En attendant Jean–Michel Blanquer, le SNUIPP dresse un diagnostic alarmant du système éducatif de Mayotte : un grand corps malade

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A quelques heures de l' arrivée du ministre de l' Education,Jean - Michel Blanquer, à Mayotte, le secrétaire départemental du SNUIPP, Rivomalala Rakotondravelo Rivo, dresse un constat très alarmant du système éducatif du 100è département français dans l' Océan indien.

Emmanuel Tusevo
Publié le , mis à jour le

Emmanuel TUSEVO-DIASAMVU : Le ministre de l’Education nationale arrive le 27 août 2018 à Mayotte. Qu'est ce que vous attendez de ce voyage ?

RIVO : D'abord, on a peur... Moi j'ai peur qu'il vienne faire comme les autres ministres quand ils viennent ici, voir les belles choses à Mayotte alors que tout le monde sait qu'il n' y a pas besoin de se déplacer pour savoir que le système éducatif à Mayotte est très malade par l' insuffisance en terme
 d' infrastructures, en terme de tout ce qui est qualitatif, le manque d' enseignants et les attentes des enseignants en terme de salaires, d'ancienneté générale des services également.

Je me demande si les ministres ne viennent pas à Mayotte pour fuir ces points- là. Il faudrait qu'on parle de l’engagement du gouvernement à consacrer 500 millions d’euros au cours de la mandature du président Emmanuel MACRON comme annoncé au mois de mai - juin.
Cette somme de 500 millions équivaut à 3 collèges et 2 lycées mais je pense que les besoins, au jour d'aujourd'hui, c'est plus que ça et ne parlons même pas des besoins à venir.

Pour le premier degré,100 millions, on est encore très loin du compte. On nous parle des politiques nationales éducatives, des classes de CE 1 à 12 élèves, mais à Mayotte, c'est du saupoudrage, de l’affichage. On a toujours demandé à Mayotte le REP plus, on veut que tout Mayotte devienne REP plus comme en Guyane, ça peut se faire mais en fait, ils veulent nous faire faire une politique d'éducation REP sans les moyens, sans les personnes qu'il faut et aussi sans nous donner les émoluments y afférents.

Il faut tout ce qui ferait qu'on sorte de ce marasme, de cette tendance à ne recruter que des contractuels. C'est l’attractivité qu'il faut pour faire venir les enseignants, il ne faut pas faire semblant. Il va falloir au minimum aligner le taux d'indexation sur la Réunion. Le gouvernement nous avait parlé d'une réunion de revoyure pour réexaminer tout le dispositif indemnitaire, pour parler de l’ancienneté générale des services des anciens instituteurs de Mayotte mais il n’y a rien qui se fait.

Jean - Michel Blanquer est un ministre qui s'est lancé dans les grands chantiers des réformes des contenus et des méthodes de l’enseignement.Qu'est ce que vous en dîtes ?

En ce qui concerne tout ce qu'on peut mettre en place aujourd’hui au niveau des réformes, à Mayotte, la1ère réforme qu’on peut faire, ce sont les infrastructures, les moyens pour accueillir tout le monde.
Imaginez, en terme de formation aujourd'hui, on est obligé de travailler avec le SPE à l’université de La Réunion pour former des enseignants, des professeurs des écoles alors qu'à Mayotte, les stagiaires sont formés par des personnes qu’on appelle des maîtres... des personnes qui n’ont pas le titre de maîtres formateurs. On peut nous parler de changer les programmes et tout ce qu'on veut mais si à Mayotte on ne commence pas à accueillir les enfants de la même manière que cela se fait ailleurs,
ils peuvent mettre en place tout ce qu'ils veulent, ça ne marchera pas.

Si vous avez le ministre de l' Education nationale en face de vous, qu'est ce que vous lui direz ?

Ca fait longtemps qu'on réclame la transformation à Mayotte du vice- rectorat en une académie de plein exercice.L' annonce qui a été faite va dans notre sens, on ne peut que s'en satisfaire mais si cela se fait sans les moyens qui devraient accompagner tout cela, c'est encore une fois péter dans l' eau, faire semblant et continuer à bricoler pour Mayotte.Le système éducatif de Mayotte n’a pas besoin de bricolage. Si on veut véritablement régler le problème, c'est un investissement massif qu'il faut,
investissements tout azimut en salles de classes, en personnels, en formation, en matériels pédagogiques. 

Propos recueillis par Emmanuel TUSEVO-DIASAMVU 

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