La Cour internationale de justice donne raison aux Chagossiens face au Royaume-Uni

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La Cour internationale de justice a déclaré, ce lundi, que le Royaume-Uni était "tenu dans les plus brefs délais de mettre fin à son administration" des Chagos, archipel britannique de l'océan Indien dont la souveraineté est revendiquée par l'île Maurice depuis plusieurs décennies.

ALB (avec AFP) Publié le , mis à jour le

"Le Royaume-Uni est tenu, dans les plus brefs délais, de mettre fin a son administration de l'archipel des Chagos, ce qui permettra à l'île Maurice d'achever la décolonisation de son territoire", a déclaré le juge président de la Cour internationale de justice (CIJ), Abdulqawi Ahmed Yusuf, dans un avis non contraignant. 

La CIJ a rendu un avis très attendu sur le différend concernant les îles Chagos, un archipel britannique de l'océan Indien qui accueille une importante base militaire américaine et dont la souveraineté est revendiquée par l'île Maurice.

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© Capture d'écran | La séance s'est tenue sous la présidence de M. Abdulqawi Ahmed Yusuf.

Treize des quatorze juges qui siégeait ce lundi à La Haye ont estimé que le Royaume-Uni devait mettre fin "dans les plus brefs délais" à son administration de l'archipel, ajoutant que "le processus de décolonisation de Maurice n'a pas été validement mené à bien".
 

2.000 Chagossiens expulsés

Les Chagos se trouvent au cœur d'un litige vieux de cinq décennies, depuis la décision britannique de séparer de l'île Maurice cet archipel en 1965 et d'y installer une base militaire commune avec les États-Unis sur l'île principale de Diego Garcia. Le Royaume-Uni avait expulsé environ 2.000 Chagossiens vers l'île Maurice et les Seychelles pour faire place à cette base, qui a depuis joué un rôle clé dans les opérations militaires américaines.
Chagos
© Handout / CHAGOS REFUGEE GROUP / AFP | Sur cette photo prise le 9 avril 1971, un groupe d’habitants de Diego Garcia dans l’archipel des Chagos apprend l’introduction d’une loi qui les force à quitter leur île pour Maurice ou les Seychelles.

Estimant que Londres "avait illégalement démembré" son territoire, Maurice a depuis engagé une série de procédures judiciaires, dont la première a été introduite en 1975, afin d'obtenir le retour des îles Chagos dans son giron. Dans un coup dur diplomatique pour le Royaume-Uni, l'assemblée générale de l'ONU avait adopté en 2017 une résolution présentée par l'île Maurice et soutenue par les pays africains réclamant que la CIJ donne son opinion sur l'avenir des îles Chagos.
 

Décolonisation

Lors d'audiences tenues à La Haye en septembre, Londres avait exprimé ses "regrets" pour la "manière honteuse" dont les habitants des Chagos avaient été traités en 1965, tout en estimant que la Cour n'était pas l'endroit adéquat pour régler son différend avec l'île Maurice. La CIJ a "le devoir de refuser" de prendre position sur le sort réservé à l'archipel des Chagos, avaient abondé les Etats-Unis.

Alors que la guerre froide s'intensifiait avec l'Union soviétique, le Royaume-Uni avait établi au début des années 1970 une base militaire conjointe avec Washington à Diego Garcia, la plus grande et la plus connue des îles Chagos. Cette base, dont le bail expire en 2036, a depuis joué un rôle clé dans les opérations militaires américaines.
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© USAF / DOD / AFP | Rare prise de vue de Diego Garcia : en octobre 2001, la base sert de zone d'envol pour les bombardements américains sur l'Afghanistan après les attentats du 11 septembre à New York

En septembre, les représentants mauriciens avaient quant à eux argué que "le processus de décolonisation de l'île Maurice restait incomplet", plus de 50 ans après son indépendance obtenue en 1968. Historiquement, l'archipel des Chagos "appartient clairement au territoire mauricien", avaient-ils argumenté devant les juges, recevant notamment le soutien de l'Inde. Celundi 25 février, les juges de la Cour internationale de justice leur ont donc donné raison. 
 

Un avis non-contraignant mais "pivot"

Abdulqawi Ahmed Yusuf a rendu, ce lundi, un avis consultatif, c'est-à-dire non contraignant. Mais l'opinion de la CIJ sur ce différend constitue "un avis pivot" en ce qui concerne "la portée du droit à l'autodétermination et à la décolonisation", estime Dimitri van den Meerssche. 
CIJ
© ABDULLAH ASIRAN / ANADOLU AGENCY | La Cour internationale de justice siège à La Haye, aux Pays-Bas.

Créée en 1946 pour régler les différends entre États membres, la CIJ donne généralement des avis consultatifs à des organes de l'ONU tels que l'assemblée générale.

Regardez ce retour sur l'histoire tourmentée de l'archipel des Chagos réalisé en 2012 par Réunion La 1ère : 

 

La réaction du comité de solidarité Chagos-La Réunion(CSCR)

"Une excellente nouvelle  nous est venue de la Cour Internationale de Justice de La Haye, tribunal rattaché à l’organisation des nations unies.
Saisie par l’Ile Maurice l’Assemblée Générale de l’ONU a décidé de déférer la Grande Bretagne devant la Cour internationale de justice de La Haye pour décolonisation incomplète de l’ancienne colonie de l’Ile Maurice dont ont eu principalement à souffrir nos sœurs et frères chagossiens expulsés de leurs îles paradisiaques pour permettre aux américains et aux anglais de construire une des plus grandes bases militaires à l’étranger aux  visées agressives indéniables contre les peuples de l’océan indien.

Cette expulsion, véritable crime contre l’humanité s’est faîte au mépris des droits humains les plus élémentaires avec déportation des chagossiens dans les bidonvilles  de Maurice et des Seychelles. On se souvient du poids énorme qu’ont pesé les témoignages des déportés chagossiens, particulièrement de la charge émotionnelle du témoignages de Lisbie Alizé devant La CIJ.Gageons qu’après cela l’on ne regardera plus les chagossiens  de la même façon dans les sphères officielles.

Certes l’avis de la CIJ n’est que consultatif mais vu l’importance du tribunal qui a pris la décision et la force des arguments énumérés par les juges ce ne sera pas comme si cet avis n’avait pas été donné. :d’ores et déjà il est acté  que le détachement des Chagos du territoire de l’ancienne colonie de l’ile Maurice a été un acte illégal et La GB est appelée à mettre fin à l’occupation, à restaurer l’autorité mauriceinne sur Les Chagos  aussitôt que possible et à permettre le retour dans leurs îles des  chagossiens.

Chers amis des chagossiens la lutte paie  et on ne dira jamais assez combien votre aide a été précieuse pour la délégation des chagos.Vous avez permis le voyage à La Haye d’une délégation importante de nos sœurs et frères.Vous avez fait montre d’une grande solidarité envers nos sœurs et frères.vous avez encouragé Bancoult et ses camarades dans leurs actions depuis des années.On continuera.Nous ne aisserons pas tomber les chagossiens.

Bravo Ollivier, bravo nos sœurs et nos frères,vive la solidarité réunionnaise. Victoire ! Victoire ! victoire !Chers amis des chagossiens"
 

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