L’avion atterrit dans un hurlement de freinage  sur la courte piste entourée de montagnes verdoyantes. Une passagère a le visage collé au hublot. Une grosse larme roule sur sa joue. « Je suis chez moi, enfin chez moi ! » s’écrie-t-elle, la voix étranglée par un sanglot. Elle se filme « en selfie » avec son téléphone portable.

Dans la petite aérogare, c’est une cohue joyeuse dans le parfum entêtant des colliers de jasmin. On se marche sur les pieds, les bagagistes empilent les valises. Les passagers arrivent de partout dans le monde, surtout de France.  Les plus fortunés de la diaspora reviennent tous les ans, d’autres ont économisé longtemps. Sur un trottoir de Ouani, un professeur d’université américaine, venu d’Atlanta, croque les cacahuètes grillées de son enfance. Il croisera un camarade de classe resté au pays. Ensemble, ils déploreront le délabrement de leur île.

A Mutsamudu, la capitale d’Anjouan, des parapets du boulevard du front de mer se sont effondrés sur la plage de galets couverte de détritus. La rivière est jonchée d’ordures nauséabondes. Des mendiants errent dans les abords du marché. 

Mais rien, ni les pannes de courant, ni l’absence d’eau au robinet,  n’arrête les « je viens » dans leur irrépressible besoin de retrouver le pays et les proches. On revient pour se marier surtout. De fastueux mariages sont célébrés, animant les places publiques jusque tard dans la nuit.

Cette année cependant, le référendum constitutionnel controversé du 30 juillet gâche un peu la fête. Une sourde inquiétude règne, on craint des dérapages violents. Certains « je viens » ont même choisi d’écourter leur séjour. Beaucoup se sont présentés au consulat de France après une rumeur qui a circulé sur un recensement en vue d’une éventuelle évacuation des ressortissants français.