Matières premières : Manuel Valls sauve l'industrie calédonienne du nickel, déclare un investisseur de la City

Métallurgiste du nickel
© Alain Jeannin | Métallurgiste Calédonien du Nickel dans l'usine de Doniambio

L’État va prêter 200 millions d’euros pour soutenir la Société Le Nickel, en situation financière difficile, et qui est confrontée à la crise des cours. Pour la SLN et ses 2000 salariés, pour la Nouvelle-Calédonie, c'est une véritable bouffée d'oxygène. Explications. 

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

La SLN est le premier producteur mondial de ferronickel, un alliage métallique qu’elle exporte dans le monde entier et qui entre dans la composition des meilleurs aciers inoxydables. L'usine de Doniambo est le plus ancien site industriel du Pacifique Sud, le nickel calédonien livré par la SLN a permis la fabrication de l'acier des "canons de la Victoire", les fameux "75" de la guerre 14-18. En 2015, les fours Calédoniens ont produit près de 50.000 tonnes de nickel. L’alliage SLN25 a été principalement exporté en Chine, à Taïwan, au Japon, aux Etats-Unis, en Belgique, en Espagne, en Afrique du Sud et en Inde.
 

Les faits

Lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie le 29 avril dernier, Manuel Valls, après avoir rencontré les métallurgistes calédoniens avait proposé une aide de l’Etat pouvant aller « jusqu’à 200 millions d’euros » à la STCPI, société garante des intérêts publics de la Nouvelle-Calédonie dans le capital de la SLN (34%), afin qu’elle puisse assumer pleinement son devoir d’actionnaire pour passer la crise. Mais fin juin, les élus indépendantistes majoritaires de la Province du Nord ont refusé que la STCPI cède une action à l’État, comme le nécessitait « le montage juridique du prêt ».
 

L’engagement

« Sans méconnaître la dimension symbolique de cette décision (des indépendantistes, ndlr), je la regrette », a déclaré Manuel Valls à l'Assemblée nationale, répondant à une question de la députée UDI de Nouvelle-Calédonie Sonia Lagarde. « Mais face au risque de solvabilité qui menace le plus ancien opérateur industriel de Nouvelle-Calédonie et l’emploi de milliers de Calédoniens (…) L’État a proposé de mettre en œuvre directement ce prêt de 200 millions d’euros auprès de la SLN », a-t-il précisé.
 

La City positive

À la City de Londres, Jean-François Lambert, un investisseur français ancien directeur de la banque HSBC résume l’opinion des analystes après l’annonce de Manuel Valls : « Le soutien de l’État français à la SLN va faire cesser l’incertitude et assurer la pérennité de l’industrie du nickel, voilà l’opinion dominante. Alors que les cours du nickel remontent, c’est un investissement intelligent et courageux. Après tout, Barack Obama a bien sauvé l’industrie automobile américaine, pourquoi Manuel Valls ne sauverait-il pas l’industrie calédonienne du nickel ? Voilà ce qu'on pense à la City ».
Le dossier et la proposition de l’État seront examinés le 11 juillet à Nouméa par le conseil d’administration de la SLN, filiale du groupe français Eramet.
 

L’objectif de la SLN

Premier employeur privé de Nouvelle-Calédonie, l’entreprise perdrait encore entre 18 et 20 millions d’euros par mois à cause de la faiblesse des cours du nickel à la Bourse des métaux de Londres (LME). La SLN a engagé un important plan de réduction de ses coûts de production qui devrait lui permettre de rejoindre les rangs des producteurs mondiaux les plus rentables à l’horizon 2018. À condition que les cours du nickel poursuivent leur remontée.