Or de Guyane et nickel de Nouvelle-Calédonie, les nuances du WWF France

VALE
© AFP | Usine de nickel (VNC) du groupe minier brésilien Vale en Nouvelle-Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, le nickel est un enjeu économique assumé. L’industrie minière et les trois grandes usines du Territoire représentent des milliers d’emplois. "L’or vert" (couleur du nickel) calédonien peut-il être une référence pour "l’or jaune" guyanais ?

 

Alain Jeannin (avec Bruno Sat) Publié le , mis à jour le

En visite, la semaine dernière en Nouvelle-Calédonie, Pascal Canfin, président du WWF France (Fonds Mondial pour la Nature), a estimé que le Territoire devait tirer profit de son capital naturel pour se développer. Le WWF va renforcer sa présence dans le pays. Au vu de son opposition au projet minier de la Montagne d’or en Guyane, le quotidien Les Nouvelles Calédoniennes l’a interrogé sur l’industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie. Le ton est plus modéré que pour le dossier amazonien : "On n’est pas dans un rapport oui ou non. Les questions qu’il faut se poser, c’est si cette activité est utile, s’il existe des alternatives. Le nickel, plus que l’or du projet en Guyane, est utile dans la vraie vie, pour la transition en particulier. Il peut tout de même y avoir des objectifs de transition, avec la baisse de la part du nickel dans l’économie. Et il faut limiter au maximum son impact, s’interroger sur les mesures de compensation environnementale, sur les zones à sanctuariser. Je sais qu’il y a des propositions en la matière, et le WWF les soutiendra."

"Terre de nickel"

Pascal Canfin tient compte de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, cette "terre de nickel" et de l’apport de l’industrie minière calédonienne en termes de développement économique et d’emplois. Et il sait bien que la création, justement, d’une usine dans le Nord du territoire a été un des points majeurs du rééquilibrage économique en cours, en faveur des Kanaks. Elle est détenue majoritairement par la SMSP (Société Minière du Sud Pacifique), elle-même propriété de la Province Nord, indépendantiste, en partenariat avec Glencore le géant du négoce des matières premières. Et les Provinces calédoniennes détiennent aussi des participations dans les deux autres usines du territoire, la SLN et Eramet mais aussi VNC (Vale).

Ces raisons ne semblent pas s’appliquer au projet Montagne d’Or en Guyane, susceptible cependant d’évoluer par une prise de participation de la Collectivité Territoriale de Guyane. En effet, sur le site du Figaro, Pascal Canfin rappelle que "la France ne peut pas vouloir être un des leaders mondiaux de la diplomatie verte et mener ce projet à son terme. Elle ne peut pas ouvrir un nouveau front dans l’Amazonie française pour produire de l’or qui va, pour l’immense majorité, finir dans les caisses des banques centrales. D’autant que l’utilité sociale et les retombées sont extrêmement faibles pour le territoire. C’est un projet du passé. La concession date de 1946. Elle doit à nouveau être validée par le gouvernement le mois prochain. Il faut qu’il refuse et, ainsi, mette définitivement fin à ce projet. Aujourd’hui, sept Guyanais sur dix y sont opposés." Le WWF France poursuit donc sa mobilisation contre le projet Montagne d’or, dans le cadre, notamment, du Collectif guyanais "Or de Question".

La JAG en Nouvelle-Calédonie

Un Collectif auquel appartient également la Jeunesse Autochtone de Guyane (JAG). Des membres de cette association se trouvaient, eux aussi, la semaine dernière en Nouvelle-Calédonie. Leur opinion sur l’industrie du nickel, en particulier l’usine du Sud (Goro nickel) est beaucoup plus tranchée que celle de Pascal Canfin et du WWF France. Dans un commentaire et des photos postés sur Twitter, on peut lire : "Visite de la mine de la Province Sud exploitée par Vale, responsable du crime contre le peuple Krenak et Rio Doce (au Brésil, ndlr). Les déchets miniers, les digues de rétention, l’usine de transformation, l’alimentation énergétique… Voilà ce qu’ils veulent faire en Guyane".

Argument aux opposants... et aux partisans

En fait, le procédé hydrométallurgique de l’usine de nickel du Sud en Nouvelle-Calédonie est effectivement assez proche de celui qui serait utilisé pour l’usine de la Montagne d’or en Guyane. Les fuites d’acide et autres problèmes environnementaux qu’a connus l’usine calédonienne servent ainsi d’argument aux opposants guyanais de Montagne d’or. Mais aussi paradoxalement aux concepteurs du projet... Car celui qui a résolu les problèmes de fuites d’acide et contribué à optimiser les protections environnementales de l’usine du Sud, s’appelle Pierre Paris. Il est aujourd'hui le président de Montagne d’Or en Guyane. Pour les uns c'est donc un atout, qui permettra de créer une exploitation responsable. Mais pour les autres il symbolise cette industrie minière qui avait dérapé en Nouvelle-Calédonie.

Enfin, pour la petite histoire, Michel Jebrak, le géologue français responsable de la formation professionnelle du projet de Montagne d’or, se trouvait au même moment que les représentants de la Jeunesse Autochtone de Guyane, dans l’usine calédonienne du Sud. Il n’a sans doute pas tiré les mêmes conclusions que les opposants guyanais au projet…

Position du WWF 

WWF France demande L’abandon du projet Montagne d’Or, une mine d’or industrielle qui pourrait voir le jour en plein cœur de la forêt amazonienne guyanaise, symbole d’un modèle de développement du passé qui oppose développement économique et protection de l’environnement.

Réaction de la société Montagne d'or

"La Compagnie Montagne d’Or a pris connaissance des dernières déclarations de WWF France, dans lesquelles WWF France met en cause le projet Montagne d’Or en Guyane. La Compagnie Montagne d’Or constate que WWF continue de colporter les mêmes contrevérités et informations erronées sur ce projet en dépit des échanges et des informations diffusées à l’occasion du débat public organisé en Guyane sur le projet Montagne d’Or. La Compagnie Montagne d’Or fait toute confiance à la puissance publique pour mener la procédure d’examen du projet Montagne d’Or dans un cadre approprié, dégagé de toute tentative d’instrumentalisation du débat et en se fondant sur des informations vérifiées."

 

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