Jacques Vernaudon, membre du jury : « Donner à connaître est un des enjeux du documentaire »

Jacques Vernaudon

Jacques Vernaudon, maître de conférences en linguistique à l’université de la Polynésie française, est membre du jury du FIFO.

Lucie Rabréaud / FIFO 2020 (MEL : IB) Publié le

L’audiovisuel était son premier choix professionnel avant de bifurquer sur la linguistique. Jacques Vernaudon a toujours gardé cet attachement à ce secteur et cet émerveillement pour les documentaires. 
 

Avant d’étudier la linguistique, vous avez étudié la prise de vue ?


Oui, j’ai une formation dans la prise de vue et j’ai accompagné quelques équipes de tournage. Je n’ai pas poursuivi car j’ai été ‘appelé’ en quelque sorte par la linguistique, j’ai donc bifurqué sur l’étude des langues, le tahitien d’abord, puis les langues océaniennes en général. Mais j’ai gardé une certaine sensibilité pour le domaine de l’audiovisuel. 


Aimez-vous regarder des documentaires ?


Lorsque je faisais mes études à Paris, j’allais tous les ans au Cinéma du Réel, un festival international de films documentaires, qui se passe à Beaubourg. C’était, pour moi, un émerveillement à chaque fois. Ce qui était intéressant était le regard porté par les réalisateurs, comment ils traitent un sujet. J’ai une grande fascination pour un réalisateur qui s’appelle Frederick Wiseman. Pour son documentaire « Titicut Follies » sur une prison d’État psychiatrique, il a tourné 300 heures et en a tiré un film d’une heure. Il n’y a aucun commentaire. On regarde, on voit. Avec le montage et la bande son, il fait passer des émotions extrêmement fortes. Ce documentaire m’a beaucoup marqué. Il a travaillé dans un zoo, un grand magasin, dans des institutions à caractère systémique, dont il révèle le système à travers des images et des sons. L’écriture cinématographique pour donner à voir le réel me fascine beaucoup. 

C’est la première fois que vous êtes membre du jury du FIFO. Comment avez-vous répondu à cette proposition ?


J’ai d’abord hésité pour des raisons professionnelles et puis j’ai trouvé une organisation qui me permette d’assurer mes fonctions de jury au FIFO et mon travail à l’université. Ce qui m’a plu dans cette idée était cette occasion de voir tous les films en compétition et un échantillon des films hors compétition. De pouvoir y consacrer du temps. Et la discussion avec les autres membres du jury va être très intéressante. Je sais que je vais apprendre des choses, découvrir des pays, des îles. J’y vais aussi par intérêt intellectuel. Je vais aussi découvrir ce qui attire l’attention des auteurs, ce qui fait sens pour les sociétés océaniennes aujourd’hui, quelles sont les thématiques dominantes. 

Comment envisagez-vous votre responsabilité en tant que jury ?


Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Ayant travaillé sur les langues et les cultures océaniennes, je pense avoir un regard aiguisé sur ce qui fait sens dans les sociétés locales. Mon rôle sera peut-être d’apporter une forme d’expertise universitaire sur la manière dont les sujets sont traités. Je ne parle pas du traitement cinématographique mais sur la manière dont la réalité empirique des sociétés est abordée. Est-elle déformée ou au contraire est-elle restituée de manière pertinente, même si les réalisatrices ou les réalisateurs y apportent leur regard particulier ? Car c’est un des enjeux du documentaire : donner à connaître. D’une certaine manière, les documentaires sont censés informer. Il y a une dimension émotionnelle, un certain regard, une certaine écriture, mais ces films doivent garder une dimension informative ancrée sur le réel. Je pense avoir une ‘petite’ connaissance des réalités sociologiques, linguistiques et culturelles qui me permettra d’apprécier si les documentaires déforment ou rendent compte de la réalité tout en y apportant une certaine sensibilité, un certain regard. 

Vous êtes-vous déjà intéressé aux films en compétition ? Quels étaient les sujets, les pays, les thématiques abordés ?


J’ai lu les résumés. J’attends de les voir. Je sais que quel que soit le sujet, c’est vraiment le traitement qui fait la différence. On ne fait pas un bon film parce qu’on a choisi un bon sujet, on fait un bon film parce qu’on fait un traitement intelligent du sujet. C’est une œuvre de création même si c’est du documentaire. 
 

Que pensez-vous du festival ?


Je pense que c’est une chance extraordinaire que ce festival existe, qu’il soit organisé ici, en Polynésie. C’est une ouverture, une fenêtre ouverte sur le Pacifique. Tous les ans, on a cette chance d’avoir accès aux regards des réalisatrices et des réalisateurs sur la réalité océanienne et aux thématiques sur lesquelles ils ont travaillé et pour lesquelles la population locale est sensible. J’ai hâte de voir les films et d’entrer en discussion avec mes collègues du jury.