Christel Bories, PDG d'Eramet soutient la SLN calédonienne mais diversifie la production de nickel

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© Alain Jeannin | Christel Bories, Présidente du groupe minier et métallurgique Eramet

Le groupe minier et métallurgique publie des résultats en forte hausse au premier trimestre, tirés par le manganèse, mais la perte opérationnelle du nickel calédonien s'est creusée - de 89 à 104 millions d'euros. Eramet va produire du NPI en Indonésie et du nickel pur en Normandie.

Alain Jeannin
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La SLN reste concentrée sur son objectif en Nouvelle-Calédonie de baisse du coût "cash" de production à 4,5 dollars la livre à fin 2017, Eramet précise que le passage de 6,0 dollars la livre en 2015 à 4,5 dollars à fin 2017 "ne peut être qu'une étape" et que sa filiale "travaille déjà sur de nouvelles actions à conduire au plus tôt pour poursuivre son effort de réduction des coûts".

Nouvelle réduction des coûts

Pour Christel Bories, présidente du groupe Eramet, la SLN doit rester concentrée sur cet objectif de compétitivité qui est une question vitale pour l’opérateur historique du nickel calédonien : « Concernant la SLN, je pense que nous ne sommes pas allés jusqu’au bout de ce que l’on pouvait faire, il y a un potentiel d’amélioration, on a encore du grain à moudre. Avons-nous tout fait par le passé pour atteindre la compétitivité ? La réponse est non. Nous allons faire notre boulot de manager pour y parvenir ».

 

Les cours du nickel ont atteint 4,43 dollars la livre au premier semestre, en légère hausse mais toujours inférieurs au coût de production "cash" de la SLN qui s'est établi à 5,17 dollars. La filiale calédonienne d'Eramet, a été pénalisée par deux cyclones et des blocages de riverains. La perte opérationnelle de la branche Nickel s'est creusée - de 89 à 104 millions d'euros - dans un contexte de prix insuffisants. A la question posée d’une possible transformation de la SLN, pour diversifier sa production de nickel, la réponse est négative. « Non, répond Christel Bories, notre usine produit un alliage de qualité, l’enjeu c’est comment être plus efficace, pour produire plus, à effectifs constants ».

SLN 25 fer et nickel Eramet A. Jeannin
© Alain Jeannin | L'or gris de la SLN : alliage de Fer et de nickel SLN 25 Eramet pour l'acier inoxydable

SLN 2018

Principal employeur privé de la Nouvelle-Calédonie, symbole industriel du territoire, la SLN doit impérativement être compétitive en 2018, avant d’avoir épuisé le « cash » prêté par l’Etat et Eramet. 2018 est aussi l’année du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie. Pour la présidente d’Eramet : « on ne fait pas de politique, on va faire notre job d’industriel, qui est d’amener la SLN au niveau de compétitivité qu’elle doit atteindre, en dehors du calendrier politique. Pour 2018, nous espérons des retombées positives aux actions qui seront prises. Le nickel est en crise profonde, la prise de conscience est générale sur le Territoire, c’est tous ensemble que nous gagnerons ».


Eramet produira du NPI 

La stratégie d'Eramet est désormais résolument tournée vers la recherche de la plus grande valeur ajoutée dans les produits du nickel. Le groupe assume la diversification compétitive de sa production. Désormais, il mise à la fois sur la SLN pour le ferronickel, mais aussi sur le nickel pur produit dans l’usine de Sandouville « découplée de la Nouvelle-Calédonie ». Surtout, le groupe minier et métallurgique brise un tabou et annonce qu’il va se positionner sur des marchés moins haut de gamme en misant sur le NPI (Nickel Pig Iron), alliage de nickel à faible teneur utilisé massivement en Chine et destiné à la production d'acier. Les premières productions de NPI viendront en 2020 du gisement de Weda Bay en Indonésie, un partenariat avec le puissant groupe sidérurgique chinois Tsingshan, premier producteur mondial d'acier inoxydable. "La capacité de NPI est en train de se créer parce que l'industrie mondiale en a besoin. Je pense que c'est mieux d'y participer parce que, sinon, on la subirait", a encore déclaré Christel Bories.

Eramet veut un nickel rentable

Le groupe minier et métallurgique français veut donc un portefeuille plus équilibré et plus diversifié dans le nickel. Une production qui, à l’avenir, reposera sur trois sites de production : la Nouvelle-Calédonie, la Normandie et l’Indonésie. Le 6 juillet dernier, face aux clients japonais de la SLN, Christel Bories annonçait son objectif et son ambition : augmenter la production de nickel du groupe Eramet de 50 % d’ici 2020. Pour Jean-François Lambert, expert en investissement des matières premières à Londres et ancien directeur des investissements en métaux industriels de la banque HSBC, "La stratégie pour Eramet reste bien la recherche de la plus grande valeur ajoutée dans les produits mais ses résultats demeureront fortement influencés par les marchés des matières premières et leur volatilité d’où l’importance d’une gestion rigoureuse et de choix stratégiques d’investissement murement réfléchis sur le long cours." Un bon résumé de l'action menée depuis trois mois par Christel Bories " la transformatrice" à la tête du groupe Eramet.
 

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