Transports : Les taxis collectifs à Mayotte, une institution difficile à réformer

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© Emmanuel Tusevo | Taxi en circulation à Mamoudzou

Face à la carence de lignes de bus à Mayotte, les taxis collectifs font office de seuls transports publics sur les routes cahoteuses de l' île et constituent une véritable institution qu'il faut réformer en douceur

Emmanuel Tusevo
Publié le , mis à jour le

 
Il existe des taxis urbains qui desservent principalement Mamoudzou, le chef-lieu du département, et les taxis interurbains appelés +taxis brousses+ et qui desservent le reste de l'île.

Soumaila Salime dit Raïs, premier vice-président de la chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) estime que ces modes de déplacements "fonctionnent bien".
"Ils rendent un service indispensable, ils sont présents partout malgré les récriminations de certains qui déplorent que la voiture ne parte pas tant qu'il n'y a pas au moins 5 passagers à bord", renchérit un artisan taxi venu chercher un document à la Chambre.

Pas encore de compteur

Contrairement aux taxis de la France métropolitaine, ceux de Mayotte embarquent plusieurs passagers se rendant vers différentes destinations et chacun s'acquitte d'un montant déterminé selon la distance parcourue. Et pas au compteur, inexistant au demeurant.

"On n'a jamais rien vu de plus ridicule, de la musique à tue-tête, des taxis brousse qui ne vous déposent même pas où vous le demandez sauf après avoir déposé d'autres passagers ailleurs parce que le trajet leur paraît mieux. Vous osez appeler ça taxis !", s'emporte un voyageur débarqué de métropole, l’œil rivé à sa montre et visiblement non averti des spécificités locales.

Le taxi sert souvent d'agora miniature au gré des informations à la radio et le chauffeur peut multiplier les arrêts de convenance qui à la station service, qui à la boulangerie.

Sur une île de quelque 25.000 habitants, 659 artisans taxis agréés par la préfecture travaillent: parmi eux certains exploitent un, deux voire ou trois voitures, selon la CMA. Ces artisans ont dû suivre des formations avant d'obtenir leur attestation et non des certificats comme en métropole.

Accompagner les artisans taxis vers le droit commun

Mais l'accession de Mayotte au statut de département il y a trois ans bouleverse ce secteur d'activité qui doit se rapprocher du droit commun, non sans difficulté.

Une convention d'accompagnement des artisans taxis a été signée fin 2011 entre la CMA et l’État. Ce dernier y a apporté plus de 30.000 euros pour mieux former les taxis afin qu'ils puissent prendre en charge une nouvelle clientèle liée au développement de la fréquentation de l'aéroport de Pamandzi. Il s'agit aussi de maintenir les emplois pour les chauffeurs exerçant actuellement.
Les modules de formation reprennent tout à la base : connaissance de l'offre touristique de Mayotte, compréhension de la notion de "client", techniques de contact commercial, maîtrise de quelques phrases en anglais. Ils ont bénéficié à 132 chauffeurs de taxi.

Revalorisation des tarifs au 1 juillet 2014

Toujours pour rapprocher un taxi mahorais d'un taxi hexagonal, une charte sur les équipements spéciaux obligatoires des taxis a été signée le 25 juin dernier. Dans l'immédiat, ils devront arborer le dispositif lumineux "Taxi" (avec la liste des tarifs affichées dans la voiture) et la plaque (indiquant le numéro de la licence). Le compteur attendra encore un peu.
La liste provisoire 2014 des candidats ayant suivi la formation requise et  en attente d'une licence d'exploitation de taxis fait état de 595 aspirants artisans taxis.

"Face à ces profondes mutations, nous veillerons à ne pas laisser sur le bas côté de la route les artisans taxis en activité. Les nouveaux statuts doivent tenir compte d'eux et les mettre au diapason", fait valoir à l'AFP Soulaimana Salime de la CMA. 

Les tarifs des taxis qui n'avaient pas été révisés depuis le 1er octobre 2009 sont passés depuis le 1er juillet de 1,20 à 1,40 euro le jour en zone urbaine, de 1,65 à 2,10 euros la nuit. La course est toujours gratuite pour les enfants de moins de 2 ans et à demi-tarif pour les enfants de 2 à 12 ans.
Emmanuel Tusevo, Grand Reporter France Télévisions Mayotte 1ère, Correspondant AFP