Émeutes en Haïti

Des barricades dans les rues de Port-au-Prince
© Photos amateur (Journal des auditeurs)

La capitale d'Haïti, Port au Prince, est le théâtre de scènes d’émeutes. C’est l’annonce de l’augmentation du prix des carburants qui a mis le feu aux poudres. Le quotidien Haïtien Le novelliste annonce plusieurs morts.
 

Véronique Bedz, avec Stéphane Edwige à Port-au-Prince Publié le , mis à jour le

Depuis la fin d'après-midi de vendredi, la situation est plus que tendue en Haïti. Voitures brûlées, barricades de pneus en feu, caillassage de véhicules... Les rues de Port-au-Prince et de plusieurs autres grandes villes du pays sont devenues dangereuses. 
Pourquoi ? Parce que le gouvernement a annoncé, dans l'après-midi, une hausse massive du prix des carburants. 

La hausse du prix des carburants comme détonateur


Un avis émanant du ministère de l’économie et des finances a été publié ce vendredi.Il a aussitôt été relayé sur les réseaux sociaux. Cet avis fixe les nouveaux prix des produits pétroliers à partir de ce samedi 7 juillet. L’essence augmente de 38%,  le Gasoil de 47 et le kérosène  de 51. 
En février dernier, le gouvernement Haïtien et le FMI, le fonds monétaire international, ont signé un accord. Le président Moïse et son administration se sont engagés à mener des réformes, pour réduire la pauvreté et augmenter la croissance économique.
L’une des mesures annoncées : la fin des subventions sur les carburants. 


Des pillages et des barricades


La réaction de la population ne s'est pas fait attendre. Dès le milieu de l'après-midi de vendredi, des pneus enflammés, des barricades et autres roches ont jonché les rues de la métropole de Port-au-Prince, et ses zones périphériques ont été bloquées à la circulation. La colère s'est rapidement propagée aux autres villes du pays. Dès vendredi soir, des tirs ont été entendus.
 
Émeutes en Haïti : des scènes similaires, dans tout le pays
© Pascale Solage, journaliste Haïtienne
Ce samedi, la situation est montée d’un cran. Les manifestants sont rentrés dans les supermarchés, et les ont pillés. Des scènes similaires ont été relevées dans plusieurs magasins notamment d’ameublement ou de Hi-Fi. Un supermarché, sur la route de Delma, a même été incendié. Des tirs d'armes à feu ont été entendus jusqu'en milieu d'après-midi. 
Les journalistes sur place constatent l’absence des policiers. 


Le gouvernement fait marche arrière, en vain


Ce matin, Le premier ministre a fait une intervention à la télévision, en essayant d'être pédagogique. Il a tenté d’expliquer à nouveau les raisons de l’augmentation du prix des carburants, mais les manifestants refusent d’entendre ses arguments.
Le gouvernement  explique que les économies réalisées par la suppression des subventions vont servir à financer des projets en faveur des populations les plus défavorisés. 
Le président Jovenel Moïse devait prendre la parole, mais 24 heures après le début des émeutes, il est toujours silencieux. Ce samedi, vers 14 heures 30,un nouvel arrêté est sorti, pour annuler le précédent. Mais la révolte ne semble pas se calmer pour autant. Des slogans, contre le gouvernement, mais surtout contre le président Jovenel Moïse sont clamés dans les rues. Les manifestants l'accusent d’avoir, en moins de deux ans de mandat, mis le pays à terre.
 

Un calme relatif en ce samedi après-midi


En fin d’après-midi, les tirs ont cessé. Mais l'odeur de pneus brûlés plane dans les rues de Port-au-Prince, et les barricades sont toujours érigée. Beaucoup de voitures ont été brûlées, dans les rues, les parkings des supermarchés et même devant les hôtels.
Des bandes armées ont circulé dans les rues, entre vendredi soir et samedi après-midi. Ce sont de jeunes hommes, souvent même des adolescents. Certains ont en leur possession des armes de guerre. Le quotidien le Nouvelliste a annoncé le décès de plusieurs personnes dans le bas de Port-au-Prince. L’aéroport est fermé. Les administrations le sont également. En fin de journée, les tirs ont quasiment cessé.