Documentaire : "Black Indians", l’âme musicale de la Nouvelle-Orléans

Black Indians

Actuellement dans les salles, le film "Black Indians" revient sur une tradition qui a façonné l’histoire de la Nouvelle-Orléans depuis plus de 300 ans. Le Mardi Gras, des groupes musicaux afro-américains, déguisés en Indiens, rendent hommage aux nations amérindiennes de la région.

Philippe Triay
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Chaque année à la Nouvelle-Orléans, c’est une quarantaine de groupes qui se déguisent en Indiens pour le Mardi Gras et la nuit de la Saint-Joseph. Particularité, ces groupes sont majoritairement composés de Noirs Américains qui défilent dans leurs quartiers, en marge du carnaval officiel. Cette tradition, qui a plus de 300 ans, a été transmise de génération en génération et remonte à la période esclavagiste. Pour les Afro-Américains, c’est une manière de rendre hommage aux communautés amérindiennes au sein desquelles de nombreux esclaves en fuite avaient trouvés refuge.
 

Démarche de résistance

Le film "Black Indians" explore cette tradition en immersion et en donnant la parole à de nombreux protagonistes. Durant un an, les réalisateurs ont suivi les Black Indians, leurs préparatifs, leurs veillées, leurs rituels et leur lutte politique, partie intégrante de leur démarche culturelle de résistance aux oppressions. Le documentaire témoigne de l’expérience historique et encore quotidienne des Noirs Américains avec la police et la justice, marquée par la discrimination et le racisme. "La loi était faite pour nous contrôler, pas eux", dit un membre des Black Indians. "Ils te mettent trois ou quatre chefs d’accusation sur le dos pour t’envoyer en prison, où tu travailles pour rien."

Un autre rappelle que le Black Mardi Gras Indien existait bien avant que le jazz eût envahi la Nouvelle-Orléans. Chez les Black Indians, les chants de résistance puisent dans les traditions musicales afro-américaines, comme les spirituals et les hymnes remontant à l’époque de l’esclavage, ainsi que dans les rythmes amérindiens. "Nous sommes le peuple de la transe, nous parlons à l’esprit. L’esprit descend en nous. Ce lieu est notre église. Les arbres, le ciel, le souffle de l’air, la terre, les fleurs…" dit un "chief" d’une tribu des Black Indians.