar à la grande consternation des chefs d’Etat africains présents dont certains durent quitter précipitamment la salle. Et pour cause : car étaient ainsi stigmatisés les nouveaux pouvoirs « les plus que Blancs que Blancs », leur népotisme, leur mégalomanie, leur goût immodéré pour le pouvoir absolu et enfin leur ridicule manière de singer leurs anciens maîtres. Il apparaît donc comme le précisait Cheikh A. Ndao «qu’après l’indépendance, l’enthousiasme populaire a porté au pouvoir des gens auréolés d’un passé de résistants anticolonialistes. Hélas, ils se sont retrouvés avec toutes les tares de Christophe. Césaire voudrait peut-être que son œuvre serve de balise, une sorte de phare pour dire : « attention aux dirigeants africains ».

En résumé, Césaire le visionnaire, le prophète, l’avant-gardiste, est celui qui comprit très tôt que l’Afrique échappait aux Africains eux-mêmes. Aussi, s’empressait-il de nous mettre déjà en garde contre les oppresseurs du continent, l’autocratie de ses dirigeants, la trahison de ses propres enfants, leur collusion avec les fossoyeurs de l’Afrique, le dévoiement des indépendances… C’est dire que le message de Césaire est plus que d’actualité au regard des maux et drames qui se pérennisent dans nos pays.

Au « grand baobab », toute l’Afrique reconnaissante


On ne compte plus les messages et témoignages de reconnaissance à l’égard d’Aimé Césaire dès l’annonce de sa disparition. Au-delà des hommages officiels des chefs d’Etats africains et des journées de deuil décrétées comme au Sénégal et au Bénin pour ne citer que ces deux pays, c’est toute une génération d’Africains, en particulier celle qui a eu le privilège d’étudier les œuvres du chantre de la Négritude dans les lycées et facultés qui se sent aujourd’hui orpheline avec la disparition du « grand baobab ».

En écho au message de l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Et les chiens de taisaient, comment ne pas éprouver le besoin de s’approprier, au-delà des principes mêmes, le noble combat de Césaire pour l’affirmation et la dignité de l’homme Noir ? Idéaux au demeurant perçus comme une sorte de viatique qui ne demande qu’à être traduit en actes dès lors que les maux qu’il dénonçait en son temps perdurent encore, hypothéquant dangereusement le destin de l’Afrique et des Africains.

D’ailleurs, ces derniers qui l’ont bien compris ne tarissent pas de gratitude et d’éloge envers celui qui qui se présente lui-même comme un « Nègre fondamental ». Signe de reconnaissance : sa modeste maison située dans le quartier Redoute à Fort-de-France est ainsi devenue un lieu de pèlerinage et un passage obligé pour tous les visiteurs qui foulent le sol martiniquais.
A l’instar de l’hommage que lui avait réservé le peuple martiniquais à l’occasion de ses 90 ans, Aimé Césaire fut également célébré à Bamako (Mali) le 26 juin 2003. Venus de plusieurs pays d’Afrique, les organisateurs de cet hommage auxquels se sont associés leurs frères des Antilles avaient tenu « à revisiter avec délectation les idées du grand poète martiniquais […] d’avoir éveillé les consciences. Et d’avoir en éclaireur, montré la voie ».
Aussi, lors des 94 ans du grand visionnaire, une importante délégation d’Africains, essentiellement composée de Sénégalais (hommes politiques et artistes) est-elle venue du continent-mère pour rendre un hommage appuyé à l’ami, au frère et au compagnon de route de la Négritude du feu président Senghor.
Nous étions tous présents et nombreux, les 19 et 20 avril 2008 à Fort-de-France : Africains résidant dans les Antilles et en Guyane (Béninois, Togolais, Sénégalais, Ivoiriens, Congolais, Nigériens, Maliens, Burkinabés, Mauritaniens, Malgaches…) aux côtés de quelques délégations officielles venues d’Afrique pour accompagner le dernier pharaon de la Caraïbe dans sa dernière demeure. Notre présence avait une double signification symbolique : d’une part, manifester notre reconnaissance à Aimé Césaire et lui exprimer notre gratitude au nom de l’Afrique, et d’autre part, envoyer ce signal fort à nos frères et sœurs des Antilles : il est plus qu’impérieux d’engager ici et maintenant l’indispensable dialogue entre Antillais et Africains volontairement ou non séparés par plus de 300 ans de vicissitudes de l’histoire. Césaire parti, il n’y aura plus désormais d’intermédiaire entre nos deux peuples. Lui qui déploya tant d’énergie, tant de talent, tant d’imagination et tant de sagesse pour le rapprochement et la connaissance mutuelle des Nègres d’Afrique, des Antilles, de la Caraïbe et des Amériques.
La meilleure manière de parachever la gigantesque œuvre de Césaire est d’oser sans plus tarder ce face à face fraternel entre Africains et Afro-descendants de la « Sixième Région d’Afrique », pour reprendre l’heureuse expression du président sud-africain Thabo Mbeki.
Ainsi que le disait le Grand Maître de la pensée historique Nègre lui-même, « l’heure de nous-mêmes a sonné ». Certes, la tâche ne sera pas aisée, car ceux qui n’ont pas intérêt à ce que l’Afrique, sa diaspora et ses fils déportés sur l’autre rive de l’Atlantique- Afro-Guyanais, Afro- Martiniquais, Afro-Guadeloupéens, Afro-Ayitiens et autres- soient unis, ne manqueront pas de dresser des obstacles sur notre route. A commencer tout d’abord par certains d’entre nous-mêmes qui se sont opportunément trouvé de nouveaux maîtres à penser et qui peinent à se débarrasser de leur récurrent syndrome de Schoelcher.

