Drogues : les Antilles-Guyane prennent une part de plus en plus importante dans le trafic international de cocaïne

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L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies vient de publier son rapport annuel. L’organisme y détaille la fonction de plaque tournante des Antilles françaises et de la Guyane dans le trafic international de cocaïne. Des territoires qui prennent une part de plus en plus importante.

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

Le rapport de l’OFDT, adressé chaque année à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, fait état des principales évolutions du phénomène des drogues et des toxicomanies en France. Le document compte dix cahiers, dont l’un, intitulé « Marché et criminalité », analyse notamment le trafic de cocaïne aux Antilles-Guyane.

Concernant cette drogue, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) note que depuis quelques années le port du Havre est devenu une porte d’entrée majeure de la cocaïne sur le territoire français. « Cette évolution s’explique par les connexions entre le port de Fort-de-France et le Havre dans un contexte où les Antilles françaises deviennent une zone rebond majeure de la cocaïne destinée à la France et l’Europe. Le produit part de Colombie, transite par le Venezuela, et atteint la Martinique en passant par la mer des Antilles », explique le rapport. Par ailleurs, les services de police estiment qu’entre 15 et 20 % des saisies annuelles de cocaïne sur l’ensemble de l’Hexagone proviennent de Guadeloupe et de Martinique.

Filière guyanaise 

La Guyane s’affirme également, et de plus en plus selon l’OFDT, comme une source importante de la cocaïne destinée à la France voire au marché européen. Depuis deux ans, le trafic de « mules » empruntant la voie aérienne entre la Guyane et la métropole est en forte augmentation. Le document précise que « la topographie du département présente de multiples avantages pour les trafiquants, notamment un réseau fluvial très dense et la forêt équatoriale couvrant près de 90 % de la superficie du territoire ». Le trafic a « explosé » depuis cinq ans, d’après l’OFDT. Par ailleurs, « du fait de dispositifs sécuritaires plus vulnérables, la Guyane constitue (…), pour le crime organisé surinamien, un point stratégique pour l’exportation de cocaïne, via Cayenne et son aéroport international. »

La cocaïne transitant par la Guyane est équivalente en qualité (pureté de 70 % minimum) mais deux fois moins chère (5000 euros en moyenne le kg) que celle acquise aux Antilles ou en République dominicaine. Au regard de ce prix et compte tenu de la précarité des habitants, la filière guyanaise pourrait prendre de plus en plus d’ampleur dans les années à venir. Des phénomènes similaires à ceux qui ont cours en Martinique sont à l’œuvre, avec l’émergence d’un marché local et de trocs de résine de cannabis contre de la cocaïne (Observatoire français des drogues et des toxicomanies).


En 2016 la Guyane a joué un rôle croissant dans l’approvisionnement de l’Hexagone en cocaïne. « Alors qu’en 2010, 3 % de la cocaïne saisie en France (soit 129 kg) provenait de ce département, en 2016 la proportion s’élève à 14 % (1160 kg sur 8532 kg). En six ans, les quantités saisies en provenance de Guyane ont été multipliées par près de neuf. En outre, sur le territoire de la Guyane, entre 2011 et 2016, les interpellations de passeurs ont été multipliées par quatre, passant de 88 en 2010 à 356 en 2016 », relève encore le texte.

Le rapport de l’OFDT souligne aussi qu’un marché de gros de la cocaïne existe dans les Antilles françaises, où les prix sont beaucoup plus bas, puisque les dealers peuvent y obtenir le produit aux prix de 6000 à 9000 euros le kilo, contre 34.000 euros dans l’Hexagone.

Des solutions ? 

Quelles sont les solutions mises en œuvre contre ces trafics ?
L’OFDT rappelle qu’il existe un plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017, et sa déclinaison dans le Plan d’actions 2016-2017, qui comprend un axe relatif à l’intensification de la lutte contre les trafics, avec des objectifs précis :
Agir en amont des trafics ; adapter la réponse publique à l’échelle des trafics de stupéfiants ; renforcer la lutte contre le blanchiment des capitaux illicites ; agir sur les grandes tendances émergentes en matière de production et d’offre ; et promouvoir une action ciblée de lutte contre le trafic de stupéfiants en Outre-mer, à savoir entre autres « renforcer la lutte contre le trafic inter-îles dans les Antilles », et celle de « l’action du Centre interministériel de formation anti-drogue (CIFAD) de Fort-de-France à destination des États voisins des départements français d’Amérique ».