L'Indonésie et les Philippines influent sur le nickel : la guerre des nerfs continue

Traders du Nickel au LME de Londres
© Alain Jeannin/FTV | Traders du Nickel au London Metal Exchange de Londres

La Nouvelle-Calédonie produit du nickel de qualité mais dans un contexte agité. Ses concurrents indonésiens et philippins envoient des signaux contradictoires. Le marché londonien observe et spécule. Et le nickel monte un peu.

Alain Jeannin
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Les métaux industriels affichaient un léger rebond lundi soir dans la continuité des marchés asiatiques. Les volumes échangés étaient faibles, en raison du President’s Day aux Etats-Unis. Lundi soir à Londres, le nickel s’est maintenu sur le seuil des 11.000 dollars la tonne (11.142 $) + 0,70 %.
 

Taxer le minerai du Nickel Pig Iron

C’est une rumeur insistante qui court les salles de marché de la City et qui soutient, pour le moment, les cours du nickel. L’Indonésie s’apprêterait à instaurer une nouvelle taxe de 10 %, cette fois sur ses exportations de minerai destinées à produire du ferronickel chinois à bas coût, le Nickel Pig Iron (NPI). « Les analystes gardent en mémoire que le gouvernement calédonien a autorisé des exportations de minerai, mais avec un interdit pour le NPI. La Nouvelle-Calédonie est désormais prise en compte ici dans l’évaluation globale du marché. Et d'autant plus quand l’Indonésie semble s'en inspirer ». indique Boris Mikanikrezai, l’un des experts du marché du nickel pour le Metal Bulletin, publication de référence du marché londonien des métaux (LME).
 

En terrain miné

L'incertitude entourant les fermetures de mines aux Philippines demeure. La semaine dernière, le troisième producteur du pays, Global Ferronickel n'avait pas encore reçu l’ordre d’arrêter sa production. Un autre producteur, Marventures Mining, annonçait lundi qu'il commencerait ses expéditions de minerai de nickel début mars. Marventures a par ailleurs déposé un recours juridique contre le gouvernement. Le Conseil des mines des Philippines s'est réuni ce lundi pour examiner la situation des entreprises visées par l'ordonnance de fermeture des activités minières.
 

Compromis opportuniste ?

Les Philippines représentent près de 25 % de l'offre mondiale et sont le premier fournisseur de la Chine. Le président philippin, qui pratique brutalement l’exercice du pouvoir, a surpris en annonçant qu’il allait finalement réexaminer la décision de fermer plus de la moitié des mines du pays. Visiblement, la forte opposition du patronat et des syndicats a pesé. 
Pour la première fois, Rodrigo Duterte a donc laissé entendre qu’il pourrait changer d’avis. Et revenir sur la décision de la ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles, Regina Lopez, de fermer ou suspendre près d'une trentaine de mines de nickel en raison de préoccupations environnementales. À la City de Londres, une dernière rumeur évoque même la possible démission de Régina Lopez, en cas de volte-face du président philippin.

Lundi soir à Manille, la "pasionaria écologiste" qui co-préside le conseil de coordination de l’industrie minière, a réaffirmé qu’elle ne reculerait pas, même si l’examen des contestations devait durer trois mois. Mais elle n'est pas certaine de pouvoir tenir aussi longtemps.