Deux comédiennes d’origine antillaise jouent à Paris dans une pièce de Corneille, Le Menteur

Le Menteur
© Anne Gayan | Aurore Déon et Karine Pédurand " le Menteur" de Corneille jouent jusqu’au 18 février au théâtre de la Tempête à Paris.

Aurore Déon et Karine Pédurand jouent jusqu’au 18 février au théâtre de la Tempête à Paris dans une pièce classique : Le Menteur, de Corneille. 

Denis Rousseau-Kaplan Publié le , mis à jour le

Sur scène, par leur jeu et leur présence, les deux comédiennes nous transportent dans l’univers de Corneille. La mise en scène très originale, le texte de Corneille ainsi que les costumes contemporains apportent une note actuelle qui ravit le public au théâtre de la Tempête à Paris. 

Dans cette pièce, Dorante (Le Menteur) se retrouve mêlé par ses mensonges à un imbroglio sentimental entre Lucrèce (Aurore Déon), et Clarisse (Karine Pédurand). Par jeu, la pétillante Lucrèce se fait passer pour sa cousine Clarisse… Dans cette comédie baroque, le monde n’est qu’un jeu et un théâtre. Corneille pose cette question toujours actuelle :

Toute position de pouvoir ne s’établit-elle pas sur le mensonge et la fiction ?


La question de la vérité, passionnante et intemporelle

Le Menteur
© Anne Gayan

"Les classiques nous posent toujours le défi de leur résonance et de leur nécessité à les jouer aujourd’hui, autant sur la forme que le fond", affirme Aurore Déon.

Avec le texte de Corneille et la direction de Julia Vidit, j’ai surtout découvert un alexandrin actif, dense, épique qui ne laisse pas le comédien en paix et demande à être en bonne intelligence avec lui. Mais surtout, la question de la vérité et du mensonge est passionnante et intemporelle : comment chacun s’arrange avec ça ?


Et Aurore Déon d'ajouter, "Julia Vidit a voulu mettre en scène une jeunesse dorée, un cercle fermé et codifié que Dorante veut intégrer. Karine et moi avons une longue préparation maquillage/coiffure/habillage pour rendre compte de cette sophistication et de ce jeu d’apparence. Nous nous amusons donc beaucoup, toutes les deux et tout au long de la pièce, à tout déconstruire et faire valser ses codes : moi dans le fait de me grimer, elle dans sa quête de vérité absolue."

La place des femmes au cœur des débats

Le Menteur
© Anne Gayan | Karine Pédurand et Barthélémy Meridjen

"Le Menteur est ma première pièce en alexandrins", indique Karine Pédurand qui joue le rôle de Clarisse. "J'avais déjà abordé des pièces classiques, mais je n'avais pas encore eu l'occasion de dire des vers devant un public. En plus d'une forme de frayeur, cette expérience est surtout, bien évidemment très excitante !! J'aime dire que "l'alexandrin est plus fort que toi"! Mais avec Julia Vidit, nous avons beaucoup travaillé à le faire entendre, sans pour autant complètement disparaître derrière lui. Dans notre proposition, les femmes prennent plus de liberté, avec les codes, avec la langue. Vers une expression plus appuyée de leur soif de liberté, ajoute t-elle. 

La question de la place, du rôle, de la façon dont sont traitées les femmes est plus que jamais au cœur des débats de ces derniers mois. Aurore et moi ne nous étions jamais rencontré. Nous nous sommes tout de suite très bien entendues. Cette entente rend le travail donc plus aisé sur les personnages de Lucrèce et Clarice. L'écoute, la réflexion, l'échange sur ce qui se vit, se joue au plateau est permanent. Nos personnages, à mon sens, en sortent plus grands. (Karine Pédurand)