, Mais quoiqu’ encore au stade de balbutiement, tout porte à croire que l’amorce de ce dialogue que nous avons toujours appelé de tous nos voeux augure déjà d’un avenir serein et prometteur. Enfin, si je devais exprimer quelque frustration, c’est celle d’un rendez-vous manqué avec le Grand Homme, pour ne pas dire tout simplement avec l’Histoire. Invité à donner une conférence le 22 mai 2006 lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à Fort-de-France, je devais rencontrer Aimé Césaire pour lui remettre mon ouvrage dédicacé, Esclavage et Traite des Noirs : quelle responsabilité africaine ? Mais c’est compter sans une grippe rebelle de dernière heure qui maintint le presque centenaire au lit, l’empêchant ainsi de me recevoir. Ce fut alors son ami de toujours, l’un de ses compagnons du Parti Progressiste Martiniquais qui me reçut. La discussion fut enrichissante. Bien entendu l’actualité africaine était au menu de nos sujets variés: la négrophobie montante chez certaines élites françaises, la révision, voire la négation de l’histoire africaine, le rôle de l’Afrique dans la Traite négrière, les processus de démocratisation balbutiante sur le continent noir, etc.

« Césaire est en route vers l’Afrique pour aller rejoindre ses Ancêtres » écrivait récemment mon ami Bwemba Bong du Cercle Samori. En attendant ce retour triomphal parmi les siens, je crie : Eïa, Eïa Eïa.Trois fois Eïa pour Aimé Césaire, digne Messager des Pharaons. La Mâat accomplie, voici enfin venu le temps du repos éternel. Vous qui écriviez : « Je suis un cadavre qui exubère de la rive dormante de ses membres un cri d’acier non confondu, je suis un cadavre, yeux clos qui tape du morse frénétique sur le toit de la Mort…», l’écho de votre cri résonne encore en nous: « mon œuvre n’est pas terminée, continuez-la ».

Par Lawoetey-Pierre Ajavon, Cayenne, le 24 avril 2008.

(1) Divinité de la guerre dans la mythologie Zoulou (Afrique du Sud). Il était souvent invoqué par CHAKA le héros de la lutte anticolonialiste.
(2) Aimé CESAIRE : par Annie KAREIMAY, togoforum.com (agorapress, Lomé-Togo)
(3) L’Antillanité/Créolité, par BANTU KELANI (Africaspeak.com)
(4) Nègre je suis, Nègre je resterai (entretiens avec Françoise VERGES), Albin MICHEL, 2005
(5) CESAIRE et nous : Une rencontre entre l’Afrique et les Amériques au XXIème siècle, Editions CAURI, Bamako, 2003
(6) CESAIRE et Nous : Entretien avec A. KONARE et A. K