De la Guyane à la Nouvelle-Calédonie, tour d'horizon de la journée internationale des peuples autochtones

Journée internationale des Peuples autochtones
© Apu Gomes, AFP | Image d'illustration. Un homme wajãpi dans la réserve indigène wajãpi du village Manilha, dans l'État d'Amapa, au Brésil, le 13 octobre 2013.

Langues autochtones, femmes, environnement... Chaque année, la journée internationale des peuples autochtones met en lumière les difficultés rencontrées par ces peuples minoritaires, et sensibiliser le grand public aux menaces pesant sur eux. 

Pauline Rouquette
Publié le , mis à jour le

Date hautement symbolique, le 9 août a été déclaré "Journée internationale des Peuples autochtones" par les Nations unies.
Les journées internationales proclamées par l’ONU représentent une chance d’informer le grand public sur des thèmes liés à des enjeux majeurs.
À cette occasion, pouvoirs publics et société civile organisent des activités afin de sensibiliser et de mobiliser les ressources.

Mis à l’honneur ce vendredi 9 août, les peuples autochtones comptent environ 370 millions de personnes et vivent dans 90% pays. Amérindiens de Guyane (moins de 5% de la population guyanaise) et Kanaks de Nouvelle-Calédonie (environ 40% de la population calédonienne) demeurent toutefois "les seuls peuples autochtones de la République française" selon les critères de l’ONU. Des critères parmi lesquels l’antériorité dans un territoire donné, l’expérience de la conquête ou de la colonisation, la situation de non-dominance et la revendication identitaire.
 

En 2019, préserver les langues autochtones

Pour cette neuvième édition, l’ONU a proclamé 2019, "Année internationale des langues autochtones". En effet, l’objectif cette année est d’attirer l’attention sur la perte critique des langues autochtones et, plus largement, sur la nécessité urgente de préserver, revitaliser et promouvoir la culture des peuples autochtones, aussi bien au niveau national qu’au niveau international.
 

En Nouvelle-Calédonie, à l’occasion de cette journée, le Sénat coutumier a co-dirigé plusieurs ateliers culturels mettant à l’honneur les langues et dialectes du pays à travers des ouvrages, des ateliers de sculpture, de tressage, de contes, de chants et de danses. Parmi les grands thèmes abordés, l’avenir des langues kanak sur le territoire où, chaque année, les 32 langues et dialectes répertoriés perdent un peu plus de locuteurs.

Un constat que fait l’ONU à l’échelle du monde entier puisque selon l’organisation internationale, la grande majorité des langues autochtones est susceptible de disparaître bientôt, car peu parlées par les peuples autochtones.
En effet, toutes les deux semaines, c'est une langue autochtone qui disparaîtrait, selon l'ONU, mettant en péril les cultures et les systèmes de connaissances qui lui correspondent.
 
 

La femme : pièce maîtresse du débat

En Guyane, le rassemblement est organisé sur trois jours. Conçu par des associations impliquées dans la culture amérindienne, celui-ci prévoit des expositions, des ateliers de découverte de l’art culinaire, des jeux, des prestations artistiques et des concours, à l’instar du concours du meilleur carbet amérindien (aoutõ).
 
Placée au cœur de l'événement, la femme fera l’objet d’une table ronde intitulée "La voix des femmes autochtones". Une femme autochtone et rurale qui se caractérise par son "leadership", selon les chefs de file des peuples autochtones et des communautés de 42 pays ayant réagi au récent rapport du Groupe international d’experts sur le climat (GIEC). "La liberté de nous gouverner nous-mêmes, de tirer parti de nos connaissances traditionnelles et de nous adapter aux bouleversements des contextes qui sont les nôtres est capitale pour un avenir plus durable et plus résilient, en particulier à travers le leadership des femmes autochtones et rurales" ont-ils déclaré, rapporte Le Monde.

Une femme "leader", qui a pourtant encore bien du mal à se libérer rappelle l'ONU Femmes. "Au cours de leur vie, plus d'une femme autochtone sur trois sont violées" rappelle sur Twitter l'organisation des Nations unies consacrée à l'égalité de sexes et à l'autonomisation des femmes dans le monde entier.
 
  

"Gardiens des terres et des forêts du monde"

En réponse au GIEC, et dans le contexte de l’augmentation de la déforestation en Amazonie et de la mort, le 23 juillet dernier, du chef indigène Emyra Wajãpi dans une rivière de l’État de l’Amapa (nord du Brésil), les chefs de files des peuples autochtones de ces 42 pays couvrant 76% des forêts tropicales du monde, se sont félicité de la reconnaissance par le groupe d'experts que "sécuriser [leurs] droits constituait une solution de premier ordre à la crise climatique."

« De nombreuses études scientifiques démontrent notre rôle central en tant que gardiens des terres et des forêts du monde, écrivent-ils. Garantir les droits communautaires sur les terres et les ressources est essentiel à la gestion durable et à la conservation des forêts (…). »


Cette journée intervient près d’un mois après la 12ème session du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, organisée à Genève du 15 au 19 juillet dernier.
À cette occasion, Ileen Colom et Yolène Koteu – Kali’na (amérindienne) pour l’une, Kanak pour l’autre – étaient intervenues devant les représentants des États membres de l’ONU pour évoquer des problématiques propres à leur peuple.
Déjà elles avaient abordé la place des femmes dans les sociétés autochtones, mais aussi les projets industriels qui menacent leurs terres et leurs habitations.