Anjouan: l'hôpital neuf reste désert

hôpital Bambao Anjouan

L’hôpital de Bambao dans l’île d’Anjouan a été offert par la Chine à l’Union des Comores. Flambant neuf et entré en service depuis un an, il reste désespérément vide, faute de personnel pour le faire fonctionner

Bruno Minas
Publié le , mis à jour le

L’hôpital se dresse en pleine campagne, au milieu des cocoteraies et des champs de manioc et d’ylang-ylang. L’entrée, imposante, ressemble à celle d’un hôtel. Elle est ornée d’idéogrammes chinois. A l’intérieur tout est neuf et silencieux. Il n’y a personne à la réception, ni dans les services. En cherchant dans les couloirs impeccables on tombe sur le médecin urgentiste.

Le docteur Nourdine Said Ali reconnaît qu’il n’est pas débordé. « Il y a des services qui ne fonctionnent pas encore par manque de personnel » explique le médecin, « il reste beaucoup de choses à faire. Par exemple on pourrait subventionner les soins pour que les gens n’aient pas à payer beaucoup, et former des professionnels dans des spécialités qui n’existent pas ici ».


Pas d’argent, pas de radio


Le prix des soins est un problème. Les comoriens sont habitués à la médecine gratuite des dispensaires sous équipés, mais soutenus par un programme européen principalement financé par la France. Mais l’hôpital de Bambao ne bénéficie pas de ce programme. Tout y est payant et trop cher pour le revenu moyen des comoriens.
hopital bambao anjouan chambre
| Dans les chambres, les matelas sont encore dans leur emballage d'origine


Il y a parfois des visiteurs. Ce matin-là, un papa amène son petit garçon tombé d’un arbre. « Il s’est cassé le bras », explique-t-il. « Pour faire une radio il faut payer 11 euros ». Il ne les a pas. Pas d’argent, pas de radio. On a mis une attelle à l’enfant le temps que le père réunisse les fonds pour payer la radiographie.


Les sages-femmes de service dorment


La maternité est impressionnante, dotée d’une salle d’accouchement très moderne. Là encore c’est le silence. Les deux sages-femmes de service dorment. Elles n’ont rien à faire. Leur étage est totalement vide.
Hopital Bambao Anjouan salle d'accouchement
| La salle d'accouchement

Les Chinois ont livré l’hôpital clé en main, mais sans aucun suivi. Le scanner est déjà en panne et il n’y a personne pour le réparer.
 
hopital bambao anjouan scanner
| scanner en panne


Le Docteur Nourdine Said Ali espère que la coopération s’intéressera un jour à cet établissement. Lui s’est spécialisé à Marseille et à la Réunion et a préféré rentrer au pays. « Ici je me sens à l’aise », dit-il. «Evidemment au point de vue salarial cela n’a rien à voir avec ce que j’aurais pu avoir là-bas, mais ici je me sens chez moi, et j’aime être chez moi ».

Le premier réflexe en cas de maladie ou d’accident grave à Anjouan reste de prendre un "kwassa" pour Mayotte ; plutôt que d’aller dans cet hôpital désert.