Planète outre-mer

Une chronique présentée par Caroline Marie

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Montagne d'Or, un projet à haut risque ? [Planète Outre-mer 2/3]

Montagne d'or, le site

Le premier volet de cette série de reportages consacrés à Montagne d'Or a abordé les aspects économique et social de ce projet. Ce second article vous propose de revenir sur les enjeux environnementaux et les risques industriels de ce projet de mine industrielle au coeur de la forêt guyanaise.

Caroline Marie
Publié le , mis à jour le

Le projet de mine Montagne d’or prévoit de creuser une fosse gigantesque équivalente à 32 Stade de France soit 2,5 kilomètres de long sur 500 mètres de large et 400 mètres de profondeur. Le tout au coeur de la forêt guyanaise, à seulement quelques mètres des réserves intégrales de Lucifer et Dékou-Dékou (première et plus vaste réserve biologique intégrale de France)

Selon une note d'information du ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer à laquelle nous avons eu accès, les promoteurs ont prévu d'utiliser 20 tonnes d'explosifs par jour et ainsi d’extraire 12500 tonnes de minerai au quotidien, dont le stockage pose problème.

L'extraction minière a des impacts incontournables sur l'environnement et en particulier sur les courts d'eau
© Jody Amiet | L'extraction minière a des impacts incontournables sur l'environnement et en particulier sur les courts d'eau

La gestion des eaux de ruissellement, un défi à haut risque

Ces volumes gigantesques de roches profondes exposés à l’air libre et à la pluie tropicale vont se dégrader en laissant échapper des éléments chimiques comme l'arsenic ou le plomb qui sont réputés comme étant encore plus dangereux que le mercure. C'est ce qu'on appelle le drainage minier acide. Ce phénomène chimique va polluer l’air et aura un impact sur les cours d'eau aux alentours et à terme, cela se retrouvera jusque dans les fleuves. Une question s'impose : les porteurs de projet ont-ils les moyens de contenir ces pollutions ?

Le Drainage minier acide, c’est automatique. Le fait d’extraire de la roche du sol et d’entasser celle qui n’est pas exploitable provoque une réaction chimique. Car dans ces roches non exploitées, même s’il n’y a pas d’or, il y a plein d’autres composants comme de l’arsenic, du plomb etc. Et l’air comme l’eau de pluie vont provoquer sur ces roches une réaction chimique. Ces composés vont se retrouver dans la terre, dans le sol et par ruissellement dans les cours d’eau et cela va ainsi polluer toutes les rivières de Guyane déjà mises à mal. Je ne sais pas si les porteurs de projet ont trouvé une solution pour éviter cela mais je ne vois pas comment ils vont pouvoir l'empêcher.

- Marion Weber, de l’association France Libertés


Toujours selon la note d'information du ministère de l'environnement, "la gestion des eaux en regard de la pluviomètre et de la dimension du projet est un défi particulier"(...) "le projet lui-même va transformer radicalement et définitivement le site d'extraction à proximité d'un site biologique remarquable."  
 

Une mine classée Seveso Seuil Haut

Pour extraire l’or, les promoteurs prévoient d’utiliser 10 tonnes de cyanure au quotidien avec un stockage de 300 tonnes. Un procédé qui implique des risques industriels. Une usine de traitement de minerais classée Seveso Seuil Haut et dont la hauteur des bassins de décantation pose toujours problème. Un sujet sensible au regard des 15 ruptures de digues qui ont eu lieu à plusieurs reprises dans le monde depuis 2010.

Le Brésil voisin a connu déjà plusieurs drames de ce type. Des barrages chargés de retenir les déchets toxiques de différentes mines ont cédé. La catastrophe la plus médiatisée est survenue le 5 novembre 2016 à Mariana dans le Sud du pays. 
Depuis les années 90, la Guyane connaît une ruée vers l'or. L'activité suit le cours de l'or qui n'a cessé d'augmenter. Nombreux sont ceux qui craignent que le projet Montagne d'or attire de nombreux garimpéros et provoque un front pionner en particulier le long de la route de 125 kilomètres qui va relier le projet à Saint-Laurent du Maroni. Toujours selon cette note du ministère de l'environnement "l'implantation d'une base vie (le PLU de Saint Laurent du Maroni devra être modifié) en pleine forêt va bouleverser le territoire sur le plan humain".
 

