La Guadeloupe face au "déclassement" des salariés, selon l'Insee

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© P. Triay / FTV | La rue Frébault à Pointe-à-Pitre.

En Guadeloupe, quatre actifs sur dix sont en situation de déclassement scolaire au début de leur carrière professionnelle, selon l’Insee. C’est-à-dire qu’ils exercent un métier pour lequel ils sont surqualifiés. Explications.

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

D’après une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), se basant sur des chiffres de 2014 pour la Guadeloupe, « 37 % des actifs occupés et des chômeurs ayant déjà travaillé occupent un emploi dont les qualifications attendues sont en deçà de leur niveau de formation. Cela représente cinq points de plus que dans l’hexagone. »

Alors que les cadres et assimilés sont relativement épargnés, c’est dans les catégories les plus modestes (ouvriers, employés, commerçants, artisans, agriculteurs et même chefs d’entreprises) que l’on trouve le plus de déclassés. « Ce constat s’explique dans une certaine mesure par la présence d’un nombre important de non diplômés dans la structure de la population active de Guadeloupe. Ils représentent, en effet, 30 % des actifs de l’archipel contre 14 % dans l’hexagone », relève l’Insee.
 

Surqualification

Le niveau scolaire moyen plus élevé de la jeune génération est aussi l’une des raisons de la surqualification. « Au fil des décennies, la généralisation de l’accès à l’enseignement supérieur a permis d’accroître la part des diplômés de niveau ‘Bac ou plus’ dans la population des 21 à 64 ans. Dans cette génération, plus diplômée et par conséquent plus exposée au déclassement, les bacheliers, les diplômés d’un CAP-BEP ou d’un Bac + 5 sont les plus impactés par le phénomène », précise l’étude.
 
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© Insee

La forte représentation des seniors non diplômés dans la population active, à laquelle s’ajoute la réforme des retraites, favorise également le phénomène de déclassement. Depuis 2010, la réforme des retraites prolonge en effet la durée d’activité, freinant le remplacement progressif des titulaires par de nouveaux entrants dans le monde du travail.
 

Obstacles

Par ailleurs, « l’évolution socio-économique, qui se traduit en Guadeloupe par le vieillissement de la population active et la tertiarisation de l’économie, impacte également le déclassement. Le marché de l’emploi y est restreint : la moitié des personnes âgées de 15 à 64 ans occupe effectivement un emploi (elles sont deux tiers dans l’Hexagone, hors île de France). Associée à des départs en retraite plus tardifs, la concurrence entre les diplômés pour occuper un premier emploi est renforcée », poursuit l’Insee, alors que les offres d’emploi ne sont pas suffisamment diversifiées.

De même, « pour pouvoir s’insérer sur le marché du travail régional, une partie des Bac + 5 ou plus doivent accepter un emploi dont les qualifications attendues sont inférieures à leur niveau de formation. Leur porte d’entrée dans la vie active en Guadeloupe est potentiellement la catégorie des emplois intermédiaires, dont les évolutions socio-économiques ont accentué l’importance dans l’emploi total. » Face à ces obstacles, un quart des jeunes ayant un Bac + 5 choisissent de créer leur propre emploi. D’autres optent pour un départ vers l’hexagone ou vers d’autres cieux (Amérique du Nord) dans l’espoir de meilleures opportunités.
 
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© Insee

L’étude de l’Insee indique aussi que le risque de déclassement décroît lorsque l’âge de l’individu augmente : « Un jeune en début de carrière présente un risque plus fort d’être en situation de déclassement scolaire qu’un senior. Une des causes pourrait être la mutation économique de la Guadeloupe, ayant eu pour conséquence une transformation considérable de l’offre de premier emploi pour les jeunes, moins diversifiée qu’il y a 30 ans, et avec une majorité d’emplois tertiaires. » Il faut noter également que les exigences des employeurs sont à la hausse concernant les diplômes. Ceux qui obtiennent un CAP ou un BEP doivent de plus en plus choisir une certification qualifiante pour pouvoir entrer dans la vie active, alors qu’il était plus facile autrefois, pour la génération senior, de trouver un emploi même sans diplôme.