Dans le Loiret, Mikaele Tui est le gardien des traditions wallisiennes [Reportage]

Mikaele Tui lors de la messe de l'Assomption à Sermaises (Loiret)
© KP | Mikaele Tui (à droite) lors de la messe de l'Assomption à Sermaises (Loiret)

A Epieds-en-Beauce, dans le Loiret, un pilier de la diaspora wallisienne de l’Hexagone vit une retraite très active. Rencontre avec Mikaele Tui, un gardien des traditions. La1ere.fr l’a suivi lors de la fête de l’Assomption.

Kelly Pujar
Publié le , mis à jour le

Un voisin est venu vérifier que tout allait bien, quand il a vu la fumée s’échapper. Il pensait que ça venait du toit.
Il est 6 heures du matin ce 15 août. Les premiers rayons du soleil éclairent l’horizon. Ilaisa Tui a le sourire. L’épouse de Mikaele Tui vient de rassurer l’un des 1500 habitants d’Epieds-en-Beauce, le village du Loiret où sa famille vient de s’installer. Aucun incendie n’est à signaler. Si de la fumée s’échappe, elle vient plutôt du jardin.
 

Préparation du umu, le four traditionnel wallisien dans le jardin de la famille Tui
© KP | Préparation du "umu", le four traditionnel wallisien dans le jardin de la famille Tui
Au rythme de la musique, les hommes s’affairent autour du "umu", le four traditionnel. A 16.000 kilomètres de Wallis et Futuna, ils perpétuent la tradition de la fête de l’Assomption : la préparation du cochon de lait.
Au fond d’un trou creusé dans le jardin, un feu de bois chauffe des pierres. C’est l’une des étapes d’une cuisson à l’étouffée où seront mijotés deux petits porcs, des ignames et le faikai, le dessert en wallisien. D’ordinaire, le tout est enveloppé dans des feuilles de bananiers et recouvert de terre. Mais le manque de matière végétale disponible dans l’Hexagone contraint les cuisiniers à faire quelques entorses à la tradition culinaire. “Il y en a très peu, on a comblé le manque avec des cartons, ce sont des matériaux qui ne nous plaisent pas trop, mais on est contraint de les utiliser pour sauvegarder la cuisson", explique Mikaele Tui.
 
Préparation du umu, le four traditionnel dans le jardin de la famille Tui
© KP | Préparation du "umu", le four traditionnel dans le jardin de la famille Tui
 

“On l’appelle le vieux ou le sage”

Autour de Mikaele Tui est rassemblée une partie de sa famille et des amis. Un réconfort pour le retraité de 61 ans. Depuis trois ans, Mikaele Tui vit dans l’Hexagone pour raisons de santé. Un départ de son île natale néanmoins synonyme de retraite active.
 

Il est toujours là pour les autres. Quand quelqu'un a besoin de lui pour raconter l'histoire de Wallis, il ne compte pas son temps. Même si c'est un dimanche, il est toujours là.
(Ilaisa, l'épouse de Mikaele)


Anthropologue de formation, Mikaele Tui évoque inlassablement Wallis et Futuna lors de conférences ou d’émissions de télévision. “Quand il parle, on l’écoute. Il sait beaucoup de choses, c’est passionnant. Entre nous, on l’appelle le vieux, le sage”, confie Lumanoa. L’adolescente de 14 ans, fille d'un ami de Mikaele, ne se lasse pas d’écouter ses explications sur l’origine d’une tradition.  
 

Il est toujours présent dans les événements, il connaît l'histoire de Wallis mieux que quiconque. Il représente nos îles. J'ai un grand respect pour ce monsieur.
(Simone, le père de Lumanoa)

 
Mikaele Tui gardien des traditions wallisiennes


Sa mère voulait faire de lui un prêtre

Mikaele Tui fut journaliste en radio, reporter télé et interprète, secrétaire général de l'Union territoriale Force Ouvrière à la Poste de Wallis et Futuna. L’ancien fonctionnaire a consacré une trentaine d’années de sa vie à la Préfecture, dont vingt ans aux affaires culturelles. “J’ai touché à tout, sauf à la politique”, concède-t-il. Son temps libre, il le passe aussi à la généalogie.
 

J’ai du sang danois, c'est peut-être ce métissage qui fait que je concours beaucoup à avoir des comportements occidentaux mais je ne démords pas de ma situation locale, de mon insularité, de l'autochtone que je suis. Il y a un mélange, une passion pour moi d'être curieux, d'apprendre et de rediffuser.
(Mikaele Tui)


Un 15 août pour rassembler les siens

Impossible pour le sexagénaire de ne pas sacrifier à une autre tradition : la messe de l’Assomption. Une fête catholique - référence à l’élévation de la Vierge Marie au ciel - célébrée en wallisien et en français par le père Lafaele, lui-même originaire de Wallis.
 
Le père Lafaele lors de la messe de l'Assomption à Sermaises (Loiret)
© KP | Le père Lafaele lors de la messe de l'Assomption à Sermaises (Loiret)
Cette année, des membres de Felave’i, l’association fondée l’an dernier par Mikaele Tui, ont convergé vers l’église de Sermaises dans le Loiret. Avec un invité venu spécialement de Wallis et Futuna pour l’occasion : Sione Initia. “J'apprécie le fait que Mikaele perpétue les traditions en dépit de l'ambiance, de l'environnement, de l'isolement, de l'éloignement surtout”, confie le chef coutumier.
 
Sione Initia, chef de village wallisien avec Mikaele Tui
© KP | Sione Initia, chef de village wallisien avec Mikaele Tui à Sermaises (Loiret)
Après l’office religieux, tout le monde s’est rendu à la salle des fêtes de Sermaises. L’occasion de respecter la coutume et de partager les cochons de lait. “Nous, on fait la coutume à notre façon, qui facilite un peu la tâche. Alors que lui non, c'est par petites étapes. Il faut faire toutes ces étapes-là pour que notre culture et la façon de faire la coutume soient au complet”, explique Lilyosa Manukula, la secrétaire de l’association Felave’i. Felave’i veut dire rencontre en wallisien. Comme un leitmotiv de la vie de Mikaele Tui.