Transports et électricité, deux autres enjeux majeurs

Le projet de site minier est situé au Sud de la ville de Saint-Laurent du Maroni. Il est accessible aujourd’hui par une piste de 125 km. Il est prévu de l’élargir. Les promoteurs ont annoncé qu’ils pourraient prendre ces travaux d'élargissement de la route à leur charge mais quid de son entretien ? 

La route ce n'est pas le problème le plus compliqué dans la mesure où on a déjà un accès qui existe. Il faudra surtout la renforcer pour qu'elle soit aux dimensions du projet car c'est chaque jour des tonnages très importants de matières explosives et de cyanure et il faudra surtout qu'elle soit sécurisé aussi bien en saison sèche, qu'en saison des pluies.

- Alain Coppel, agent de l'Office National des Forêts en Guyane


Autre question et non des moindres : l’alimentation en électricité de ce projet nécessite une puissance de 20 MW soit 20 % de la consommation d’électricité actuelle de la Guyane. (Lire en cliquant ici le premier volet de ces articles consacrés à Montagne d'or).

Deux solutions sont à l’étude : une centrale au fioul sur site ou la création d’une ligne à haute tension pour un raccordement au réseau. C’est cette seconde hypothèse qui est privilégiée par les promoteurs car cela leur reviendrait beaucoup moins cher, d’autant qu’ils pourraient alors bénéficier de tarifs préférentiels.

En Guyane, particuliers et entreprises bénéficient de la péréquation. Ainsi, quel que soit le prix de l’électricité à la fabrication, le consommateur paie le même tarif que dans l'hexagone. Selon l'étude par le WWF de deux documents divulgués par les compagnies à l'origine du projet Montagne d'Or, le prix du KWh serait fixé à 11 centimes d’euros contre 19 centimes si Montagne d’Or était contrainte de fabriquer elle-même son électricité. Soit un écart de 8 centimes d’euros. Ainsi, selon les calculs du WWF, le projet devrait consommer 1 674 220 000 kWh ce qui représente une économie sur le prix de l’électricité de 129 millions d’euros. Pour le WWF, cette économie "sur le dos du contribuable" n'est rien d'autre qu'une subvention qui ne dit pas son nom.


Deux autres projets miniers dans l'Ouest guyanais

Toujours à l’Ouest de la Guyane, il y a le projet "Espérance" porté par la compagnie du même nom sur le territoire des communes d’Apatou et de Grand Santi, en bordure du fleuve Maroni. Le projet Newmont devrait quant à lui se situer sur le secteur dit "Bon espoir" au nord de la réserve intégrale de Lucifer dans la commune de Saint-Laurent et donc au nord de Montagne d'or, en bordure de la Mana, un fleuve de Guyane. La commune de la Mana est le grenier agricole de la Guyane. 


Selon un sondage IFOP 69 % de la population guyanaise est contre le projet

Après trois mois de débat public, le WWF a souhaité connaître l'opinion de la population guyanaise. L'ONG a commandé un sondage à l'IFOP. Sur les 600 guyanais interrogés, 69 % se déclarent opposées au projet de mine industrielle Montagne d'Or. Seuls 6 % des sondés se disent indécis. L'IFOP a choisi une méthodologie d'échantillon par quotas pour avoir une représentativité de la population par sexe, âge, catégorie sociaux professionnels et de l'ensemble du territoire. Le sondage a été fait par téléphone fixe et mobile. 

Les résultats de ce sondage n'étaient pas une évidence pour nous. Beaucoup d'élus affirment que l'opinion publique est favorable à ce projet mais que c'est Paris ou les Améridiens qui s'y opposent, mais non ! C'est évidement les ONG, évidement les amérindiens, mais aussi l'immense majorité de la population guyanaise.

- Pascal Canfin, directeur général du WWF France