Festival d'Avignon : "Sang Négrier", entre cruauté et folie

sang negrier
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Au Festival Off d’Avignon, dans le cadre du théâtre Al Andalus, on peut retrouver ce seul-en-scène passé il y a quelques semaines par Paris. Il est interprété par Bruno Bernadin et mis en scène par Khadija El Madhi, à partir d’un texte remarquable signé Laurent Gaudé.
 

Par Patrice Elie-Dit-Cosaque Publié le , mis à jour le

Le texte signé Laurent Gaudé sur lequel se fonde le spectacle « Sang Négrier » a ce quelque chose de rare pour une pièce abordant le thème de l’esclavage : il est narré du point de vue du négrier tout en dénonçant la bêtise, la méchanceté et la cruauté des hommes. Bien qu’adoptant le regard d’un capitaine de vaisseau faisant commerce de l’esclavage, il n’y a aucune ambiguïté dans ce « Sang négrier » mis en scène par Khadija El Madhi, pas plus que dans le texte, fort, de Laurent Gaudé. En racontant comment cet officier décide de faire halte inopinément à Saint-Malo, la cale chargée de ce « bois d’ébène » dont la France faisait son horrible profit, et comment lui et ses hommes doivent faire face à l’évasion de cinq esclaves, pas de doute sur la morale qui s’en dessine.
 

Étrange vengeance

S’il est question de sauvagerie, elle n’est évidemment pas du côté de ces soi-disant « sauvages » de Noirs, comme l’époque - et les Occidentaux de l’époque - les considéraient. On la trouverait plutôt du côté de l’équipage qui mènera une traque effrénée de ces quelques esclaves échappés. Et quand l’un de ces esclaves rebelles va entreprendre son étrange vengeance, c’est bien le capitaine du vaisseau qui va sombrer peu à peu dans la folie.

« Sang Négrier », un spectacle très sobrement mis en scène par Khadija el Madhi, allié à une scénographie qui se limite pratiquement à un bois dressé symbolisant tour à tour le bateau ou la chambre dans laquelle le capitaine va se terrer. L’interprète Bruno Bernadin, seul en scène, rend intelligemment et sensiblement cette déchéance de celui qui était le maître et qui devient progressivement esclave de sa haine, puis de ses peurs. Et de se dissimuler pendant un temps derrière un masque comme s’il était besoin de dissimuler à nos yeux la cruauté de l’humanité ou plutôt pour mieux nous la faire voir…

"Sang Négrier", de Laurent Gaudé, avec Bruno Bernardin - Mise en scène : Khadija El Madhi
Al Andalus théâtre, 25 rue d'Amphoux, 
Avignon
Du 6 au 29 juillet à 13h15 (relâche les 9, 16 et 23) - Durée 1h10